N° 185, 2003/1   •  Apprendre : le désir et le droit
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Rédaction de la Revue Quart Monde
  • publié en février 2003
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2003/1

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Enseignement, école
Texte intégral

Azoug Begag - LES DEROUILLEURS : CES FRANÇAIS DE BANLIEUE QUI ONT REUSSI

Mille et une nuits, 2002, 170 pages

Ce livre traite du devenir des jeunes des banlieues à partir d’enquêtes et d’entretiens auprès de ceux qui ont quitté leur milieu.

L’exposé « tiré d’une recherche financée par l’Institut des hautes études sur la sécurité intérieure et la délégation interministérielle à la ville en 2000 » montre les itinéraires personnels d’arrachement des jeunes aux quartiers où « la vie confinée était pathologique et nourrissait des peurs et une paranoïa collectives ». Le dérouilleur est celui qui n’accepte plus de « rouiller » au cours des jours dans sa cité. Ces jeunes accusent la société : « On nous enferme là-dedans et on nous demande de moisir là-bas » avec en plus l’effet de bande « dans l’étau de la bande, ils se persuadaient réellement que le monde extérieur leur était hostile ».

Le livre expose les motivations, les occasions, les aléas, les réussites de jeunes (en majorité maghrébins) pour sortir de cet univers. Analyse des parcours, des influences, des études (passé un cap, pas de véritable rejet scolaire), de l’environnement familial, des ressources intérieures personnelles (courage), de l’aide des « passeurs » rencontrés, de l’apport des femmes, des « distances et écartèlements ».

Cet ouvrage est constructif et optimiste. De plus, on peut penser que ce qui est valable des cités en situation précaire et dans l’ambiance urbaine que l’on sait, peut s’extrapoler à d’autres situations. L’auteur insiste à maintes reprises sur l’importance du courage pour s’arracher à son milieu. Il dénonce l’assistanat. Il est important de prendre conscience, seul ou avec un « tuteur », « grâce à des qualités psychologiques » de la nécessité de partir, d’oser changer, d’aller voir ailleurs. C’est cela qui est salvateur et permet de construire une vie avec un travail valorisant, une famille, avec éventuellement un rôle politique ou associatif, etc.

Le maître mot de la conclusion : confiance. « L’idée de confiance en soi est fondamentale dans la réussite sociale des dérouilleurs ». Un ouvrage tonique, bien nourri d’exemples et d’arguments. (Jacqueline Konrat)

Jean-Robert Cadet- RESTAVEC

Enfant esclave en Haïti

Ed. Le Seuil, 2002, 265 pages

En Haïti comme dans d’autres pays, des parents très pauvres confient leurs enfants à des familles aisées, citadines, espérant que cela leur permettra d’échapper à la misère. L’auteur, enfant métis d’un blanc et d’une de ses employées est, à la mort de sa mère, confié par son père à une femme de sa connaissance. Auprès de cette femme, Jean-Robert va connaître le mépris, la violence, l’humiliation. Un « restavec » ne se nourrit que des restes, ne parle que quand on lui adresse la parole, dort à terre dans la cuisine, s'habille d'une culotte usée... On se le prête entre amis, on le bat lorsqu'il fait une bêtise. Ils sont trois cent mille à vivre cette situation en Haïti, avec comme unique perspective, une fois arrivé à l'âge adulte, les métiers de rue (cireur de chaussures, marchand d’eau…), la délinquance ou la prostitution.

Jean-Robert aura plus de chance que la plupart des autres « restavecs » : lorsque sa « famille » d’adoption va déménager vers les Etats-Unis, son père, blanc, l’envoie dans une autre famille à la campagne. Puis, il s’enfuit et son père, qui ne s’intéresse absolument pas à lui, l’envoie rejoindre la première famille aux Etats-Unis.

Lors de cette seconde partie, nous allons suivre son parcours : école, armée, université (grâce à une bourse de l’armée) puis différents boulots avant la rencontre avec sa femme et l’arrivée de son premier enfant. On peut à la fois constater tous les dégâts qu’une telle « éducation » peut créer chez un adulte et les difficultés d’intégration des Noirs aux Etats-Unis dans les années 70 et 80. (Ronan Claure)

Cécile Petident, Muriel-André Sourie - CITES DE FEMMES, L’espoir maintenant

Ed. du Félin, coll. : d’un autre regard

Le thème de ce livre : la vie des femmes dans les cités où règnent souvent violence, chômage, drogue, mais aussi entraide, efforts pour s’associer et résoudre les problèmes, en particulier ceux posés par l’éducation des enfants.

