N° 179, 2001/3   •  Projets familiaux
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Rédaction de la Revue Quart Monde
  • publié en septembre 2001
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2001/3
Texte intégral

Isabelle Delens-Raver - Le placement d’enfants et les familles

Ed. Jeunesse et droit, 2001, 176 pages.

L’auteur est chargée de recherche au département de criminologie et de droit pénal de l’Université catholique de Louvain. Isabelle Delens-Raver analyse, à partir d’interviews prolongées, le vécu des parents d’enfants placés, le sens profond de leurs conduites et les stratégies qu’ils mettent en place pour réagir à cet événement douloureux, notamment en ce qui concerne les plus pauvres.

Elle montre tout d’abord combien cette séparation contrainte est source de souffrance. Pour les parents vivant dans la précarité – principalement les victimes de la mesure – être parents constitue leur seule identité sociale qui se trouve déniée par le placement, rendant la séparation encore plus douloureuse.

Tous les parents ne développent pas le même type de stratégie. Leurs réactions dépendent surtout de ce que représente le placement dans leur parcours personnel. Elles sont de trois types :

– la résignation impuissante, chez les parents « sans prise », qui ont été placés eux-mêmes et ont vécu cette séparation comme un manque d’amour, une restriction de leur liberté et « une étiquette impossible à décoller ». Ils n’ont pas d’identification possible à un modèle familial. Ils mettent en place une stratégie de défense (comportement de repli, de soumission, de dénégation et de fuite). « Ils sont dans une relation de total assujettissement aux décisions des agents institutionnels. »

– la colère, chez les parents qui n’admettent aucune intrusion dans leur sphère familiale. Ils ont un modèle familial idéal : les enfants doivent vivre avec leurs parents. Une remise en cause est vécue comme agressive et injustifiée. Ils développent une stratégie de contournement.

– la négociation. Elle est possible pour les parents qui ont développé un lien familial fort avec leur mère, d’où leur modèle familial idéalisé : la mère se préoccupe de ses enfants. Stratégie de dégagement (« La souplesse qui caractérise leur rapport à l’identité de parents leur permet de négocier la revalorisation de leur identité à l’intérieur de l’espace imposé par les agents institutionnels »).

L’auteur dénonce le paradoxe que constitue la mesure de placement : « La prise en charge des enfants par le placement fragilise les familles que l’intervention prétend aider. »

Mais rien n’est figé dans la typologie proposée par l’auteur : « Un retournement de la situation peut s’opérer à partir de rencontres et de regards qualifiants… » Chaque groupe de parents possède des forces pouvant fonder une relation d’aide. En conclusion, il est nécessaire de revaloriser la fonction parentale, de développer un réel partenariat entre parents, jeunes et professionnels, « dans un esprit de revendication et de construction d’une société plus juste et plus équitable ». (Céline Pontais)

Ilona Lackova - Je suis née sous une bonne étoile

Ma vie de femme tsigane en Slovaquie

Ed. L’Harmattan, 2000, 240pages.

Ce livre retrace la vie de l’auteur, recueillie en langue tsigane par son amie, Milena Hübschamannova. Terminé en 1986, l’ouvrage décrit la vie de notre héroïne depuis son enfance (elle est née en 1921).

Malgré les difficultés, Ilona a toujours su voir le côté positif des situations, ce qui justifie le titre de cet ouvrage. Son parcours est exceptionnel. Toutes les conditions étaient réunies pour une vie miséreuse et misérable. Mais elle veut en sortir et en sortir également son peuple. Elle fait des études, écrit une pièce de théâtre, sera membre de la Croix-Rouge et du comité national régional du parti communiste. Dans toutes ces situations, elle réussira à rendre service à ses frères tsiganes. Et cela sans passe-droits, en travaillant pour l’égalité et la justice. Dans tous ses métiers, fonctionnaire, enseignante, élue, c’est le service des autres qui lui servira de moteur.

