Livres

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde [Online], 131 | 1989/2, Online since 05 November 1989, connection on 09 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4081

Index chronologique

1989/2

Augustin Gomez Arcos – ANA NON

Paris, LGF, 1980. 282 p.

Ana Non, enfant comblée par l’amour de ses parents, de ses 11 frères, jeune femme éblouie par son mari pêcheur et ses trois fils, la guerre d’Espagne va la plonger dans un abîme de douleur : son mari et les deux aînés tués, le dernier, le préféré, condamné à la prison à perpétuité parce que membre actif du parti communiste espagnol.

Elle se retrouve seule, objet de mépris pour les voisins et les amis d’avant la guerre civile.

A 75 ans, Ana Non quitte son bord de mer andalou, pour rejoindre avant de mourir son fils au nord de l’Espagne.

L’auteur décrit cette longue marche : la fatigue, la faim, les intempéries et plus encore l’humiliation de mendier ou de voler pour subsister misérablement.

Deux compagnons se joindront à elle : un chien galeux que la police espagnole noiera sous ses yeux, un aveugle, Trinidad, qui l’initiera à la « connaissance » en lui apprenant à lire et écrire. Il sera aussi mis en prison par les policiers.

Ana continuera seule son voyage vers le nord. Elle y arrivera en plein hiver, dans une ville enneigée.

Tout le livre est un hymne fervent à la dignité des pauvres. Il est aussi un pamphlet féroce contre la noblesse franquiste, et l’église officielle d’Espagne.

Pourquoi Ana Non ? Parce que tous les siens ont dit « Non » à l’Espagne franquiste. Parce qu’Ana reprend à son propre compte ce « Non » et refuse de pactiser avec ceux qui lui ont tué son mari et ses enfants. Parce qu’elle dit « Non » au dieu officiel de l’Espagne. Parce que même dans la mort, son mari, ses enfants et elle-même sont exclus d’une pierre tombale qui perpétuerait leurs cinq noms. (Germaine Quéméré)

Neel Doff – CONTES FAROUCHES

Paris, Plein Chant, 1988. – 139p.

Cette série de contes se situe en Hollande ou en Flandres, au début de ce siècle.

Ciel chargé de nuages, maisons à peine éclairées par un feu de bois, odeur sucrée des crêpes, ambiance des cabarets où l’on se réchauffe et déverse le trop plein des souffrances, … joies populaires des kermesses chères aux pays du Nord.

Sur cette toile de fond Neel Doff dessine en quelques pages le monde des petits paysans avec leurs peines et leurs amours déçues, des nomades avec la prostitution forcée dès le jeune âge, des corps meurtris par l’accumulation des échecs, par la misère.

Certains manifestent une volonté farouche de s’en sortir, quitte à renier la famille. Ils se couvrent d’un vernis de promotion sociale. Que deviennent-ils ?

Neel Doff ne s’en soucie pas dans ces sept contes. Elle nous offre des images pleines de poésie, de sensibilité qui évoquent un tableau de Van Gogh tel que « les Mangeurs de pomme de terre ». (Bernadette Chambord)

Denise Gault – QUAND J’ETAIS GRANDE

Paris, Mercure de France, 1982. – 160p.

Une enfant de quatre ans qui grandit dans la misère, dans la cour des miracles, la cour des pouilleux comme disent les autres…, des soûlots, des pollacks et des ritals. Un monde à part, celui des déracinés. Dans l’odeur aigre des eaux usées, des murs humides.

Cacou joue dans ce fond du monde. Avec son imagination que taraude le souvenir et la présence du père, de la tante Germaine… et qui apprend à édifier les murs rassurants du quotidien contre le vertige imprévisible du drame.

Puis vient la guerre, l’après guerre. Et le drame… et le reste.

Il y a 40 ans de cela. Et aujourd’hui, elle revient jusqu’à la cour. Pour voir une dernière fois. Avant la destruction. Pour entendre encore…

Des phrases courtes, comme un visage d’éphémère. Comme l’illusoire. Comme le rêve aussi, brisé par la lumière ou blessé par la tourmente.

Une écriture qui suggère. Qui décrit pourtant. Mais par touches progressives. Une écriture tendue, comme pour retenir le murmure de l’enfant qui raconte.

Un livre dont il faudrait entendre comme directement les mots. Un roman qui traverse la vérité que l’on devine à travers les yeux pâles et fanés. Et où mystérieusement tremble le sel de la vie. (Jean-Claude Caillaux)

Maxime Gorki – LA MERE

Paris, Messidor, 1987. – 448 p.

