Revue Quart Monde https://www.revue-quartmonde.org:443 Description de votre site fr Point de rencontre avec le Quart Monde https://www.revue-quartmonde.org:443/4224 Ce numéro 121 est un numéro zéro, c’est-à-dire une première invitation à un rendez-vous trimestriel. Une invitation ferme dont vous améliorerez la forme et le contenu par vos contributions, vos suggestions et vos critiques C’est une invitation ferme parce que les familles sous-prolétaires refusent leur condition et ont besoin du soutien de ceux qui les entourent. Elles refusent le chômage à vie et ont besoin des partenaires sociaux. Mais l’employeur ou le syndicaliste ne peut pas donner une chance au travailleur sous-prolétaire sans rechercher l’accord de son personnel ou de ses camarades. Elles refusent l’échec scolaire de leurs enfants et savent que leur chance, c’est l’instituteur compétent qui croira en eux. Mais l’instituteur, pour innover face à un enfant qui entre difficilement dans le rythme et la vie de la classe, doit rechercher l’accord de ses collègues et des parents d’élèves de sa classe. Le refus de la misère que ne peuvent contenir les familles du Quart Monde, pour se traduire en faits, doit gagner au-delà de nous-mêmes, nos amis, nos collègues, tous nos contemporains Refuser la misère c’est beaucoup plus que faire une soupe populaire lorsqu’il est trop tard pour l’éviter. C’est saisir aujourd’hui les chances qui permettront aux plus pauvres de vivre demain dans la dignité. Les entreprises, les universités, les administrations ont le souci de s’informer, de se concerter, de faire étudier au prix de budgets importants ce qui présente une chance de développements mer., 18 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/4224 L’europe qui naîtra du refus de la misère https://www.revue-quartmonde.org:443/3021 Dans tous les États-membres de la Communauté européenne, il y a des hommes sans qualification aucune, en chômage de longue durée. En chômage pour toujours faudrait-il dire. Beaucoup sont des parents, des chefs de famille. Leurs enfants sont ceux qui apprennent le moins à l’école et en sortent parfois illettrés. Les adolescents, eux non plus ne trouvent pas d’emploi. Dans toute la Communauté se perpétue ainsi la grande pauvreté que nous avions pourtant espéré voir disparaître. Des enfants, des jeunes, des adultes, des familles regardent le monde changer, ils nous regardent du fin fond de leurs immeubles, de leurs rues et cités mal construites et surpeuplées. Dépendant de nos systèmes d’assistance qui les aident tout au plus à survivre dans la pauvreté, ils observent de loin, en silence, les grandes mutations. Ils n’y participent pas car ils ne sont pas syndiqués ni en position de mener une vie associative à travers laquelle faire valoir leurs intérêts. Des citoyens libres, ils ne le sont qu’en théorie, au seul regard des constitutions. Dans les faits, celles-ci sont demeurées lettre morte pour eux. Leur grande pauvreté, nous avons fini par nous en rendre compte, n’a pas ressurgi de la crise ou des transformations de la vie économique. Il y a trente ans, la Communauté l’avait recueillie déjà avec l’héritage qu’elle emportait dans l’avenir. Cette pauvreté s’est sûrement accentuée et elle est redevenue plus visible depuis que les États sont conduits à réduire leurs dépenses tout lun., 16 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/3021 Dignité, liberté, égalité https://www.revue-quartmonde.org:443/4271 Le 11 février 1987, le Conseil Économique et Social a publiquement affirmé que la misère est un déni des droits de l’homme. Dans son rapport « Grande Pauvreté et Précarité Économique et Sociale », cette assemblée s’adresse à nous tous pour que soient adoptées des mesures globales, cohérentes et prospectives pour lutter contre la misère. La demande du Conseil Économique et Social est tout d’abord de mettre fin à l’assistance et de reconnaître que tous les hommes ont droit à une école pour les enfants, à une formation pour les jeunes, à un travail pour des adultes, à un logement pour les familles, qu’ils ont droit à être soignés et à être entendus. Si le Conseil Économique et Social