N° 253, Mars 2020, "Jeunes et autonomisation" (titre provisoire)

Articles attendus pour le 1er janvier 2020

References

Electronic reference

« N° 253, Mars 2020, "Jeunes et autonomisation" (titre provisoire) », Revue Quart Monde [Online], Appels en cours, Online since 22 October 2019, connection on 12 November 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8221

En observant avec quelle morgue et quelle condescendance Greta Thunberg est reçue dans les différentes instances nationales et internationales, et quelles suspicions entourent ses prises de position, une question plus large émerge, qui est celle de la manière dont la parole des jeunes, et à plus forte raison, celle des jeunes les plus discriminés, est prise en compte, ou plutôt, disqualifiée, dans nos sociétés. Pourquoi est-ce que les nouvelles générations n’auraient pas voix au chapitre en ce qui concerne ce que les anciennes leur laissent ? N’y a-t-il pas un paradoxe à vouloir former des citoyens à même de contribuer, tout en leur refusant de prendre pied dans le débat public ? Devant l’urgence écologique, les transformations du marché de l’emploi, l’extension de la précarité, l’aggravation des inégalités sociales et les transformations entrainées par les nouvelles technologies, il semble bien qu’un gouffre se creuse entre la société et ses jeunes, qui auront à affronter de plein fouet ce qui leur aura été laissé en héritage.

Si c’est bien entendu le lot de toute génération que de faire avec ce que les précédentes ont construit, il serait pourtant malvenu de prétendre qu’aucune passation n’est à faire pour outiller celles et ceux dont la vie est encore à écrire, et que pour ce faire, aucune confiance ne devrait leur être accordée, malgré la différence de perspective sur le monde. Là encore émerge le même paradoxe : nous souhaitons que les jeunes agissent, sans accepter qu’ils le fassent d’une manière qui nous bousculerait. En refusant de reconnaître que les réalités dans lesquelles ils évoluent diffèrent de celles que nous avons connues, nous nourrissons l’illusion nostalgique que le monde dont nous venons se perpétue, inchangé, et que c’est avec lui que les jeunes auront affaire. Nous refusons de leur passer le flambeau, sous prétexte qu’ils ne sauraient pas bien le tenir. Autrement dit, nous refusons jusqu’à la possibilité même de l’avenir et des défis nouveaux qu’il contient.

Or, ce sont bien les jeunes qui peuvent nous alerter sur ces défis, parce qu’ils les vivent de l’intérieur, et qu’ils doivent donc se mettre en recherche, à leur tour, d’une manière d’habiter le monde qui puisse, autant que faire se peut, répondre à ceux-ci. Là se concentre la tâche de l’autonomisation des jeunes, qu’ils ne peuvent mener qu’en s’appropriant, à leur manière, ce qui leur préexistait, que le flambeau leur soit jeté, transmis, ou qu’ils aient à l’arracher.

La question qui dirigera le thème de ce numéro sera donc la suivante : « Comment est-ce que les jeunes construisent les conditions de leur autonomisation à partir des enjeux et des exigences de leur existence concrète ? »

CC BY-NC-ND