On nous propose un ensemble de témoignages recueillis par deux journalistes dans ces quartiers oppressants, délabrés, à l’atmosphère particulière comme il en existe à Toulouse (Le Mirail), à Marseille, à Nantes et bien d’autres villes encore. Les femmes qui habitent ces cités sont d’origines diverses : Liban, Sénégal, Algérie, Espagne, France, Maroc, Turquie, Mali…Toutes ont pourtant des ressemblances se dégageant de leurs propos qui sont autant de réflexions, de propositions, de sentiments de colère, de tendresse et d’appels.

On remarque ainsi le fossé, souvent douloureux, qui existe entre les valeurs, les traditions des parents et la « modernité » de leurs enfants nés et scolarisés en France.

Pour atténuer ces différences culturelles, les femmes se groupent entre elles, partagent leurs difficultés ou leurs richesses créatives, forment des « mouvements » qui prennent de l’importance auprès des hommes de la cité, des jeunes, des travailleurs sociaux.

Ainsi en dépit des voitures incendiées, des cas de sida, de viols dans des caves, que les médias se pressent de faire connaître, l’espoir peut renaître dans bien des familles qui ne veulent pas toujours quitter leur « lieu de vie ».

Le style est réaliste, direct, attachant, facile à lire. Bon instrument de travail pour ceux qui s’occupent des problèmes liés à l’immigration ; à l’alphabétisation, au racisme.

La lecture de ce livre ouvre des horizons insoupçonnés sur la vie des femmes dans les quartiers défavorisés. Les auteurs ont reconnu l’aspect un peu répétitif et monotone de ces témoignages, mais ont pensé, à juste titre, qu’ils montreraient bien que de cité en cité, une même histoire s’est écrite. (Anne-marie Trouvé)

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirky - INTOUCHABLE BOMBAY

CNRS Editions, 2002, 326 pages

Dans cet ouvrage, l’auteur, après plusieurs mois de présence sur le terrain, nous propose une étude du plus grand bidonville d’Asie : Dharavi, situé dans le centre ville de Bombay. Ce bidonville est composé d’une population d’intouchables et de musulmans de bas statut spécialisés dans le travail du cuir. Une étude pour nous montrer comment s’organise la vie dans cet ensemble de sept cent mille personnes issues d’une histoire, de cultures et de religions bien spécifiques et aux prises avec une évolution liée à l’économie de marché à laquelle elles doivent faire face.

L’auteur part de quatre orientations qui conditionnent la présentation du livre : l’inscription dans le territoire, la participation économique, l’organisation sociale et les comportements politiques de ces populations.

Pour comprendre, il faut connaître. En effet nous sommes loin de nos catégories occidentales, aussi le livre nous apporte-t-il des renseignements précieux concernant les ethnies, les castes (17 dans ce bidonville), les « dogmes religieux », les intouchables, le retour de l’hindouisme « pur et dur » et l’évolution de toutes ces notions dans un contexte de mondialisation, de démocratie et de décolonisation.

La première partie du livre traite de la naissance de Dharavi. Ce bidonville, issu de la migration du travail, a abouti à un espace de vie très organisé avec un lien social unique. La deuxième partie aborde la question des intouchables qui ne sont pas forcément les plus exploités, les immigrés et les pauvres étant finalement ceux du bas de l’échelle, intouchables ou non. Ces castes qui structurent le bidonville, supportent l’exclusion et la pauvreté, mais la vie moderne modifie profondément cette situation. La troisième partie traite du travail et montre en particulier comment son organisation permet au petit artisan d’être relié au marché international. Enfin la quatrième partie aborde le champ du politique. L’électorat du bidonville est courtisé mais le risque de récupération politique est bien présent et avec elle la perte de liberté politique de ces populations.

L’avenir de ce bidonville est sans doute de disparaître ou plutôt de se déplacer pour faire place à un quartier résidentiel, les politiques urbaines de ces grandes métropoles étant déterminantes pour ces habitants.

Ce livre, facile à lire, est très intéressant car à travers cet exemple précis, c’est la vie indienne et l’évolution de cette société multiethnique et religieuse que nous fait aborder l’auteur avec l’occasion d’une réflexion loin de nos idées préconçues.

Concluons avec l’auteur : « que le lecteur n’oublie jamais à travers les distances de ces pages, que ce livre brasse d’abord la représentation de milliers d’âmes qui se battent, s’échinent, se tuent à survivre. » (Jean-Jacques Boureau)

Pour citer cet article Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde, Année 2003, Apprendre : le désir et le droit, Livres ouverts, mis à jour le : 12/09/2018,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/1885.