s’est ainsi prononcé, c’est parce que les familles du Quart Monde ont toujours affirmé qu’elles refusent leur situation et, qu’en tant qu’êtres humains, les plus pauvres sont sujets de droit. Elles ont expliqué que l’humiliation et la dépendance les font souffrir plus encore que les privations elles-mêmes. C’est à la liberté et à la reconnaissance de leur égale dignité qu’elles aspirent. « Les pauvres sont comme les autres, en chair et en os. » « Savoir lire et écrire, c’est la liberté. » « Celui qui n’a pas de métier est un esclave. » « Quand il faut d’abord s’humilier pour demander des papiers, on ne peut pas se soigner. » « Être respecté, c’est avoir un logement où on n’ait pas honte de dire que l’on habite ». Dignité, liberté, égalité, voilà ce que les familles du Quart Monde réclament. À lui se lun., 16 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/4271 Partenaire de l’Histoire https://www.revue-quartmonde.org:443/4428 Le souci que les plus pauvres retrouvent leur identité par leur histoire est ancien dans le Mouvement. Depuis maintenant plus de 25 ans nous nous efforçons de recueillir les témoignages sur la vie des pauvres et surtout les témoignages que les pauvres eux-mêmes nous donnent sur leur vie d'une manière ou d'une autre. Cet effort doit permettre de conscientiser les sous-prolétaires de façon à ce que, munis d'une identité, ils puissent s'affirmer comme agents actifs au sein de nos sociétés modernes et détruire la misère. Savoir d'où l'on vient est une manière de retrouver son identité et de l'affirmer aux yeux des autres, dit Madame Perrot. Savoir d'où l'on vient, s'introduire dans un lignage, s'assurer des sécurités intérieures et personnelles c'est donner une force aux groupes dans lesquels on vit, c'est se permettre de s'exprimer à l'intérieur et surtout de s'affirmer à l'extérieur de ces groupes. Notre tentative consiste à redonner l'histoire aux pauvres mais aussi l'histoire des plus pauvres à la société, afin que la société en tienne compte pour les années et même les siècles à venir, afin qu'elle ne recommence pas les erreurs qu'elle a commises. Ce que nous avons vu ces dernières années des mesures prises à propos de ce que l'on appelle indûment « les nouveaux pauvres » montre l'échec extrêmement grave d'une société qui ne sait pas traiter avec dignité et grandeur ses travailleurs les plus pauvres. Mais cette société a été mal servie par les sociologues, les humanistes, le lun., 16 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/4428 A cause de l’homme https://www.revue-quartmonde.org:443/5632 Dans un hangar désaffecté, aux abords de Conflans, une mère de famille nous regarde. Ses enfants se couchent, le soir, sur un amas de matelas et de chiffons ramassés de-ci de-là, déposés à même le sol en ciment. Ce regard issu d’une condition de misère rejoint ceux des hommes et des familles sans ressources, sans pouvoir ni considération et qui, de ce fait, perçoivent et mesurent, plus que tous autres, les exigences de liberté, de vérité et de confiance qui sont inséparables de l’affirmation de toute dignité. Toute souffrance mérite compassion, et toute difficulté, passagère ou résultant d’injustices, doit être combattue. Mais toute souffrance ou toute injustice n’attaque pas l’homme dans ses forces vives comme le fait la misère. Voilà pourquoi les familles de la grande pauvreté doivent justement défendre le dernier carré de ces forces vives. Leur exclusion nous fait toucher du doigt les insuffisantes radicales de nos sociétés, de nos relations humaines. Voilà aussi pourquoi face à la misère, il faut penser d’emblée aux familles et miser sur elles. Il faut leur permettre de transmettre à leurs enfants la fierté et non la misère. Car dès avant sa naissance, l’enfant d’une famille misérable est un enfant de la misère si on n’attend de lui que misère et menaces, s’il est déjà condamné à la survie. Les familles qui n’hésitent pas à fuir sur les routes pour éviter une expulsion ou le placement des enfants, qui se mettent en ménage et veulent des enfants pour continuer à vivre, qui lun., 16 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/5632 