N° 238 - Réinventer l’économie

Mis à jour le mardi 21 juin 2016.

Introduction et sommaire

« Mes parents n’étaient pas instruits mais ils nous ont toujours envoyé à l’école. […] Ça n’a pas bien marché. Je ne comprenais même pas ce que le maître disait, un peu comme s’il parlait de loin. Je recopiais ce qu’il y avait au tableau sans comprendre. Je pensais toujours à ce qui se passait à la maison ou à jouer. Je n’avais qu’une idée : travailler pour aider la famille. » Ainsi parle, en France, R. Russel, qui, quelque cinquante années de travail plus tard, constate : « J’ai fait comme (mon père), j’ai toujours travaillé, même quand ma vie privée était un véritable cauchemar […] Mais j’aurais voulu pouvoir prendre des responsabilités, ne plus être celui à qui on dit simplement ‘Fais ci’, ‘Fais ça’ »… Cette histoire de résistance est celle des travailleurs les plus désarmés et méprisés.

Les travailleurs très pauvres des pays en développement, qui emploient leurs forces dans ce qu’on appelle « l’économie informelle », connaissent eux aussi l’absence de métier à faire valoir, l’insécurité des gains, un travail souvent très dur, parfois à des heures impossibles, dans des lieux et des conditions pénibles, voire dangereuses. Leur lot commun est de ne pas pouvoir se défendre avec l’aide de la loi contre l’exploitation ou contre la violence, de ne pas avoir accès ou avoir un accès très limité à un plancher de protection sociale.

Le regard qu’ils portent sur le monde leur confère une expérience et un savoir singuliers. Ne serait-ce pas précisément cette expertise-là qui manque, aujourd’hui comme hier, dans les grands enjeux de société, notamment sur le plan économique et environnemental ?

« Quand je suis arrivé à ATD Quart Monde et que j’ai entendu Joseph Wresinski, le fondateur, parler du travail, des gestes et des savoir-faire manuels qui sont créateurs de beauté et de fierté, du partage du travail qui permet à chacun d’être honoré dans ses capacités, je connaissais d’expérience la justesse de l’approche ».

Alimenté par des apports du séminaire international Campus 20153, ce dossier approfondit la question de savoir comment fonder le développement économique, social et humain sur l’intelligence de tous. Qu’apprenons-nous des personnes et populations exclues, sur l’argent, sur le développement durable, sur l’organisation du travail ? En quoi l’expérience d’ATD Quart Monde nous révèle-t-elle de nouveaux apports possibles pour une économie respectueuse des personnes et de la terre ? Comment aujourd’hui certains acteurs économiques et sociaux cherchent-ils à comprendre et à mobiliser l’intelligence et l’expérience des plus pauvres ? Bonne lecture.

Sommaire

ÉDITORIAL

Entrepreneurs non reconnus. Isabelle Pypaert Perrin

DOSSIER

Introduction : Réinventer l’économie. Martine Hosselet-Herbignat

Un travail de compagnons. Claude Chevassu

Quand la recherche s’ouvre à l’improbable. Elena Lasida

Les questions que pose l’économie informelle. Équipe du pôle CAE

Une société diverse et inégalitaire. Ana Patricia Muñoz

Une vie de travail. Roger Russel

L’économie de communion. Geneviève Sanzé

Le travail partagé. Gérard Bureau

L’argent : en avoir ou pas. Marie-Odile Novert

Une loi pour éradiquer le chômage de longue durée. Dominique Potier

ÉCOUTER VOIR

Films : This is not a love story, Le pendule de Costel, La terre et l’ombre. Marie-Hélène Dacos-Burgues, Bella Berdugo

RECHERCHE

Prise en compte des plus pauvres : éclairage historique. Axelle Brodiez-Dolino

ÉTUDE

Les enfants co-chercheurs. Rachel Bray

FONDAMENTALES

La dimension « capital » de la pauvreté. Luigino Bruni

LIVRES OUVERTS

COURRIER DES LECTEURS

PROCHAIN DOSSIER : Bienveillance et résilience.