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Rédaction de la Revue Quart Monde
  • publié en mai 2008
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2008/1-2
Texte intégral

Jules Gazon : NI CHOMAGE, NI ASSISTANCE

Du choix éthique à la faisabilité économique

Ed. L’Harmattan, coll. Questions contemporaines, 2007, 283 pages

Au point de départ de son analyse et de sa réflexion, l’auteur, professeur émérite de HEC-école de gestion de l’université de Liège, juge intolérable « l’inactivité des personnes en âge de travailler et en bonne santé physique et psychique ».

Il s’insurge contre l’acceptation du chômage ou plutôt contre le fait de laisser au marché du travail et à des politiques d’assistance réparatrice les problèmes d’équité qu’il soulève.

C’est pour lui une soumission à l’ordre économique alors que celui-ci devrait être encadré par les choix éthiques de nos sociétés démocratiques, fondés sur les principes de liberté et d’égalité.

Il entend montrer qu’au regard d’une éthique de l’égalité de tous « dans la capacité de faire de chacun » (cf. les capabilités de Amartya Sen), il importe d’imposer une société sans chômage.

Il s’agit de rendre effectifs tant le droit au travail pour tous ceux qui sont en âge et en santé de travailler que le double devoir de travailler et de faire travailler.

D’une part, il importe de supprimer toutes formes d’assistance financière aux inactifs valides, qui seront désormais reconnus comme des travailleurs productifs, rémunérés pour leurs offres de service à rendre ou pour leur insertion dans des cursus appropriés de formation qualifiante ou requalifiante.

D’autre part, il importe qu’il y ait dans une société considérée suffisamment de demandes de services à rendre de la part des particuliers, des ménages, des associations, des collectivités publiques, des entreprises : des demandes « contraintes » en quelque sorte avec l’octroi de « crédits de proximité » portant obligation de les dépenser en achat de « services de proximité ».

L’auteur s’emploie à démontrer la faisabilité économique de cette refondation du rapport au travail et à répondre aux objections de diverses natures à son encontre. Il prend soin de souligner que ce système - plus respectueux de la dignité de tous - ne coûterait pas plus cher que la somme des multiples allocations actuelles d’assistance.

Il prend en compte les besoins de soutien et d’accompagnement des moins qualifiés tout en affirmant leur droit au travail, c’est-à-dire leur droit à pouvoir eux aussi rendre des services et à être rémunérés pour cela.

Autant la saisie de son projet de société est relativement intelligible - sa réflexion est même très stimulante - autant certains développements justificatifs de son analyse et de ses propositions - notamment ses références à des modèles mathémathiques - laissent en perdition le lecteur non initié à ce type de langage. (Daniel Fayard)

Gilles Rebèche : QUI ES-TU POUR M’EMPECHER DE MOURIR ?

Ed. de l’Atelier, 2008, 207 pages.

Quand il avait 15 ans, avec un camarade de collège, Gilles Rebèche s’est retrouvé par erreur dans la cité de transit du Fort-Rouge, sur les pentes du Mont Faron à Toulon. Accueillis par une nuée d’enfants, ils sont emmenés vers un local à l’entrée de la cité, surmonté d’une pancarte « Pré-école Art et Poésie ». Ils y rencontrent les deux volontaires d’ATD Quart Monde qui y travaillent et qui, loin de leur demander ce qu’ils pouvaient bien faire là, les interpellent, enthousiastes : « C’est sympa de venir nous aider ! Revenez pour les enfants, ce serait bien de les accompagner pour jouer au foot ou mieux encore pour animer la bibliothèque de rue dans la cité ! ». Le récit de cette découverte ne déclencha pas l’adhésion de ceux à qui Gilles en parla, mais au contraire une série de mises en garde et d’invitations à la prudence. A contrario, cela accrut son désir de revenir à la cité de transit, qui devint pour lui une école de vie. Tel est le point de départ de ce livre passionnant, agréable à lire, qui donne à connaître et à aimer, au fil des chapitres, des hommes et des femmes qui ont croisé la route de Gilles Rebèche. Les uns étaient des hommes et des femmes marqués par la misère, d’autres venaient d’horizons les plus variés, mais ont accepté d’être bousculés dans leurs habitudes, dans leur vision du monde, par ce que Gilles leur transmettait, avec vigueur parfois, mais toujours avec beaucoup de fraternité aussi, de la vie des plus pauvres de Toulon et sa région.

Après des études de théologie, Gilles Rebèche rejoint le Mouvement ATD Quart Monde, à la fin des années 70, pour y effectuer son service civil. Après quelques mois en région parisienne, le père Joseph le renvoie dans sa région d’origine, le Var, pour soutenir l’équipe de Toulon ainsi que l’équipe régionale de Marseille, et les aider à organiser une grand rassemblement d’enfants à l’occasion de l’Année internationale de l’enfant, en 1979. Quelques jours après son retour à Toulon, Gilles est appelé au secours par ses voisins. Un homme vient de se taillader les veines, il se vide de son sang. Gilles est pressé d’intervenir, il pose un garrot. A deux reprises, l’homme perd conscience, puis se réveille et interpelle Gilles : « Mais qui es-tu pour m’empêcher de mourir ? ». Une interrogation qui, des années après, habite le cœur de l’auteur, au point d’en avoir fait le titre de son récit. En 1982, après la création par l’évêque de Fréjus-Toulon d’une diaconie vouée à redécouvrir le sens et le goût de la fraternité avec les plus pauvres dans l’ensemble du diocèse, Gilles Rebèche est ordonné diacre, et attaché à cette diaconie. Au gré de rencontres avec des personnes précises, qu’ils s’agissent d’hommes et de femmes vivant à la rue, de familles gitanes, de travailleurs immigrés sans-papiers, de « roms » aujourd’hui, des réponses sont recherchées, ensemble, en cherchant à mobiliser les partenaires adéquats, en faisant appel aux pouvoirs publics et à leur responsabilité propre, en faisant appel à l’Eglise et à ses communautés. On est frappé, au fil des pages, de l’inventivité des uns et des autres. Elle est telle qu’on a parfois du mal à se retrouver dans le foisonnement d’initiatives auxquelles la diaconie a prêté son concours.

Ce livre passionnant parlera, certes, à toutes celles et ceux qui dans l’Eglise, dans les églises en général, cherchent à réinventer une manière de vivre la charité en notre temps. Mais il parlera aussi à toutes celles et ceux, qui sans se reconnaître d’une église ou d’une confession religieuse quelconque, cherche simplement à entendre le cri des plus pauvres et tentent de s’en faire les partenaires, au service de leur quête incessante de respect et de dignité. (Jean Tonglet)

Vient de paraître

SOURIRES DU MONDE

Jean-Louis Saporito

Ed. les arènes, 144 pages, textes et photos.

Dans tous les pays où l’auteur est allé avec la complicité d’ATD Quart Monde « toutes les familles avaient un point commun : l’obsession de l’avenir de leurs enfants et donc de leur éducation. Ce qui leur permet de ne pas perdre pied, c’est l’espérance que tous leurs combats serviront à donner à leurs enfants les outils pour une vie meilleure que la leur. » (Jean-Louis Saporito)

Photographe. Grand reporter à la télévision pendant vingt ans. A dirigé l’agence de presse Po

Pour citer cet article Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde, Année 2008, Droits de l'homme : "Nous avons trouvé le chemin", Livres, mis à jour le : 12/09/2018,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/2012.