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  • publié en novembre 2007
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2007/4
Texte intégral

Alain Borderie - COMBATTRE L’EXCLUSION

Des bureaux de bienfaisance aux CCAS, une histoire de l’action sociale de proximité.

Editions Public Histoire, 2006, 208 pages

« Il s’agit d’un livre d’histoire mais aussi d’un livre d’idées sur les thèmes de la pauvreté et de l’aide aux personnes en difficulté, depuis plus de deux siècles » publié en 2006 à l’occasion du 80ème anniversaire de l’Union Nationale des Centres Communaux d’Action Sociale, héritiers des anciens « bureaux de bienfaisance » (1796) et « bureaux d’assistance » (1893) fusionnés en 1953 sous l’appellation « bureaux d’aide sociale » (BAS) devenus CCAS en 1978.

C’est donc l’histoire d’une évolution progressive qui nous est contée : de la bienfaisance à l’assistance, puis à l’aide sociale et à l’action sociale. Elle contribue à éclairer la genèse et le développement de cette structure d’essence communale, si familière dans le paysage local mais dont sont trop méconnues les étapes mouvementées qu’elle a dû franchir pour parvenir à se faire reconnaître à sa juste place dans les multiples dispositifs institutionnels et associatifs qui caractérisent l’action sociale de proximité.

L’auteur réussit la gageure de présenter de façon relativement accessible les débats et les péripéties qui ont animé la vie interne des BAS et des CCAS à travers les initiatives de leurs membres, au regard des aléas de la vie politique et du foisonnement des changements législatifs et réglementaires. Ce fut une rude bataille, conduite avec détermination et persévérance.

Le lecteur fera la connaissance des principaux protagonistes de cette aventure et trouvera au fil des pages une présentation succincte de la plupart des événements, des lois et des décrets qui, de 1793 à 2006, ont façonné ou modifié les conditions de l’assistance, de l’aide ou de l’action sociale pour mieux faire face aux diverses manifestations permanentes ou conjoncturelles de la pauvreté, selon les conceptions de la solidarité prédominantes à chaque époque.

Daniel Fayard

Fédération Nationale des Associations de Réinsertion Sociale (FNARS) - LE LIVRE DES ETATS GENERAUX

L’exclusion n’est pas une fatalité !

FNARS, 2006, 159 p.

La FNARS fédère aujourd’hui 750 associations gestionnaires de quelque 2.200 établissements et services sociaux financés principalement par des fonds publics et accueillant chaque année 600 000 personnes en situation de précarité.

La FNARS a 50 ans. A cette occasion, ses responsables ont lancé des Etats Généraux dans les régions et les départements « pour donner la parole aux acteurs de terrain (travailleurs sociaux, administrateurs, directeurs, bénévoles, usagers...), dresser un état des lieux de l’exclusion et informer un plus large public sur le travail quotidien des associations de solidarité. »

Ce livre en rend compte selon les douze thèmes abordés dans ces débats : logement / hébergement, accueil d’urgence, emploi, jeunes adultes, accueil des étrangers, familles fragilisées, femmes victimes de violence, prostitution, justice, santé, cohésion sociale, Europe.

Douze chapitres donc, structurés de la même façon : le constat, l’expérience de la FNARS, des orientations, des propositions.

Le compte-rendu synthétique de ces Etats Généraux (qui tient compte aussi de l’apport de quatre tables rondes) est enrichi de nombreux encadrés reprenant des analyses, des témoignages de vie, des récits d’actions innovantes, des réflexions émanant directement des diverses contributions élaborées aux échelons territoriaux.

Au total, un diagnostic sévère : une connaissance insuffisante des besoins des sans-abri, un dispositif d’accueil inadapté, un affaiblissement du droit d’asile, la complexité des dispositifs d’insertion sociale, l’augmentation du nombre de jeunes et de familles en situation très précaire... ainsi qu’un regard critique sur les pratiques en cours. Mais aussi un appel pour parvenir à de meilleures connaissances partagées entre tous les acteurs et à un vrai consensus sur des objectifs à atteindre ensemble.

Forte de son expérience, la FNARS dégage des propositions dans chaque domaine. La plupart d’entre elles rejoignent d’ailleurs les attentes de l’ensemble du secteur associatif engagé dans la lutte contre la grande pauvreté et l’exclusion sociale.

Daniel Fayard

Gareth Stedman Jones - LA FIN DE LA PAUVRETE ?

Un débat historique

Préface de Julien Vincent

Editions Ere. Coll. Chercheurs d’ère, 2007, 213 p.(1ère édition en anglais, 2004)

L’auteur, professeur de théorie politique et sociale à l’université de Cambridge (GB), retrace dans cet ouvrage les origines du projet d’une société sans pauvreté. Il les situe dans les années 1790, lorsque certains penseurs politiques comme Thomas Paine et Condorcet assurent que tous les citoyens pourraient être protégés contre les hasards et les incertitudes de l’existence. L’enjeu était alors de savoir si le progrès scientifique et économique peut abolir la misère, cet état habituel d’une portion de la société.

Ils prônent une visée politique issue des révolutions américaine (1776) et française (1789) : l’égalité entre les nations et dans un même peuple.