Biutiful de Alejandro Gonzalvez Inarritu https://www.revue-quartmonde.org:443/7377 Voilà un film1 qui interpelle. Un film sur la violence de la vie dans les lieux de misère avec un personnage central d’une grande puissance et d’une profonde humanité. Javier Bardem a obtenu le prix du meilleur acteur au festival de Cannes 2010 pour ce rôle, créé pour lui par le réalisateur. Uxbal vient d’apprendre qu’il lui reste trois mois à vivre pour cause de cancer de la prostate non soigné. Il nous entraîne dans sa vie quotidienne auprès de ses deux enfants, auprès de l’extravagante mère de ses enfants Marambra, très border line (l’actrice argentine Maricel Alvarez), auprès de ces immigrés chinois ou sénégalais qu’il aide comme il peut, mais aussi dans la recherche d’une compréhension de sa relation avec un père exilé au Mexique sous le franquisme et mort en exil. L’action se situe dans une espèce de cour des miracles, un véritable quartier de Barcelone, ancien ghetto des rebelles catalans, où grouille une population d’immigrés de tous les continents. On découvre petit à petit que Uxbal est tout en ambivalence : il est un peu médium, il profite sans aucun doute de la misère des autres - il est un rouage du travail clandestin des chinois - mais il est aussi leur seul recours. Pauvre lui-même, doué de capacités d’organisation, il a des contacts avec une police qui parfois ferme les yeux moyennant finances. Il est à la fois attentif aux autres, prêt à aider plus pauvre que lui, capable de favoriser la corruption et victime comme les autres de ce système parallèle et perver lun., 16 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/7377 Poetry. Un film de Lee Changdong https://www.revue-quartmonde.org:443/7375 Le film1 est du genre méditatif bien qu’il montre la dualité du monde, sa noirceur et sa beauté. Il commence avec les bouillonnements de l’eau d’un fleuve, des enfants qui jouent au bord de l’eau et la découverte d’un cadavre qui flotte. Mija est une coréenne de soixante-six ans qui aime être bien habillée. Elle vit seule avec son petit-fils dont elle a la charge complète. On voit d’abord Mija consulter un médecin pour des pertes de mémoire puis chercher à s’inscrire à un cours de poésie. Mija est fascinée par la beauté de la nature et par les fleurs. Le film, malgré une lenteur à laquelle nous ne sommes plus habitués, fait entrer dans la vie de Mija, voit le monde à travers ses yeux, entre dans son âme en nous laissant la liberté d’imaginer beaucoup de choses. Le beau et le laid se mélangent dans cette vie de façon inextricable. Le professeur de poésie a une théorie qui sert de base à la formation qu’il dispense et qui peut se résumer à ceci : «  Il faut d’abord apprendre à décrire une pomme ». Voir, Mija sait déjà, mais il faut pouvoir mettre en mots ce qu’on voit. Or Mija commence à être atteinte de la maladie d’Alzheimer. Pour arriver à écrire son premier poème elle prend des notes au sujet de ce qu’elle regarde. Le club de lecture de poèmes, avec les blagues salaces d’un policier, ne comblent pas son attente. Et que dire de son petit-fils, branché sur son ordinateur et sa chaîne hi-fi, qui la considère comme une moins que rien ! Elle n’a comme relation que le vieux monsi dim., 08 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/7375 Angèle et Tony. Un film d’Alix Delaporte. https://www.revue-quartmonde.org:443/7378 Sur l’amour mais aussi sur la reconstruction d’une femme après la prison. On ne saura presque rien du drame qui l’a conduite là. Ce qu’on sait vite, c’est qu’Angèle est abîmée par la vie. On comprend dès le départ - à la facilité qu’elle a à vendre son corps aux hommes - que rien n’a d’importance pour elle. Cynique et belle, elle pratique les petites annonces mais ne s’investit pas. Elle reçoit un jouet au coin d’une rue après une passe. C’est surprenant et choquant. Plus tard elle se rend devant une école, épie son fils, renonce à se montrer et repart avec le jouet. La réalisatrice ne s’attarde pas sur ces épisodes. Ils sont là simplement pour servir de cadre, pour camper les contours de la déchéance. Tout ensuite se passe dans le milieu des