Les départements-pilotes sont désignés (Encadré p.10)

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Les départements-pilotes sont désignés (Encadré p.10) », Revue Quart Monde [Online], 126 | 1988/1, Online since 05 September 1988, connection on 29 January 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/3927

Index chronologique

1998/1

Le 26 janvier dernier, M. Adrien Zeller, secrétaire d’État chargé de la Sécurité sociale, a fait connaître la liste des douze départements retenus : Aveyron, Doubs, Drôme, Gironde, Haute-Loire, Ille-et-Vilaine, Indre-et-Loire, Isère, Marne, Rhône, Savoie, Territoire de Belfort.

On ne peut que se réjouir de constater l’influence du rapport Wresinski et de tous ceux qui ont décidé d’unir leurs efforts pour le faire appliquer. Déjà, en matière de soutien scolaire, d’aide au logement, de stages pour les chômeurs de longue durée, certaines mesures ponctuelles avaient été reprises de ce rapport.

Avec la désignation des départements-pilotes, on doit travailler dans l’esprit même du rapport, c’est-à-dire de politiques globales, cohérentes et prospectives.

Néanmoins, dans la circulaire du 23 février 1988 qui a précisé comment le Gouvernement envisage ce dispositif, les populations en grande pauvreté et précarité économique et sociale n’apparaissent nullement comme des partenaires. Le maître mot est la coordination des administrations. Or, s’il est utile que les administrations se coordonnent entre elles, la priorité reste qu’elles se mettent d’accord avec les personnes et familles en grande pauvreté dont le concours est au cœur même d’une politique globale en la matière. C’est bien pour que les plus pauvres puissent agir que la politique doit être globale.

Par ailleurs, le Gouvernement semble considérer qu’on peut lutter sérieusement contre la pauvreté sans prévoir d’effort budgétaire. Il y a aujourd’hui un accord des Français sur la nécessité de prendre vraiment en compte le refus de la grande pauvreté. Il est du devoir des hommes politiques de ne pas laisser échapper cette chance pour les plus pauvres.

De chacun de ces domaines, qui constituent les éléments indissociables de la vie d’un citoyen, je retiens une mesure ou orientation significative. Je ne reprends donc pas l’ensemble des propositions et recommandations qui sont détaillées dans l’avis.

1) De l’éducation, je retiens essentiellement :

- tout d’abord, l’effort qui doit être en faveur de la petite enfance, en créant notamment des pré-écoles dans la famille afin de préparer l’entrée de l’enfant en maternelle ;

- en second lieu, la mission et les moyens à donner à l’équipe enseignante afin d’assurer un véritable lien de confiance entre l’école, les parents et le milieu familial de l’enfant.

2) de la formation et de l’emploi, il s’agit de donner mission à des instances locales :

- de développer des programmes de formation comportant la mise à niveau, avec si nécessaire une alphabétisation.

- d’assurer une formation au moins au niveau du Certificat d’Aptitude Professionnelle,

- et de permettre un accès à un emploi, dans toute la mesure possible.

Toujours en ce qui concerne la formation et l’emploi, une mesure significative serait la recherche des modalités d’attribution d’un crédit-formation qui permettrait aux travailleurs sans qualification d’en acquérir une tout en travaillant sur le tas (c’est-à-dire sur le poste de travail même).

3) En ce qui concerne le logement, la Section des Affaires Sociales demande que soit réaffirmé le droit de tous à l’habitat. Il s’agirait de donner mission à des comités départementaux « Solidarité-Logement » de loger de manière urgente et obligatoire, les demandeurs prioritaires de logement

Une mesure significative serait encore d’attribuer une préallocation logement à tout demandeur prioritaire afin qu’il puisse couvrir les frais d’entrée dans un logement.

4) Dans le domaine de la santé : il s’agit de permettre à tous l’accès aux soins.

- la généralisation de la Sécurité sociale, prévue la Loi de 1978, doit être effective, en substituant progressivement un dispositif d’assurance à celui de l’assistance au travers de l’Aide Médicale Générale (AMG), dans les plus brefs délais. Une garantie d’une couverture complémentaire devrait sans doute être assurée.

- dans le domaine de la prévention, une mesure significative serait d’offrir gratuitement à toute personne très démunie, la possibilité d’un examen médical périodique.

- tout enfant qui entre à la maternelle devrait bénéficier d’un bilan de santé.

5) Enfin, il apparaît que l’efficacité des mesures que je viens d’énoncer sera nulle si un plancher de ressources qui devrait conduire à une insertion, n’est pas assuré aux personnes et familles.

C’est pourquoi la section des Affaires Sociales du Conseil économique et social propose la garantie d’un minimum de ressources assorti d’un contrat projet d’insertion. Il serait tenu compte de la dimension familiale, au travers d’un aménagement du supplément de revenu familial. De plus, les allocations familiales, les autres allocations à l’enfant ainsi que l’allocation-logement seraient versées indépendamment de la garantie minimum de ressources.

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