N° 189, 2004/1   •  La rue n'a pas d'enfants
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Rédaction de la Revue Quart Monde
  • publié en février 2004
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2004/1
Texte intégral

Gaston Dayanand - LES RACINES DES PALETUVIERS

Editions de l’Atelier / Editions Charles Leopold Mayer, 2003

Gaston Dayanand est arrivé,à pied, à Pilkhana, un slum proche de Calcutta où plus de soixante dix mille personnes vivent entassées sur un kilomètre carré. Il ne venait pas avec un grand projet tout prêt mais pour apprendre, pour vivre au milieu des habitants de ce quartier à qui il a demandé « Apprenez-moi, j’ai besoin de vous. Je partagerai avec vous et on verra ce qu’on peut faire ensemble ». Infirmier de profession, il s’est investi dans la création de dispensaires aux côtés d’une équipe qui se formait petit à petit, regroupant des hommes et des femmes de toutes origines, toutes croyances, toutes castes. Ensemble, ils ont été toujours plus loin à la rencontre des petits, dans les slums d’abord puis à la campagne avec toujours ce même souci : c’est aux communautés de choisir leur développement. Dayanand et son équipe ne sont là que pour accompagner ces projets, aider à leur mise en place.

Les palétuviers évoqués dans le titre, ce sont ces plantes qui s’installent sur les zones où l’océan avance et, favorisant petit à petit la création d’un humus fertile, permettent de conquérir de nouvelles terres pour nourrir les hommes. (Ronan Claure)

Louis Chevalier - CLASSES LABORIEUSES ET CLASSES DANGEREUSES

A Paris, pendant la première moitié du XIXème siècle.

Ed. Perrin 2002 (Librairie Plon, 1958), 566 pages.

Récemment réédité, ce livre est considéré comme un ouvrage de référence pour l’évaluation de la pauvreté et de la misère au sein de la population parisienne, entre la période révolutionnaire et le second Empire, principalement durant la Restauration (1814-1830) et la Monarchie de Juillet (1830-1848)

Peut-être à cause du croisement opéré entre de nombreuses données statistiques (à la fois globales et distribuées soit par quartier ou arrondissement, soit par catégories socioprofessionnelles), où émergent particulièrement celles de la démographie (fécondité, mortalité, nuptialité, mobilité, migrations, recensement de la population... ), et de nombreuses appréciations qualitatives issues de la littérature (Balzac, Hugo, Sue...), de la presse, de rapports administratifs, d’enquêtes (Buret, Villermé, Fregier, Gerando, Morogues...) ou d’ouvrages de réformateurs sociaux (Saint-Simon, Fourier, Considérant, Proudhon, Louis Blanc...)

Louis Chevalier est un passionné d’histoire sociale, attaché certes aux faits économiques et aux événements politiques, appréhendés souvent à l’occasion des « crises » (épidémie, chômage, famine, insurrection, restructuration urbaine... ), mais aussi à l’opinion et aux comportements respectifs des bourgeois et des pauvres (le thème de la violence est récurrent).

Il fait comprendre certaines évolutions (comment insensiblement, par exemple, on est passé durant cette période de la notion des « misérables » à celle des « prolétaires ») tout en notant la persistance de la précarité des conditions de vie de ces populations flottantes, mal intégrées, et du danger qu’elles représentent pour la société, mais aussi du danger dans lequel elles sont condamnées à vivre (le concept du « crime » sert de fil rouge à son analyse).

La lecture de ce livre est souvent rendue difficile par l’accumulation des données rapportées et par le parti pris de présenter les évolutions historiques pour chacun des thèmes abordés, ce qui oblige le lecteur à parcourir le demi-siècle à de nombreuses reprises. Inconvénient cependant mineur pour celui qui est avide de connaître dans le détail divers aspects de l’histoire sociale d’une ville comme Paris. (Daniel Fayard)

Henning Mankell - COMEDIA INFANTIL

Editions du Seuil, 2003, 232 pages.

Nous sommes en Afrique, dans un pays où règne la guerre civile avec ses pillages, ses meurtres... Nelio, échappé d’un massacre, orphelin, se réfugie dans une ville où abondent des enfants comme lui, vivant d’expédients et dormant dans la rue.

Agé de dix ans, Nelio, mûri par la vie, est un « enfant-adulte » qui oppose la poésie, la générosité et l’imaginaire à la dureté de la vie, à la barbarie. A cause de ces qualités, il devient un chef de bande respecté et obéi, mais un jour une balle le frappe en pleine poitrine.

Emporté sur un toit par un jeune boulanger qui le prend en charge, il survivra huit jours au cours desquels il va raconter sa vie à son jeune compagnon. Une mort qui transformera la vie de celui-ci.

