Depuis plus de trois décennies, l’Est de la République démocratique du Congo est marqué par des conflits armés récurrents, des déplacements massifs de populations et des violences surprenantes qui ont profondément bouleversé la vie des communautés. Les enfants, souvent premiers témoins et victimes silencieuses, grandissent dans un environnement où, comme le dit Samuel, 12 ans, enfant Tapori de Bukavu : « Il y a des bruits qui font peur, des gens qui pleurent et des maisons cassées. » Beaucoup ont perdu des proches, certains ont été déracinés de leurs villages, d’autres ont vu leur enfance volée par la guerre.
Le camp de la Paix
Dans ce contexte de fragilité, le camp de la Paix, organisé au mois d’août de chaque année par ATD Quart Monde RDC à travers sa branche enfance Tapori, apparaît comme une lueur d’espoir. Plus qu’un simple camp, il est devenu un moyen d’expression pour les enfants, un espace où ils retrouvent leur voix, où leurs rêves reprennent forme, et où ils peuvent apprendre à construire un futur différent.
Chaque année, le camp de la Paix se déroule autour d’un thème central. Les éditions 2024 et 2025 ont porté sur le thème : « Construire la paix à partir de l’amitié et des initiatives des enfants. »
À travers des ateliers artistiques, des jeux, des débats et des créations collectives, le camp s’inscrit dans une ambition claire : former une nouvelle génération d’enfants épris de paix, de justice et de solidarité. Dans un monde où tout semble les pousser à la division, ces enfants découvrent, dès le plus jeune âge, que la paix se cultive, s’apprend et se construit ensemble.
Redonner la voix à l’enfance blessée
Dans des villes comme Bukavu, Goma et Uvira, où la violence a laissé des cicatrices profondes, le camp de la Paix se transforme en espace de guérison. Les enfants y trouvent un lieu pour parler, créer, rêver et comprendre qu’ils ne sont pas seuls. C’est un lieu où des enfants peuvent enfin exprimer leur désir le plus profond : « Moi, je n’aime pas la guerre. Je veux vivre tranquille, courir, jouer, rire et aller à l’école sans danger. »
Lors de l’édition 2024, un atelier de peinture avait pour thème « Dessiner la paix ». Les enfants ont peint un tableau représentant la terre, au centre de laquelle une colombe blanche symbolisait leur espérance d’un monde en paix. Un enfant expliquait : « On met la colombe au milieu parce qu’elle unit tout le monde. Même ceux qui se font la guerre. » (Emmanuela F., 10 ans, enfant du groupe Tapori Kadutu/Lumière).
Camp pour la Paix RDC
Cette image simple, mais puissante, traduit l’immense besoin des enfants de visualiser un avenir où la peur laisse place à l’amitié.
Les ateliers : créer pour guérir et grandir
Fidèle à son thème : « Construire la paix à partir de l’amitié et des initiatives des enfants », le camp propose des ateliers où la créativité devient un chemin vers la paix.
Le camp de la Paix ne se limite pas à des jeux : il devient un laboratoire d’initiatives où les enfants inventent ensemble des symboles d’espoir.
Peinture et fresques collectives : sur les tableaux, les papiers, les enfants ont peint des fresques représentant l’entraide, la fraternité et la réconciliation.
Plantation des « arbres de paix » : en août 2025 lors du camp de la Paix, les enfants Tapori du foyer Ekabana ont montré combien protéger l’environnement est important pour construire la paix. Ils ont appris que prendre soin de la nature, c’est aussi prendre soin de l’avenir de tous. Pour marquer cet engagement, trois arbres ont été plantés par les enfants, chacun portant un nom : Espoir, Amitié et Réconciliation.
Écriture et poésie : dans des ateliers d’écriture, les enfants ont rédigé des poèmes et des lettres adressées à des enfants d’autres pays, partageant leurs rêves d’un monde sans guerre.
Apprentissage pratique : le camp de la Paix est également un moment d’apprentissage. Les enfants comprennent, expérimentent et réalisent des objets, ils apprennent de petites installations électriques, de la pâtisserie, coupe et couture, vannerie, etc.
Chaque activité, au-delà du jeu, devient une thérapie : elle soigne les blessures invisibles laissées par les conflits et révèle aux enfants leurs talents et leur pouvoir d’agir.
Une résistance active par l’amitié et la dignité
Le camp de la Paix Tapori est bien plus qu’une activité de vacances ; c’est un acte de résistance contre la misère et la violence. Comme le rappelle le père Joseph Wresinski : « On ne peut pas bâtir la paix sur la misère. » Ici, lorsque qu’un enfant affirme : « J’ai des amis », « Je rêve », « Je veux la paix », cela constitue une victoire concrète contre la faim, l’ignorance et la peur. C’est la matérialisation de la conviction profonde d’ATD Quart Monde : la paix et la justice sont indissociables, et elles commencent par donner la parole et une place aux plus vulnérables.
L’engagement d’ATD Quart Monde en RDC
À travers le camp de la Paix, ATD Quart Monde en RDC porte une conviction profonde : la paix s’apprend dès l’enfance.
Les animateurs ne se contentent pas d’encadrer ; ils écoutent, valorisent les paroles, encouragent les initiatives. Chaque activité devient une leçon de solidarité. En les écoutant, en valorisant leurs paroles et en renforçant leurs initiatives, ATD Quart Monde RDC contribue à former des artisans de paix capables de relever les défis de demain.
Ces enfants d’aujourd’hui deviendront demain des leaders, enseignants, médecins, urbanistes, architectes, artistes… Mais avant tout, ils seront des bâtisseurs d’un monde plus juste.
Un héritage vivant pour les générations futures
Le camp de la Paix laisse derrière lui des traces visibles et invisibles : les arbres de paix grandissent et rappellent aux enfants leur engagement, les poèmes et les lettres circulent, semant l’espoir dans la communauté, des connaissances pratiques sont acquises, etc.
Dans une région où la guerre a trop longtemps façonné le quotidien, le camp montre que la paix n’est pas un rêve inaccessible. Elle commence ici, dans le rire des enfants, dans leurs dessins colorés, dans chaque geste de solidarité. Et surtout, les familles et les quartiers eux-mêmes ressentent ce souffle nouveau : les parents voient leurs enfants revenir avec des mots de paix, et parfois ce sont eux, les adultes, qui réapprennent à croire en un avenir meilleur.
Les éditions 2024 et 2025 du camp de la Paix Tapori ont montré qu’au cœur même des contextes les plus difficiles, les enfants ont la capacité de rêver, d’agir et de transformer leur monde. La voix des enfants Tapori porte le cri et le rêve de milliers d’autres à travers le monde qui sont victimes des guerres. Elle nous rappelle que la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais aussi le droit de vivre, d’apprendre, de jouer et de grandir dans la dignité.
Ces graines, semées aujourd’hui, annoncent une génération qui n’acceptera pas seulement de subir l’histoire, mais qui l’écrira autrement : celle d’une RDC réconciliée, d’une communauté solidaire et d’un monde où la paix se vit dès l’enfance. Un monde où le rêve de Samuel (enfant Tapori du groupe Muhungu/Emap) deviendra réalité : « Un pays sans arme où tout le monde s’aime. »

