Livres

Rédaction de la Revue Quart Monde

References

Electronic reference

Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde [Online], 165 | 1998/1, Online since 05 August 1998, connection on 29 January 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/2707

Index chronologique

1998/1

Daniel Cohen - Richesse du monde, pauvretÉ des nations

Flammarion, 1997, 165 pages.

Ce petit livre de Daniel Cohen a très vite été remarqué par la presse pour sa façon clairvoyante d'expliquer les mutations de nos sociétés. Professeur d'économie à l'École normale supérieure et à l'Université de Paris I, l'auteur s'efforce cependant d'éviter le jargon habituel de la tribu des économistes, et y réussit assez bien. L'ouvrage ne se lit pas comme un roman, mais présente l'énorme avantage d'être bref, très clair alors qu'il embrasse un champ immense, souvent provocant dans sa manière de récuser des lieux communs. Il est alimenté aux meilleures sources de la pensée économique européenne et américaine, avec leurs défauts, la méconnaissance fréquente de la réalité des plus pauvres.

Sa thèse est simple et argumentée de façon convaincante. Le monde s'enrichit à un rythme jamais connu auparavant et les pays les plus peuplés d'Asie connaissent des taux de croissance économique que l'Europe leur envie. A l'inverse, la pauvreté s'étend dans les vieilles nations occidentales, qui s'en croyaient protégées. L'enrichissement de certains pays pauvres serait-il la cause de la pauvreté des pays riches ? La mondialisation serait-elle à l'origine de tous nos maux ? Pour répondre à cette question, l'auteur essaie d'abord d'expliquer pourquoi les pays pauvres le sont et nous emmène avec l'agronome René Dumont sur les traces de « l'homme le plus pauvre du monde », qui est ... une femme africaine. L'exploitation de la femme, l'exploitation des campagnes par les villes qui abritent les élites et la corruption des élites, telles seraient aujourd'hui les causes du destin tragique de l'Afrique, auxquelles l'auteur ajoute plus loin « l'extraordinaire traumatisme qu'a été pour les pays du tiers-monde la mondialisation au dix-neuvième siècle ».

Il examine ensuite les cas les plus extrêmes d'enrichissement de deux villes asiatiques, Hong Kong et Singapour, qui en 1945 n'étaient que « deux grands bidonvilles, devenus aujourd'hui plus riches que leur colonisateur », le Royaume-Uni. Elles ont su s'adapter pour profiter pleinement des opportunités offertes par le marché mondial, en attirant d'énormes  investissements étrangers par de fortes exemptions fiscales, et en se spécialisant judicieusement dans le textile, puis l'électronique, l'informatique... Une analyse approfondie montre qu'en définitive, ces villes ont mis en œuvre des moyens simples : forte épargne, fort investissement, éducation massive de la main d'œuvre, bref, « plus de transpiration que d'inspiration ». Ces remèdes simples semblent bien  permettre de rattraper les pays riches. Alors que la plupart des pays d'Europe obtiennent difficilement des taux de croissance annuels de 3 %, la Chine, la Malaisie ou la Thaïlande en sont à 10 %, des taux jamais vus dans nos pays ! Quel espoir pour des centaines de millions d'habitants qui pourraient échapper à la misère ! L'avantage presque exclusif que l'Occident a tiré de la révolution industrielle serait enfin partagé.

Aujourd'hui, la peur du commerce a changé de camp et ce sont les pays riches qui craignent que la “ mondialisation ” ne provoque leur désindustrialisation, avec pour conséquence la hausse du chômage et de la pauvreté. Mais notre commerce avec les pays pauvres est beaucoup trop restreint pour expliquer l'ampleur du chômage et des inégalités contemporaines. Les véritables causes doivent être cherchées ailleurs. Deux siècles après la première révolution industrielle qui a créé le chemin de fer, un siècle après  la seconde qui a produit la voiture et l'avion, nous vivons une troisième révolution industrielle, la révolution informatique. Celle-ci entraîne une professionnalisation croissante de l'emploi, et fait chuter brutalement la demande de travail non qualifié. Il en résulte une augmentation considérable du chômage en Europe, et une forte baisse des salaires des travailleurs non qualifiés aux  États-Unis : au long des années 1980, le salaire des jeunes Noirs a diminué de moitié ! Sur les deux continents, les inégalités s'accroissent : la pauvreté s'étend au bas de l'échelle sociale et, dans le même temps, la richesse s'accroît en haut, avec des spécificités culturelles propres à chaque pays.

En Occident, l'impuissance du marché du travail à prévenir ou guérir la pauvreté est patente aujourd'hui et s'accompagne aussi d'une « misère de la politique ». En Europe, la moitié environ des richesses produites fait l'objet d'une appropriation ou d'une redistribution publique. Pourquoi des sommes aussi considérables ne pourraient-elles pas éradiquer le paupérisme, si telle était la volonté politique de nos sociétés ? Mais c'est bien souvent l'intérêt des classes moyennes qui prime...

L'auteur tire deux conclusions de son analyse : il ne faudrait surtout pas affaiblir la protection sociale en Europe pour des raisons de compétitivité internationale : il faut la transformer pour l'adapter aux nouvelles inégalités générées par la troisième révolution industrielle. Il faut aussi permettre aux pays les plus pauvres de bénéficier du commerce mondial, qui pourrait être « le grand espoir du 21ème siècle » en permettant un resserrement des inégalités entre nations. (Xavier Godinot, (Bruxelles))

Ligue des droits de l’homme - 100 POÈMES CONTRE LE RACISME

Choisis par Claire Etcherelli, Gilles Manceron, Bernard Wallon.

Editeur Le Cherche Midi, 180 pages.

Préface d’Elie Wiesel.

Fondée en 1898, à l’occasion de l’affaire Dreyfus, la Ligue des droits de l’homme s’efforce de protéger les individus de l’injustice, de l’arbitraire, de la discrimination. C’est le lieu de rencontre pour tous les démocrates sensibles au slogan : LIBERTÉ - ÉGALITÉ - FRATERNITÉ.

Dans cette optique, cet organisme est à l’origine de ce recueil de poèmes préfacé par Elie Wiesel qui voit dans le racisme le pire de tous les maux, car s’il sévit, les droits de l’homme sont bafoués, la haine semant souffrances et mort.

Par les armes de la poésie, Claire Etcherelli, Gilles Manceron et Bernard Wallon ont regroupé des œuvres qui témoignent d’une volonté collective de s’opposer aux idéologies systématiques sur l’inégalité des races.

Dans plus d’un poème sur quatre est dénoncé l’antisémitisme, notamment par Benjamin Fondane, Jean-Michel Cayrol, Lily Unden. Des cris de révolte sont lancés par des poètes d’Afrique du Sud tels Mongone Wally, Braton Breyten-Bach. Des poètes afro-américains déplorent le mépris des Blancs à l’égard de leur peuple et lui opposent les valeurs de la négritude. Jacques Prévert, André Breton, Tahar Ben Jelloun, célèbrent la beauté des peuples de couleur et la solidarité entre individus d’origine différente : vivre ensemble est une aventure où l’amour est une belle rencontre avec ce qui est toujours différent de moi et m’enrichit. Le sort des travailleurs immigrés en Europe est stigmatisé.

Ces messages pleins d’émotion sont piquants pour tous les hommes et la poésie apporte une riposte très percutante pour lutter contre la haine et le mépris. (Françoise Louis-Lucas, Paris).

CC BY-NC-ND