N°239 - Bienveillance et résilience

Mis à jour le lundi 21 novembre 2016.

Compassion, bienveillance, empathie, fraternité, solidarité, communication non-violente, termes significatifs d’une façon de se laisser toucher par l’autre…

De quoi parle-t-on au juste ?... Si une clarification de ce que recouvrent ces termes est sans doute nécessaire, la Revue ne peut en rester à un débat d’idées … Pour les plus pauvres - qui « bénéficient » de ces attentions particulières depuis des siècles - ces pratiques sont toujours liées à des réalités vécues plus ou moins difficilement.

Elles sont la plupart du temps ressenties comme signes de relations d’inégalité, parfois de condescendance, de jugement, jalonnant des histoires personnelles marquées par l’abandon, la maltraitance, l’exclusion. « J’étais considérée comme une enfant du diable, d’une mère célibataire, ‘l’enfant du péché’ » se rappelle N. Schenker.

L. Weissinger nous fait entrer dans un bunker, en Suisse, là où vivent des hommes requérants d’asile déboutés, et auprès de cette femme sans permis de séjour, souvent sans logement et sans argent, tous vivant avec la peur quotidienne de tomber dans un contrôle. Comment s’engager avec chacun d’eux dans un accompagnement réellement respectueux, valorisant leurs compétences, et bienveillant ?

La notion de résilience, en sciences humaines, est plus récente. A. d’Alcantara, répondant à la réflexion de N. Schenker, nous en précise le sens : une personne abîmée par des circonstances difficiles est capable de trouver en elle-même, avec l’appui d’autres personnes - devenant « tuteurs de résilience » -, de quoi résister, se transformer. « J’ai avancé dans la vie, dès l’enfance, de manière instinctive, en captant essentiellement les choses au passage, là où j’étais, et en saisissant les opportunités lorsqu’elles se présentaient ou lorsqu’elles étaient à ma portée… », analyse Ph. Barbier. Outre que la résilience traduit au plus près une réalité donnée à voir par les « experts de la vie difficile » qui s’expriment ici, ce concept permet plus largement la reconnaissance du fait que chacun est un acteur, que chacun est sujet de sa propre histoire. Les impressionnantes histoires de ces résistants à la violence de la misère en Afrique, évoquées par B. Ugeux et R. Noël, vont dans le même sens. Elles mettent en lumière les conditions pour que ce combat puisse déboucher sur une nouvelle paix, bien que toujours fragile.

Faisant référence à son expérience, N. Schenker dit encore : « Aujourd’hui, dans tous les contacts, je continue à bien regarder les visages… Sont-ils vraiment sincères ?... » Comme très souvent, ce sont les plus exclus et humiliés qui nous permettent d’interroger ce qui, au fond des êtres, les pousse à investir dans d’autres humains, et à clarifier sous quelles conditions un humain peut accepter une aide et en faire bon usage pour sa propre vie.

RQM239-sommaire