Livres

Rédaction de la Revue Quart Monde

p. 59

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Bibliographical reference

Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde, 219 | 2011/3, 59.

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Livres », Revue Quart Monde [Online], 219 | 2011/3, Online since 05 February 2012, connection on 09 April 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5207

Emmanuelle Murcier, Michelle Clausier (dir.) - UNIVERSITES POPULAIRES DE PARENTS

Des parents acteurs, chercheurs, citoyens

Éd. Chronique sociale, coll. Comprendre la société, 2010, 192 p.

Cet ouvrage collectif présente les travaux d'une recherche-action menée à l'initiative de l'Association des collectifs enfants-parents-professionnels (ACEPP), dont l'un des buts est le soutien du respect de la diversité et la collaboration parents-professionnels. Il présente la mise en place et le cheminement de groupes de travail, dits Universités populaires de parents, sur des questions de parentalité.

Ces questions, souvent évoquées dans notre société, sont généralement traitées par des experts, sans prise en compte de l'expérience des parents, notamment ceux des milieux populaires. En réunissant des parents de milieux divers, des professionnels et des universitaires, ces Universités populaires de parents (UPP) visent à un véritable croisement des savoirs, s'appuyant d'ailleurs, comme cela est cité à plusieurs reprises, sur les Universités populaires Quart Monde...

Une première partie présente les UPP, la réflexion présidant aux différentes étapes de la mise en œuvre, le rôle de chaque intervenant, la place des parents, la mixité sociale à rechercher dans certains lieux, l'importance du lien avec les universités, l'ouverture sur des UPP européennes...

Une seconde partie est consacrée aux différentes UPP, au nombre de cinq, avec pour chacune, l'histoire du groupe, la relation du travail effectué en préalable à la recherche proprement dite, la méthodologie, la recherche et la synthèse des résultats, et les prolongements qui ont pu exister après la fin des travaux.

Les différents groupes font la synthèse de leurs travaux sur des questions qui touchent à la parentalité : autorité, causes des décrochages scolaires, transmission des valeurs... dans des documents concis et riches. La précision dans la présentation sert grandement la pensée qui sous-tend toute cette entreprise : l'expérience et la parole de chacun des individus qui composent notre société a une valeur et un intérêt pour tous ; la participation d'un universitaire ne fait pas que cautionner une recherche : elle valorise les interlocuteurs, les aide à se convaincre de leur légitimité.

Le croisement des savoirs peut aider des parents à transformer des espoirs flous et lointains en projets éducatifs pour leurs enfants, la démission dont on les accuse souvent étant manque de confiance en soi, manque de compréhension du rôle de parents en regard de celui des professionnels. Il faut échanger entre adultes pour être cohérents face aux jeunes.

Cet ouvrage ouvre des pistes pour ceux qui voudraient favoriser ces échanges. (Catherine Cugnet)

Éric FIAT - GRANDEURS ET MISERES DES HOMMES

Petit traité de dignité

Éd. Larousse, Coll. Philosopher, 2010, 237 p.

Merveilleux petit traité de dignité ! L’auteur, agrégé de philosophie, a exploré les différentes facettes de cette notion qui sert de référence majeure pour l’éthique contemporaine, aussi bien dans les débats intellectuels que dans les appréhensions sociales et citoyennes de la vie quotidienne.

Ouvrage de réflexion, certes, mais élaboré sur la base d’une série de doubles portraits mettant en scène des personnages, des situations, des conduites jugés a priori dignes ou indignes et où il s’avère que les plus dignes ne sont pas ceux que l’on croit tels de prime abord.

Les usages du terme « dignité » sont souvent contradictoires. On peut s’affronter au nom des mêmes valeurs selon la représentation qu’on en a. C’est vrai de la dignité comme des droits de l’homme ou du respect de la personne humaine. Et notre auteur expose avec beaucoup de clarté les différentes conceptions de la dignité qui se sont succédé dans l’histoire et qui perdurent aujourd’hui : bourgeoise, monothéiste, kantienne, relationnelle, moderne, en précisant pour chacune son fondement.

Ainsi, pour la bourgeoisie, la valeur d’un homme dépend moins de son état ou de son statut que de sa conduite. Certains sont dignes, d’autres pas, et il y a des degrés dans la dignité selon le mérite personnel plus ou moins reconnu. Une conduite digne, c’est une contenance, un savoir-vivre, une distinction.

Pour les monothéistes, ce qui fait la dignité de l’homme est le fait d’avoir été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Pour Emmanuel Kant, tous les hommes sans exception sont dignes d’une dignité absolue et doivent être également respectés de façon inconditionnée et inconditionnelle, même les criminels, les fous et les polyhandicapés, quand bien même Dieu n’existerait pas.

Pour les tenants de la conception relationnelle, l’homme a besoin de la reconnaissance d’autrui pour accéder au sentiment de sa dignité. Ce n’est pas cette reconnaissance qui fait la dignité, mais elle l’accomplit, elle peut même l’éveiller car il y a le risque qu’on puisse perdre le sentiment de sa dignité.

Quant aux modernes, férus de démocratie et de maîtrise technique, la valeur est du côté de l’affranchissement des codes et des normes, de la revendication des mêmes libertés pour tous de pouvoir maîtriser sa vie à sa guise, voire sa propre mort. Selon eux, il y a des manières plus dignes que d'autres de vivre et de mourir

Éric Fiat prône quant à lui une conception « kanto-relationnelle ». Car il est vrai que certaines situations vécues, voire imposées, sont si indignes de la dignité humaine, si attentatoires au respect mutuel et à la fraternité que celle-ci induit, qu'elles peuvent faire perdre aux hommes le sentiment de leur dignité.

D'une écriture très accessible et d'une réflexion stimulante, ce petit traité ne peut qu'être recommandé à tous ceux qui croient à la grandeur de l'homme. (Daniel Fayard)

Jeanne Benameur - LES DEMEURÉES

Éd. Denoël, coll. Folio, 2000.

La mère, on l’appelle La Varienne, personne ne sait pourquoi. C’est l’idiote du village. Et Luce est sa petite.

Toute la vie dans leur taudis tourne autour de leurs corps et du silence, dans une lourdeur opaque.

Arrive le jour où la petite doit aller à l’école - c’est obligatoire ; leur monde de fusion s’écroule.

Luce décide très vite que l’école ne l’aura pas ; elle refuse résolument d’apprendre et elle va demeurer avec sa mère, égarées toutes deux dans l’ici et maintenant, liées par un pacte tacite.

C’est compter sans Madame Solange, institutrice attachée passionnément à ouvrir l’esprit des enfants. Avec patience et douceur, elle met toute sa foi à introduire des mots et des chiffres dans l’esprit de Luce qui résiste de toutes ses forces. Si bien que Madame Solange finit par en perdre ses repères et son innocence de jeune professeur pour entrer et demeurer, elle aussi, dans un questionnement sans fin … Jusqu’au moment où lui arrive - mais très, trop tard pour elle - la preuve que ses tentatives n’ont pas été vaines.

Un texte concis, déroutant, attachant. Maîtrisant l’art de la polysémie, Jeanne Benameur considère l’écriture et la littérature comme une énergie renouvelable, gardant auteur et lecteurs en vie, ce genre de vie puissante qui surgit du « très-bas ». (Martine Hosselet-Herbignat)

CC BY-NC-ND