Oser ne pas rester seul (Partenariat et sécurité d’existence)

M. Freddy Leheureux and Marcelle Cornet Santé

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M. Freddy Leheureux and Marcelle Cornet Santé, « Oser ne pas rester seul (Partenariat et sécurité d’existence) », Revue Quart Monde [Online], 131 | 1989/2, Online since 05 November 1989, connection on 06 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4100

Index chronologique

1989/2

Pour sortir de la misère, nous avons besoin de gens pour lesquels nous ne sommes pas que des problèmes, mais aussi des personnes.

Nous ne voulons pas rester seuls, enfermés en nous-mêmes. Nous avons besoin de rencontrer des gens différents qui nous aident à découvrir le monde. Nous avons besoin de rencontrer des gens qui ont les mêmes problèmes que nous, pour échanger des idées, pour se donner du courage et apprendre ensemble à faire face aux difficultés.

Nous avons des choses à dire dans les associations de parents d’élèves, nous avons des choses à dire dans les associations de quartier, dans les syndicats, dans les partis politiques…

Mais il nous est difficile de participer à une association. Nous sommes marqués par l’exclusion. Nous avons peur de ne pas savoir nous exprimer. Nous avons peur lorsque nous rencontrons une nouvelle personne. Cette timidité nous vient de notre enfance. À l’école, on nous montrait du doigt : on n’était pas habillés comme les autres ; on n’avait pas le matériel qu’il fallait ; on ne savait pas bien lire. De tout cela nous gardons la peur d’être encore repoussés.

En plus, il y a la question de l’argent. Payer la cotisation, acheter un uniforme posent souvent quelques problèmes. Mais il nous est encore plus difficile de faire face aux gros frais de voyage ou de camp. Les autres partent sans nous et on se sent exclu car c’est dans ces moments-là qu’un groupe se renforce.

Quand on est au chômage, on a besoin de se rendre utile. Mais on s’énerve, on tourne en rond les problèmes dans la tête. On ne peut plus penser à autre chose. On cherche du travail, on est prêt à prendre n’importe quoi. On ne sait jamais si on aura encore du temps libre demain.

Comme nous n’avons pas de diplôme, nous prenons les emplois dont personne ne veut. Nous travaillons le soir, la nuit, le week-end. Nos horaires sont irréguliers. Nous sommes épuisés par des travaux lourds.

Dans ces conditions, il est difficile de participer à une association.

Pourtant, nous sommes ensemble, ici, aujourd’hui. Pourtant nous participons au Mouvement ATD Quart Monde. Certains d’entre nous font partie d’autres associations. Nous y prenons même des responsabilités. Par exemple, pour accueillir ceux qui ont le plus de difficultés dans une maison de quartier ou dans une consultation de nourrissons.

Au départ, on n’ose pas aller vers les autres. Mais quelqu’un est venu à notre rencontre et nous a pris au sérieux. Alors, on a osé rencontrer d’autres personnes. On a osé dire les choses telles qu’on les vit dans la réalité, sans devoir rien inventer.

Tout le monde doit avoir cette chance. Surtout les enfants car ils ont toute la vie devant eux. Pour qu’ils puissent se développer, il est indispensable qu’ils participent à des mouvements de jeunesse, à des groupes sportifs, aux activités organisées dans les écoles et dans les quartiers.

Participer à la vie culturelle, sportive, sociale, cela fait partie des droits élémentaires de la personne humaine. C’est une responsabilité de chacun à son niveau, pour que cela devienne possible pour tous.

M. Freddy Leheureux

Marcelle Cornet Santé

Délégués de l’université populaire de Bruxelles, Bruxelles, 30 juin 1989

CC BY-NC-ND