Or le contexte de la révolution industrielle et commerciale qui bouleverse l’ordre social antérieur par le développement de la division du travail et l’accroissement considérable des activités productrices destinées au marché, génère des inégalités nouvelles. Celles-ci sont jugées par eux utiles à l’intérêt de tous seulement si elles favorisent les progrès de la civilisation, de l’éducation, de l’industrie sans entraîner ni dépendance, ni humiliation ni appauvrissement. Pour cela il faut parvenir à garantir des moyens sûrs d’existence aux personnes âgées, aux veuves et aux orphelins et à « doter tous les enfants du capital nécessaire à la pleine jouissance de leur force de travail au moment d’entrer dans la vie active et de fonder une famille. » Selon eux, les pauvres ont droit non seulement aux secours mais aussi à l’éducation, à de justes salaires, à une vie décente, et même à une participation sociale, culturelle et politique à l’instar de leurs concitoyens. Autrement dit, désormais il faut prévenir la pauvreté et non plus seulement soulager ceux qui tombent dans la misère.

L’auteur s’attache à reconstituer l’avancée de ces idées nouvelles jusqu’au 20ème siècle, à partir des réactions qu’elles ont suscitées en Grande-Bretagne et en France, parmi les penseurs politiques et les acteurs socio-politiques. Le lecteur prend alors la mesure de la longue bataille qu’il a fallu livrer et qu’il faut encore livrer pour en finir avec l’extrême pauvreté. On aura compris que ce débat historique a des prolongements dans l’actualité contemporaine : socialisme / libéralisme, volontarisme politique / réalisme économique.

Cet ouvrage se réfère à de très nombreux penseurs et documents que l’auteur entreprend de rapprocher ou de mettre en opposition, signe d’une investigation très fouillée mais facteur de complexité pour le lecteur peu familier de l’histoire des idées au XIXème siècle, en Grande-Bretagne notamment.

Daniel Fayard

Christin Kehrli et Carlo Knöpfel - MANUEL SUR LA PAUVRETE EN SUISSE

Editions Caritas, Lucerne 2007, 224 p. (traduit de l’allemand)

Cet ouvrage se prête tout autant à la recherche de références qu’à une lecture suivie. Il contient en effet une multitude d’informations sur les causes de la pauvreté, des définitions, des données statistiques, des réglementations juridiques, des pratiques administratives. Les commentaires et remarques, souvent critiques, sont également précieux.

Ces informations de qualité, qui se basent sur une longue expérience, sont primordiales. Elles peuvent contribuer à contrer les tendances accrues d’une réduction des prestations sociales. Elles offrent surtout une base de travail pour la stratégie contre la pauvreté préconisée par le gouvernement suisse. Un des points essentiels est la perception de la pauvreté comme facteur d’isolement social diminuant les chances dans tous les domaines de la vie.

Ce livre comporte cependant des failles. Par exemple, il est constaté que les divorcés (6 %) représentent un risque d’aide sociale doublé, comparé au reste de la population (3%). La cote d’aides sociales des familles monoparentales atteint 13,4%, celle des personnes vivant seules 5,7%. Il est dit avec raison que le coût de la vie des enfants augmente les risques de pauvreté. C’est pourquoi un nombre disproportionné d’enfants grandissent dans la pauvreté.

Pourtant cet ouvrage n’approfondit pas assez la menace que représentent les conditions de la pauvreté pour les familles. Il est trop peu mentionné que la pauvreté entraîne des fardeaux physiques, psychiques, financiers qui, très souvent, conduisent à la dislocation des relations familiales. A mon avis, c’est là une des causes de la surreprésentation du nombre de personnes précarisées parmi les familles monoparentales et les personnes vivant seules.

Les thèmes douloureux de la protection de la jeunesse et du placement des enfants y sont à peine soulevés. Pourtant, les familles vivant dans la pauvreté sont touchées plus que les autres par ces mesures. C’est pourquoi il y manque des réflexions sur les possibilités de tenir compte des besoins réels de protection des enfants tout en minimisant les traumatismes. Quand la pauvreté menace la santé, l’équilibre psychique, la conscience de soi et la reconnaissance sociale, c’est un poids énorme sur les relations au sein de la famille. Cela peut déclencher de réelles insécurités. Parfois à la légère, la réaction passe par diverses mesures d’assistance et peut aller jusqu’au retrait de la garde des enfants.

Malgré ces failles, Caritas et les auteurs de ce manuel demeurent des alliés importants dans la lutte contre la pauvreté. Caritas n’octroie pas seulement des aides, mais suscite également des recherches sociales précieuses. C’est uniquement avec de larges alliances que la motion pour une stratégie nationale contre la pauvreté aboutira. La collaboration du plus grand nombre de bonnes volontés est d’autant plus essentielle qu’aujourd’hui les débats sur les abus enveniment le climat et blessent la dignité de toutes les personnes qui connaissent la pauvreté.

Annexe

Jürg Meyer

Pour citer cet article , « Livres », Revue Quart Monde, Année 2007, Héritage: l'actualité de Joseph Wresinski, Livres ouverts, mis à jour le : 14/04/2008,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/1088.
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