Ce livre, conte humaniste à la lisière du fantastique, nous fait découvrir de l’intérieur la terrible vie des enfants orphelins d’Afrique perdus dans des villes où règnent la violence, la dictature et la misère. Des enfants sous l’emprise de croyances africaines qui rêvent d’un avenir meilleur. : « Un jour, ils dormiraient peut-être dans des lits et sur des canapés. Et ils auraient des rêves réservés aux personnes qui ne connaissent pas la faim »

Un livre facile à lire et très bien écrit. (Jean-Jacques Boureau)

Guillemette Meunier - L’APPLICATION DE LA CONVENTION DES NATIONS UNIES RELATIVE AUX DROITS DE L’ENFANT DANS LE DROIT INTERNE DES ETATS PARTIES

Ed. L’Harmattan, coll. Logiques juridiques, 2002, 253 pages.

Magistrat de profession et consultante sur les droits de l’homme, l’auteur écrit dans son introduction : « Tour à tour encensée ou critiquée, la Convention sur les droits de l’enfant, à l’instar de tout autre instrument international, suscite principalement un doute sur l’effet qu’elle peut avoir sur la vie des enfants. Quels réels changements peut-on en attendre ? N’est-ce pas un moyen de se donner bonne conscience à peu de frais ? En quoi le sort des enfants les plus défavorisés en est-il amélioré ? »

Elle retrace d’abord l’évolution de la reconnaissance par la communauté internationale de cette idée selon laquelle l’enfant est un sujet et un citoyen à part entière, porteur de tous les droits de l’homme et ayant vocation à les faire valoir. Déjà en 1924 l’assemblée de la Société des Nations avait adopté une Déclaration des droits de l’enfant, qui attirait davantage l’attention sur les devoirs des adultes envers les enfants. Puis en 1959, l’assemblée générale des Nations unies adopta l’unanimité une nouvelle Déclaration des droits de l’enfant, beaucoup plus étendue que la précédente et intégrant les principes contenus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. C’est en 1978 que la Commission des droits de l’homme des Nations unies examina pour la première fois un projet de « convention » qui avait été soumis par la Pologne. Cette Convention fut finalement adoptée à l’unanimité par l’assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1989 et est entrée en vigueur le 2 septembre 1990, ayant été ratifiée par tous les Etats, à l’exception de la Somalie et des Etats-Unis.

Après un long commentaire des principaux articles de cette Convention et des obligations qui en découlent pour les Etats, l’auteur entame une évaluation de son application dans les diverses législations nationales (dans quelle mesure celles-ci en ont tenu compte) et dans la jurisprudence des tribunaux (dans quelle mesure ceux-ci s’y réfèrent). Elle examine la valeur et la portée des « réserves » exprimées par les Etats pour se soustraire à telles ou telles obligations de la Convention. Elle analyse la teneur des rapports périodiques qu’ils sont tenus d’adresser au Comité des droits de l’enfant pour rendre compte des efforts entrepris et des difficultés rencontrées pour « appliquer » les recommandations de la Convention. Enfin elle dresse un bilan du rôle de ce Comité, sans cacher d’ailleurs ses limites.

Cet ouvrage, bien documenté et d’une lecture relativement aisée, intéressera particulièrement tous ceux qui se préoccupent de faire progresser l’effectivité des droits (ici ceux des enfants) et donc d’oeuvrer au développement des voies de recours tant politiques que juridiques face aux violations des droits de l’homme. (Daniel Fayard)

Sous la direction de Ikeda Kayoko et C.Douglas Lummis - SI LE MONDE ETAIT UN VILLAGE DE 100 PERSONNES.

Illustrations de Vamauchi Masumi, Traduction de Dominique Lavigne

Ed. Picquier Jeunesse, 2002

L’histoire et le texte d’un « conte Internet » : un e-mail qui a fait le tour du monde, s’est enrichi des apports des uns et des autres et applique les données statistiques, économiques, environnementales de la terre à la dimension d’un village. On y découvre de nombreux chiffres chocs et parmi ceux-ci, l’évocation des inégalités sociales : « Des richesses du village 6 personnes en possèdent 59% -toutes des Etats-Unis d’Amérique- 74 en possèdent 39% et 20 se partagent les 2% restants. » « Ce conte Internet ne peut s’abstraire de la suite d’événements qui a commencé le 11 septembre 2001. Il semble qu’une sorte de conscience globale sur le monde se soit éveillée, qu’elle ait éprouvé le danger de l’écart astronomique entre riches et pauvres, et que, dans ce conte Internet, elle ait doucement mais intensément ouvert les yeux », explique l’un des auteurs. Leur ouvrage souhaite amplifier cette prise de conscience.

Même sans aimer les mathématiques ou la comptabilité, on ne peut être que séduit. De façon brève, moderne et attrayante (même si les illustrations, la plupart du temps réduites à des à-plats de couleurs sont décevantes), chacun peut réfléchir à sa place et à ses responsabilités sur cette planète. Un parfait petit outil pédagogique accessible à tous et spécialement aux enfants. (Chantal Joly)

Pour citer cet article Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde, Année 2004, La rue n'a pas d'enfants, Livres ouverts, mis à jour le : 24/10/2008,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/1251.