N° 144, 1992/3   •  S'unir contre la misère
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Rédaction de la Revue Quart Monde
  • publié en août 1992
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1992/3
Texte intégral

Denise Gault – QUAND J’ETAIS GRANDE

Editions Mercure de France, 1982, 160 pages

Une enfant de quatre ans qui grandit dans la misère. Dans la cour des miracles. La cour des pouilleux comme disent les autres… des « soulots », des « polacks » et des « ritals. » Un monde à part. Celui des déracinés. Dans l’odeur aigre des eaux usées, des murs humides.

Cacou joue dans ce fond du monde. Son imagination taraude le souvenir et la présence du père, de la tante Germaine… Elle apprend à édifier les murs rassurants du quotidien contre le vertige imprévisible du drame.

Vient la guerre, l’après-guerre. Et le drame… et le reste.

Il y a 40 ans de cela. Aujourd’hui, elle revient jusqu’à la cour. Pour voir une dernière fois. Avant la destruction. Pour entendre encore…

Des phrases courtes, comme un visage éphémère. Comme l’illusoire. Comme le rêve aussi, brisé par la lumière ou blessé par la tourmente.

Une écriture qui suggère. Qui décrit pourtant. Mais par touches progressives. Une écriture tendue, comme pour retenir le murmure de l’enfant qui raconte.

Voici un livre dont il faudrait entendre comme directement les mots. Ce roman traverse la vérité que l’on devine à travers les yeux pâles et fanés. Mystérieusement, tremble le sel de la vie. (Jean-Claude Caillaux)

Thula Baba – JE PLEURE MON BEBE

Editions d’en bas, Lausanne, 87 pages

Ce poème bouleversant est l’œuvre de cinq employées de maison en Afrique du Sud dans une classe d’alphabétisation.

Soumises à des lois très contraignantes et au bon vouloir de leurs patronnes, elles sont très seules pour affronter la vie en ville.

« Nous vivons seules. Nous travaillons seules. Et nous sommes seules pour souffrir. »

On les traite comme des enfants.

« Pourtant nous sommes des femmes, des mères au corps puissant à force de gros travaux, aux pleurs immenses à force de souffrance. »

Elles ont les pires difficultés pour garder leurs enfants.

« Madame ne veut pas qu’elle garde l’enfant avec elle en ville. Qu’elle choisisse, a-t-elle dit : le travail ou l’enfant.

« Matshipo s’est mise à pleurer toutes les larmes retenues dans son corps depuis des années.

« C’est terrible pour une mère de renvoyer son enfant. C’est terrible pour un enfant de perdre sa mère. » Leurs conditions d’existence sont misérables.

« Moi, j’habite dans la chambre du fond, comme dans toutes les chambres près du fond, il y fait trop chaud en été et trop froid en hiver. »

Le style de ce petit livre parfaitement dépouillé et direct va droit au cœur et exprime comme une vérité poignante le drame de ces vies.

Seule l’amitié entre elles cimentée par ce partage de la misère leur apporte quelque joie de vivre, et pourtant ce poème est plein de fraîcheur de cœur, il n’exprime aucune animosité, il résonne comme une promesse célébrant la douleur et l’amour de ces cœurs de mères. (Chantal Ricard)

Peter Willmott et Alan Murie – LA PAUPERISATION DU LOGEMENT SOCIAL

Collection Habitat et Sociétés, 1990

Alan Murie, auteur d’une contribution remarquée sur les sans domicile fixe en Grande-Bretagne « Pauvre et mal-logé », publie avec Peter Willmott spécialiste des questions urbaines en Grande-Bretagne, cette étude comparative franco-britannique sur le logement social (la recherche pour la France étant toutefois moins poussée que pour la Grande-Bretagne.)

L’ouvrage répond à la préoccupation d’informer sur la tendance du logement social à instaurer la pauvreté comme stigmate. Dans la misère où les moins fortunés sont concentrés dans les ensembles qui ont la plus mauvaise réputation, ils sont étiquetés par les autres du signe de l’échec et sont donc condamnés à en souffrir.

Examinant ces questions sous le rapport de la politique du logement, P. Willmott et A. Murie constatent que les mesures jusqu’ici adoptées pour combattre ces tendances ne se sont pas révélées efficaces et qu’elles ne le seront pas davantage dans un proche avenir.

Un processus de pression à sortir du logement social à cause de sa dégradation physique et sociale a accompagné une « aspiration » à la propriété privée aidée par de généreuses subventions gouvernementales.

L’accent mis sur l’aide à l’accession à la propriété a entraîné une diminution des moyens du logement locatif. Les auteurs tirent des leçons de l’expérience française de l’OPAC (Office public d’aménagement et de construction.) Cette expérience était née du besoin d’une gestion décentralisée et élargie au sein du système des HLM, pour corriger la centralisation excessive…

L’avenir du logement social requiert, d’urgence, une réforme du financement du logement dans le sens de la décentralisation.

Une politique du logement social, est-il dit en substance, pour éviter toute ségrégation doit répondre à deux objectifs :

Garantir que le secteur du logement social soit financièrement suivi, bien géré et que son parc soit maintenu en bon état.

Ménager une offre adéquate de logements d’un standard décent pour les familles les plus pauvres (loi Besson en France.) (Catherine Firdion).

Pour citer cet article Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde, Année 1992, S'unir contre la misère, Livres ouverts, mis à jour le : 29/10/2009,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/3566.