N° 157, 1996/1   •  Résonances à Moscou
Autrement vu

Aménagement du territoire : au profit de qui ?

Jean Tonglet
  • publié en mars 1996
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1996/1
Texte intégral

Depuis trente ans, peut-être plus, un bidonville d’était constitué sur des terrains jouxtant les Tuileries de Marseille, dans le 14è arrondissement de la cité phocéenne. Le bidonville de Lorette abrita ainsi plusieurs certaines familles. Quelques dizaines y subsistaient depuis des années, dans l’indifférence générale, loin de tout, loin des hommes. Leur relogement n’avait jamais été sérieusement mis à l’ordre du jour. Hors de notre regard, les habitants de Lorette restaient hors-les-murs. Un entrefilet du journal Le Monde du 13 octobre 1995 nous apprend qu’ils ont enfin relogés. Enfin, presque tous, car treize familles ont été expulsées par la police. « Une cité a été construite spécialement à l’intention des familles de l’îlot Lorette, dont une cinquantaine ont déjà été relogées », nous dit la municipalité. A l’origine de ce relogement  tout à coup si urgent, la nécessité de détruire cet îlot pour pouvoir poursuivre les travaux au plus grand complexe commercial de France, Grand Littoral, sur la ZAC de Saint-André. L’urgence ne changeant de bord, a rendu possible ce qui ne l’était pas hier.

A Saint-Martin aux Antilles, plusieurs centaines de familles haïtiennes ou dominicaines, en situation irrégulière, installées depuis plusieurs mois dans l’île, ont été les ultimes victimes du passage du cyclone Luis, les 4 et 5 septembre 1995. Cinq jours après la tempête, nous dit le quotidien Libération, un arrêté du maire interdit tous « travaux de construction et de reconstruction d’habitation précaire ». Dces ordres  d’évacuation ont été donnés par hélicoptère au moyen de mégaphone, avant que les démolitions ne commencent ; « Le matin, les gens partaient travailler. Quand à midi, ils revenaient chez eux pour déjeuner, tout avait brûlé : leur maison avec leurs affaires dedans ».

Me reviennent en méditant ces faits, les mots du père Joseph Wresinski évoquant « ces populations sans droit d’habiter la terre qui, disait-il, n’existent pas dans nos statistiques nationales et internationales (comme) les familles installées sur une terre marécageuse au bord d’une baie, quelque part dans les Antilles. Elles s’y trouvent en fraude et quand le bulldozer arrive pour aménager le terrain pour une autre destination , personne ne saura jamais les centaines d’abris, les humbles possessions réduits en poussière. Personne ne saura où errent où se cachent maintenant ces familles désirées nulle part ».

La destination des terrains libérés à Lorette et à Saint-Martin a, sans aucun doute, fait l’objet de longues études.

Mais le destin de leurs habitants, de quel poids pèse-t-il pour nous , hors le poids du mépris ?

Pour citer cet article Jean Tonglet, « Aménagement du territoire : au profit de qui ? », Revue Quart Monde, Année 1996, Résonances à Moscou, Autrement vu, mis à jour le : 06/10/2008,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/1384.
Auteur

Jean Tonglet