Appel clôturés

N°247, septembre 2018, "Sortir du statut de victime".

Articles attendus pour le 1° juillet 2018


Une longue histoire de misère et d’exclusion conduit presque naturellement à se sentir coupable, qu’il s’agisse d’une histoire personnelle, familiale, ou de celle de tout un peuple. « La culpabilisation consiste à faire porter à la victime la responsabilité - ou l’irresponsabilité coupable - du tort qu’elle subit. Cette réaction violente est un soulagement et une fuite pour l’auteur ou pour la société, qui peut ainsi se débarrasser de sa propre responsabilité et maintenir sa relative bonne conscience. »1

Enchaînement pervers, dont on retrouve de multiples épisodes dans l’histoire de la colonisation, de l’apartheid, de l’esclavage, des génocides, mais aussi dans celle des victimes de la misère.

Reconnaître une dette envers les personnes ou les peuples lésés et, quand c’est possible, réparer les torts subis, inverse cette logique et ouvre la porte à un processus de réhabilitation et de libération2.

Bien que cela conduise parfois à abandonner toute responsabilité propre, la reconnaissance du statut de victime est une étape importante.

Cependant, Evelyne de Mévius3, réfléchit sur les limites du statut de victime : « Une reconnaissance juridique du statut de victime permet la réinsertion de celle-ci dans la société au titre de sujet de droit. Cette reconnaissance juridique vaut comme reconnaissance de l'innocence de la victime, ce qui est essentiel pour sortir de la culpabilité. Mais cette reconnaissance statutaire n'est pas suffisante pour permettre à la victime une compréhension d’elle-même qui s’éloigne d’une histoire ou d’une identité victimaire. La démarche du père Joseph a ceci de particulièrement stimulant qu’elle se centre précisément sur la réalisation des conditions requises pour la participation à la réciprocité sociale »

Quelles sont ces conditions requises pour, de manière individuelle ou collective, quitter l’habit de victime qui peut procurer paradoxalement certains bénéfices, se lancer dans un processus de libération, ouvrir la palette de nos multiples identités, et prendre toute sa place dans des échanges réciproques d’égal à égal ?

Notre dossier voudrait donner la parole à celles et ceux qui ont expérimenté ou réfléchi à ce mouvement de libération qui peut mobiliser les forces des personnes et peuples victimes, sur plusieurs générations.


 
 
1 Discriminations multiples et interdépendance entre les violations des droits de l'homme. Essai sur l’humiliation, Patrice Meyer-Bisch, page 334.

2 Voir le Rapport final et les conclusions de la recherche-action, et du colloque international La misère est violence – Rompre le silence – Chercher la paix, menés par ATD Quart Monde de 2009 à 2012. Voir également l’article de Nelly Schenker : « Sortir du cauchemar », dans la RQM 239, Bienveillance et résilience, septembre 2016.

3 Evelyne de Mévius est doctorante en philosophie à l'Université de Genève (Suisse) et à l'Université de Paris-Nanterre (France). Extrait de son intervention lors du Colloque "Ce que la misère donne à repenser-avec Joseph Wresinski", à Cerisy, en juin 2017.

N° 248, décembre 2018, "Vivre en grande pauvreté à l’ère du numérique : chance ou handicap ?"

Articles attendus pour le 1 octobre 2018

 

Dès les années 80, au sein du mouvement ATD Quart Monde quelques-uns s’interrogeaient: ceux qui ne maîtrisent pas l’informatique seront-ils les analphabètes de demain ? Dans la foulée, des projets pilotes ont été mis en place : ateliers informatiques dans les quartiers oubliés pendant les Festivals des Savoirs, rencontres régulières autour d’ordinateurs avec des personnes vivant à la rue,…

Aujourd’hui, nous ne sommes plus au bord du ruisseau, mais bien en plein courant, en pleine mer, en pleine ère du numérique. Un certain nombre de craintes se sont cristallisées quant à l’impact des transformations humaines, sociales et sociétales engendrées par l’omniprésence du numérique dans la vie des plus pauvres. L’observation de leur vécu quotidien révèle les dysfonctionnements du « tout numérique ».

Quelles sont les répercussions pour les personnes qui ont un accès difficile à la lecture, à la maîtrise de l’ordinateur, à un abonnement internet et téléphonique fiable ?… Pour celles qui doivent régulièrement remettre à jour leurs dossiers administratifs, chercher un emploi ?

Pour les jeunes en situation d’exclusion, internet et les réseaux sociaux ouvrent-ils une réelle et nouvelle chance d’exister de manière positive vis-à-vis d’autres, sur le web et dans la vie réelle?

Quelle réflexion a-t-on par rapport aux enfants en difficulté d’apprentissage scolaire ? Les relations école-famille sont-elles rendues plus faciles par l’usage des transmissions électroniques ?

Quelles actions sont-elles mises en œuvre, ici et ailleurs, pour rendre l’usage du web ouvert à tous ?

Internet est-il une chance pour les pays les plus pauvres et surtout pour les populations les plus démunies qui y vivent et sont parfois employées littéralement comme esclaves pour extraire les matières premières nécessaires à notre consommation numérique ?... Une chance pour les populations qui sont jetées sur les routes des migrations forcées ?

Nous proposons de réfléchir à partir de faits concrets, d’initiatives menées auprès des plus pauvres, mais aussi de la réflexion des personnes connaissant elles-mêmes la grande pauvreté.

Que nous apprennent de leur côté les travaux réflexifs de recherche tels que ceux menés sur l’invisibilité des plus pauvres dans la réalité sociale, mais aussi sur le net? Par quels canaux les plus exclus peuvent-ils aujourd’hui accéder à une ouverture au monde ?

Nous nous demanderons enfin quelles sont les recherches et expériences qui nous permettent d’agir afin de démocratiser et d’orienter le monde numérique de demain, pour une meilleure maîtrise par tous.