En parallèle avec le récit de sa vie, on découvre toute une tranche de vie du peuple tsigane en Slovaquie. Il y a des difficultés internes avec toutes sortes de croyances qui compliquent encore la vie des gens qui habitent dans des cabanes, avec beaucoup d’enfants, sans eau courante, sans électricité, sans possibilité d’hygiène. Ils vivent dans une grande pauvreté, ne savent ni lire ni écrire. Les difficultés extérieures ne sont pas moins importantes : les tsiganes sont rejetés par les paysans des villages voisins et ils subissent de très nombreuses vexations. L’administration n’est pas tendre avec eux et il leur est impossible de faire valoir leurs droits.

L’évolution est vraiment très lente car la situation en 1986 n’est guère plus brillante que dans les années 30 ou pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Vies d’une femme exceptionnelle et d’un peuple brimé, subissant des injustices et des vexations, tout en essayant de sortir de cette situation infernale. (Gilbert Ribier)

Yoshimura Akira - Naufrages

Ed. Actes Sud, 1999, 199 pages.

Dans un Japon sans âge et hors du temps, dans un petit village isolé entre mer et montagne, sans guère de communication avec d’autres hameaux trop lointains, une petite communauté tente de survivre et d’échapper à la famine… en pratiquant d’étranges et cruelles coutumes.

Le héros a neuf ans. Il devient chef de famille quand son père part car il a loué ses bras au loin, pour rapporter dans cinq ou dix ans de quoi faire vivre sa famille. Plusieurs hommes valides font le même.

Ce jeune garçon, obligé de nourrir sa famille, apprend le métier de pêcheur, la pêche étant la principale ressource, avec des périodes plus ou moins difficiles selon l’abondance du poisson, les saisons…

Mais le chef du village lui demande aussi d’entretenir la nuit des feux sur la plage, ces feux servant à griller le sel pour les habitants. Mais il apprend vite que ces feux servent aussi à attirer les bateaux en perdition qui vont venir s’échouer là car une barre rocheuse les fera sombrer. Les villageois s’empareront alors de la cargaison (qui peut nourrir plusieurs années) après avoir tué les marins encore en vie.

Récit envoûtant qui décrit bien le rythme des saisons, la misère, l’enfermement d’une population qui, acculée à la misère, n’hésite pas à tuer sans jugement : c’est une question de survie. (Yvette Boissarie)

Sabine Viard et Marie-Magdeleine Hilaire - Actions de réinsertion : mettre en place de nouveaux services

Culture et lutte contre l’exclusion

ESF, 2001, 163 pages.

Destiné en priorité à ceux qui souhaitent développer des actions avec les personnes en difficulté, cet ouvrage de l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux) se présente comme un recueil d’expériences relatives à la mise en place de services qui s’appuient plus particulièrement sur la culture, la mise en relation, la prise de participation des personnes.

Ces expériences, recueillies auprès de nombreux réseaux associatifs dont ATD Quart Monde, sont présentées ici selon trois axes :

– Favoriser l’accès de tous aux biens élémentaires : culture (accès au livre, médiateur d’art), logement (accompagnement), épiceries sociales, vesti-boutiques, écrivains publics, nouvelles technologies de l’information et de la communication.

– Restaurer la capacité d’être acteur : expression personnelle et collective, valorisation d’un patrimoine culturel, pratiques artistiques, jardinage, groupements d’achat, échanges de services, micro initiatives…

– Réinsérer par la convivialité : bars sans alcool, lieux culturels, maison des chômeurs…

La démarche de chaque expérience locale est relatée dans son originalité, son développement, son public, ses caractéristiques et dotée de renseignements pratiques permettant de prendre contact avec ses initiateurs.

Un manuel d’initiatives jugées significatives, qui a l’ambition de proposer des idées, des manières de procéder, des pistes de financement à ceux qui cherchent à mettre en place à leur tour de nouveaux services. (Daniel Fayard)

Pour citer cet article Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde, Année 2001, Projets familiaux, Livres ouverts, mis à jour le : 10/02/2009,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/1751.