Chômage : quelle fatigue pour faire valoir ses droits !

Marie-Ange Fournel

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Marie-Ange Fournel, « Chômage : quelle fatigue pour faire valoir ses droits ! », Revue Quart Monde [Online], 146 | 1993/1, Online since 05 August 1993, connection on 12 August 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/3257

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Chômage, Droit du travail

Je travaillais dans le nettoyage industriel, sur deux chantiers différents, avec deux patrons différents. J'ai été licenciée du chantier principal. L'autre, tout près du premier, m'apportait un complément de deux heures de travail. A cause de ces deux heures, je n'étais pas « une vraie chômeuse », et comme les frais de transport (1h30 de déplacement ) devenaient trop lourds, j'ai été amenée, à contre-coeur, à laisser tomber, ce qui équivaut à une démission.

Avant cette décision, j'avais demandé s'il n'y avait pas du travail pour moi. J'ai attendu la réponse quatre semaines, car les cadres étaient en vacances. Cet employeur avait à remplir un formulaire pour l'Assedic. Espérant accélérer les démarches, je suis allée chercher le formulaire et l'ai porté moi-même à cet employeur qui m'a répondu qu'il ne pourrait pas me le remplir avant trois semaines, pour des raisons administratives ! Combien de temps faudra t-il encore avant que mon dossier soit vu et que je touche quelque chose ? Finalement, je me suis résolue à porter un dossier incomplet à l'Assedic.

Deux employeurs, un temps partiel… à cause de la complexité de la situation, j'ai dû aller quatre fois à l'Agence pour l'emploi, deux fois au syndicat (qui m'a bien renseignée), pour arriver à me faire inscrire comme « vrai » demandeur d'emploi. Frais de trajet : 78 francs !

A l'Agence pour l'emploi, je note une petite annonce qui m'intéresse. Je vais au bureau : « les offres d'emploi, c'est le matin, revenez demain. » Encore 13 francs de trajet de bus le lendemain matin ! On me donne les coordonnées. Je téléphone. La place est prise depuis la veille, mais la petite annonce est toujours affichée ! J'aurais voulu en profiter pour aller à l'Assedic, mais ce n'est ouvert que... l’après-midi. Donc encore 13 francs de trajet en plus.

A l'Agence pour l'emploi, la photocopieuse est gratuite. C'est une bonne chose. Mais le trajet me coûte plus cher que la photocopie dans mon quartier.

Je viens de rencontrer une femme que je connais. Allocataire en fin de droits, elle va toucher encore les Assedic pendant trois mois. Elle vient d'avoir un bébé. Elle me raconte qu'elle n'a pas demandé les indemnités de maternité car, dit-elle cela arrête les Assedic : « Après, il faut tellement de temps pour que ça se remette en route... j'airais vécu avec quoi, en attendant ? » Elle élève seule ses trois enfants.

Habituellement, j'aurais répondu qu'il fallait faire valoir ses droits, etc. Là, je n'ai rien dit. Je comprenais trop bien. Mais quand même, faut-il accepter ?

Voilà un petit aperçu sur mes débuts de chômage. A cette étape, c'est plus fatigant que le travail !

P.-S. Depuis ce début de chômage, la signataire a fait un remplacement (2h30 par jour), ce qui a encore compliqué son dossier, mais il faut bien vivre ! Elle a touché ses premières allocations seulement cinq mois après son licenciement.

CC BY-NC-ND