Avec le «minimex», nous pouvons oser (Partenariat et sécurité d’existence)

Leona Van den Wyngaert

References

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Leona Van den Wyngaert, « Avec le «minimex», nous pouvons oser (Partenariat et sécurité d’existence) », Revue Quart Monde [Online], 131 | 1989/2, Online since 05 November 1989, connection on 08 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4097

Depuis 1974, les Belges qui n’ont pas assez de revenus provenant de leur travail ou de la sécurité sociale ont droit au « minimex ».

Index chronologique

1989/2

Auparavant, nous étions dépendants de la bonne volonté des autres. Nous ne savions jamais de quoi nous allions vivre demain. L’incertitude, la honte, la dépendance nous empêchaient d’avancer dans la vie et de donner des chances à nos enfants.

Le « minimex » ne suffit pas pour vivre, comme le dit la loi, « une vie qui réponde à la dignité humaine ». Mais à partir du moment où nous pouvons compter sur un revenu régulier et fixe, nous osons faire des démarches nouvelles.

Quand vous vivez constamment au jour le jour, quand vous vous demandez ce que vous allez manger, où vous allez dormir… alors un revenu régulier est un changement énorme.

Ceux d’entre nous qui n’avaient absolument rien, aucune sécurité, ont dû apprendre à vivre avec une somme d’argent fixe. Après ils ont pu commencer à apprendre à lire et à écrire.

Grâce au « minimex » une femme de notre commune a eu le courage de se présenter pour une formation d’aide ménagère. Deux ans plus tard avec l’encouragement des autres, elle a obtenu un diplôme.

Sans travail, sans revenu, les jeunes ne peuvent pas habiter en couple avec leurs enfants. Ils sont obligés d’habiter chez leurs parents. Le « minimex » leur donne plus de liberté. Ils peuvent avoir leur propre logement.

Sans revenus, on a du mal à élever nos enfants. Beaucoup d’entre eux sont placés. C’est une chance pour leur avenir quand le « minimex » permet d’éviter cela.

Le « minimex » est pour nous un droit. Nous voulons que ce droit soit respecté. Ce n’est pas toujours facile. Plusieurs communes ont déjà voulu interrompre le paiement du « minimex ». C’est inhumain. De nombreuses familles ont à nouveau été obligées d’aller chercher des paquets de nourriture. À nouveau, elles allaient mendier. Et mendier aujourd’hui ce n’est pas facile. Elles risquaient de retomber dans la grande misère.

Avec les autres familles du Quart Monde, nous sommes allés au tribunal pour défendre le droit au « minimex » pour tous. Le tribunal a obligé la caisse à reprendre les versements.

En Belgique, il y a encore beaucoup de gens qui vivent dans la misère et qui n’ont pas le droit au « minimex ». Ils sont sans-abri. Ils ne connaissent pas ce droit ou pensent que ce n’est pas pour eux. Ils ont honte…

Aux réunions du Quart Monde, nous les encourageons à faire valoir leurs droits. Souvent l’un d’entre nous les accompagne au service social pour les soutenir quand ils font leur demande.

Dans notre pays, on considère le « minimex » comme un droit. C’est dans cette direction que tous les pays d’Europe doivent aller. Un « minimex » est indispensable pour être capable de mener une vie normale. Mais, ce n’est pas suffisant. Il faut prendre des mesures dans tous les domaines de la vie.

Leona Van den Wyngaert

Déléguée de l’université populaire de Bruxelles, Bruxelles, 30 juin 1989.

CC BY-NC-ND