On voulait nous aider ; mais on nous méprisait (encadré, p. 17)

Mme Hufnagel

References

Electronic reference

Mme Hufnagel, « On voulait nous aider ; mais on nous méprisait (encadré, p. 17) », Revue Quart Monde [Online], 131 | 1989/2, Online since 05 November 1989, connection on 13 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4105

Index chronologique

1989/2

En Allemagne, depuis 1962, il existe un revenu minimum social qui s’appelle le « socialhilfe ». Ce revenu doit couvrir « la nourriture, le logement, l’habillement, les soins du corps, l’appareillage ménager, le chauffage et les besoins personnels de la vie quotidienne ».

« Lorsque j’attendais mon fils, ma petite fille avait un an, j’étais fatiguée à la fin de ma grossesse. Je travaillais dans une exploitation agricole. La travailleuse familiale m’a proposé d’aller en maison de repos jusqu’à la naissance. Tout de suite j’ai demandé ce que j’allais faire de ma fille.

Elle m’a répondu : « On va la mettre dans une maison d’enfants pendant ce temps.

- Et si elle ne revient pas après ?

- De toute façon, vous allez en avoir une autre »

Je ne suis pas allée me reposer pour ne pas perdre ma fille.

Plus tard, je suis restée seule avec quatre enfants. J’ai voulu me remarier avec M. Hufnagel. Mais cet homme était mal considéré. On a menacé de me retirer les enfants si je restais avec lui. On nous a toujours poursuivis ; on a déménagé de ferme en ferme et toujours, on nous retrouvait. Lorsque je commençais à m’en sortir avec mes enfants, on me les a pris

Pourquoi cet acharnement ?

Pourquoi n’a t-on pas voulu nous faire confiance ?

Si je ne suis pas allée en maison de repos, c’est parce que je pensais qu’il valait mieux pour ma fille qu’elle reste sa famille.

Si on s’est enfui de ferme en ferme, c’est aussi parce qu’on pensait qu’il valait mieux que les enfants aient une vie de famille avec leurs parents.

Mais tout cela, on ne pouvait le dire à personne. On voulait nous aider pour les choses matérielles, mais on nous méprisait.

Quand on a vécu beaucoup de choses difficiles, on a besoin de rencontrer quelqu’un en qui on a confiance, quelqu’un à qui on peut parler et qui nous comprenne. Alors on peut sortir de ce qui nous enfonce, sinon rien ne change ».

Mme Hufnagel

Déléguée de l’université populaire du Quart Monde de la République Fédérale d’Allemagne, Bruxelles, 30 juin 1989

CC BY-NC-ND