marins-pêcheurs, dans un port de pêche en Normandie où Angèle se retrouve grâce à ses petites annonces, et au gars Tony qui a répondu sans doute à cause de trop de solitude. Ce qui devait arriver ne se passe pas comme prévu. Angèle est trop offerte, trop attirante, trop sexy. Tony ne veut pas se laisser aller dans ce piège. Malgré son air lourdaud il se met à refuser les relations physiques et à protéger Angèle dont il sent qu’elle vaut mieux que ce qu’elle veut faire croire. Il arrive à convaincre sa propre mère de lui donner du travail à la poissonnerie. Tout le film est dans les paysages, le travail des marins, le poisson, la mer, la retenue de Tony, l’observation qu’il fait d’Angèle, l’incompréhension de cette dernière, le conflit so dim., 08 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/7378 La bella gente. Un film d’Ivano De Mattéo https://www.revue-quartmonde.org:443/7379 Un couple « bien » rejoint sa maison de vacances à la campagne en voiture. À la ville, à Rome, Madame, Susanna, est psychologue et s’occupe de femmes battues ; Monsieur Alfredo est architecte. À la campagne, leurs voisins et amis sont des « bobos » sans consistance, caricaturaux, peu en harmonie avec eux. Les voisins aiment le « tape à l’œil », l’argent facile ; ils ont des propos un brin racistes et des préjugés bien établis. Le couple de Susanne et Alfredo est beaucoup plus sympathique, plus ouvert. Pendant tout le film on se demande pourquoi ces deux couples se fréquentent. On ne voit certainement pas en quoi consiste leur amitié… Obligation de voisinage ? Tolérance accrue du fait de l’isolement ? Simples relations mondaines parce qu’il faut bien ? Le premier couple, sous l’instigation insistante de Susanna se met dans l’idée de sauver une jeune prostituée qui s’offre au bord de la route nationale et dont le « mac » la frappe et la traite durement. Vu le jeune âge présumé de la demoiselle, Susanna arrive à convaincre son époux d’aller la chercher pour la ramener à la maison. C’est là que Nadja, jeune prostituée ukrainienne, entre en scène. Refusant d’abord, puis ayant été véritablement kidnappée, elle finit par accepter de se couler dans le rôle de la fille sauvée. Nous sommes dans un scénario analogue à celui du film No et moi, qui traite des bons sentiments d'une famille envers quelqu'un de paumé. Mais avec plus de finesse. Susanna est généreuse, son mari est réaliste. I dim., 08 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/7379 Wim Wenders et Juliano Ribeiro Wenders, Le sel de la Terre https://www.revue-quartmonde.org:443/7365 Où il sera question d’esthétique, de terroir, de liberté et d’humanité. Film1 documentaire de Wim Wenders et de Juliano Ribeiro Wenders avec Sébastiao Salgado et ses photos. Un film sur l’aventurier, le voyageur, l’ami : Sébastiao Salgado. Selon le critique Jean-Michel Frodon2, il y a un problème posé par les photos de Sébastiao Salgado. « Esthétisation de la misère, sentimentalisme exacerbé, clichés de la souffrance manipulés par la prise de vue et le traitement en laboratoire, utilisation d’un noir et blanc contrasté aux reflets quasi-métalliques. Avec Salgado, les malheurs des hommes mis en images comme des pubs pour Mercedes ou des défilés de mode. Un triomphe. » Il reproche également à Wim Wenders d’avoir mis de côté ses questionnements éthiques pour réaliser le film en question. Voilà une critique qui s’accorde assez bien à mon ressenti tout au long du film. J’étais aux prises avec un certain malaise face à cette accumulation d’images de malheurs vus sous l’angle esthétique, par ces situations insoutenables, notamment au Rwanda. Car ce sont toutes les images de la très longue carrière du photographe, son ami, filmées par Wim Wenders à partir d’une mise en scène recherchée. Mise en scène faisant parfois apparaître Sébastiao Salgado s’incrustant sur ses propres photos, ou son fils Juliano Ribeiro Salgado, qui l’accompagne dans ses aventures, ou sa femme Leila qui orchestre la commercialisation de son travail. Malgré le reproche de «  manipulation de la souffrance », on ne sam., 07 juil. 2018 00:00:00 +0200 https://www.revue-quartmonde.org:443/7365