Au début du siècle, une paysanne russe est entraînée par les amis de son fils, militants communistes, qui lui enseignent la lecture. Elle est touchée par leur espoir. Mais leur langage lui fait peur. « Vous parlez comme si vous n’aviez jamais été humiliés ».

Peu à peu, comprenant mieux sa propre destinée, elle se bat aux côtés des petits paysans pour la maîtrise de leurs conditions d’existence. Ce livre observe au fil de la vie cette lente transformation d’une femme peureuse et humiliée en militante de son peuple.

Neel Doff – JOURS DE FAMINE ET DETRESSE

Paris, J.J.Pauvert,1974. 477 p.

Hollandaise, Neel Doff raconte la vie de misère qui fut la sienne à la fin du siècle dernier, après que ses parents aient émigrés en Belgique pour tenter d’échapper à la famine.

« Nous vivions à dix dans une seule pièce et la nuit, j’entendais les puces marcher ».

Son père n’arrivant pas à trouver un travail régulier, Neel doit se prostituer pour aider sa mère à nourrir ses huit frères et sœurs. A partir de ce moment là, le ménage marche mieux, les enfants sont lavés, mangent à l’heure… Mais Neel prend sa famille en aversion. Pendant vingt ans, elle vivra un vrai calvaire.

Elle finit par rencontrer un homme riche qu’elle épouse. Mais si son existence se transforme socialement, elle reste toujours sensible à toutes les misères du monde car « ceux qui échappent à la misère n’échappent pas à la mémoire de leur misère ». (Catherine Firdion)

Pierre Pierrard – L’EGLISE ET LA REVOLUTION 1789-1889

Paris, Nouvelle Cité, 1988. – 273p.

1789-1889, cent ans d’histoire durant lesquels s’affrontent deux attitudes opposées de l’Eglise par rapport à la Révolution.

Le 13 juin 1789, trois curés élus aux Etats généraux rejoignent le Tiers Etats. Ils sont suivis par d’autres membres du bas clergé. Ceux-ci « associent de plus en plus leur cause à celle de leurs ouailles » et contribuent à la suppression des privilèges en soutenant l’égalité des hommes.

1889, cent ans plus tard, le congrès catholique dresse un bilan négatif de la Révolution.

L’ « euphorie de 1789 » fut courte ; la constitution civile du clergé et ses suites, l’ « épreuve du serment » divisèrent le clergé de France en jureurs et réfractaires, en défenseurs des principes de 1789 des droits de l’homme – pour eux conformes à l’évangile – et en défenseurs d’un ordre établi en vertu des droits de Dieu et de la Tradition.

Pierrard analyse l’influence de ces deux courants dans la pensée d’écrivains, historiens, philosophes et théologiens : J. de Maistre, L. de Bonald, Lamenais, Michelet, Ozanam, A. de Tocqueville, Taine.

Il montre comment évolue l’attitude de l’Eglise et du pouvoir en un temps où la société se transforme en s’industrialisant et voit la naissance de la « classe ouvrière ».

Dès lors, dans la pensée commune, le pauvre, c’est l’ouvrier. Entre lui et l’Eglise dominante, un fossé se creuse. Survient un événement capital : le soulèvement de la Commune qui marque la rupture entre l’Eglise gardienne d’un ordre moral et le peuple « socialiste », « revendicatif et fauteur de trouble ».

A partir de 1871, la catholicisme social et les cercles ouvriers transportent la contre révolution sur la terrain social. Leur but est « le dévouement de la classe dirigeante à la classe ouvrière… » Les associations religieuses, les congrégations se développent.

Mais en 1889, un constat s’impose : après un siècle d’espoir, de débats, d’approche de la liberté, l’égalité des hommes n’est qu’un leurre et l’Eglise est là pour cautionner cet état de fait.

A la lecture de ce livre, on constate que le pauvre joue un rôle qu’il n’a jamais choisi. C’est en son nom que sont réclamées toutes les libertés mais il reste soumis à l’ordre établi et tenu à la résignation. A terme, des questions restent en suspens :

-qu’est devenu le Christ, pauvre parmi les pauvres pour ceux qui prétendent agir en son nom ?

-le pauvre est-il un homme tout simplement ?

En cette année du bicentenaire, P. Pierrard conclut : « les travaux d’historiens, la pastorale et la religion populaire permettent d’aborder la commémoration avec plus de sérénité qu’il y a cent ans ». (Jean et Guillemette Poex)

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