N° 164, 1997/4   •  Le beau, chemin vers soi
Dossier

Saphan Put

Catherine Theurillat Bonamy
  • publié en novembre 1997
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1997/4
Texte intégral

Avec un petit groupe, je pouvais être disponible à chaque enfant, pour le faire progresser, évoluer en fonction de ses capacités. Même si certains tapaient dans les tôles, escaladaient la fenêtre, hurlaient, déçus de ne pas être à l'intérieur, la plupart ont vite compris que je ne prendrais pas plus de six enfants en même temps. A la porte, ils se sont mis à organiser les tours pour occuper les places qui se libéraient à l'intérieur.

L'atelier est une cabane du slum que nous avons louée puis achetée. A la différence des autres cabanes du slum, celle-ci est plus spacieuse, quatre mètres sur trois. Nous avons refait le toit et peint les tôles rouillées, bleu marine à l'extérieur avec un grand oiseau blanc, et bleu clair à l'intérieur. En passant devant, des adultes disaient : « Maintenant c'est beau comme le ciel. » Puis ils demandaient s'il me restait de la peinture pour repeindre leur cabane. Ils ne comprenaient pas ce que je faisais : « Pourquoi est-ce que tu fais si beau, c'est sûrement que tu veux y habiter ? » A l'intérieur, nous avons posé un lino bleu sur les planches disjointes et un paillasson multicolore devant la porte sur lequel un enfant est souvent venu s'endormir avant qu'il n'ose participer à l'atelier.  Nous dessinons par terre, à la mode du pays. Le seul matériel dont nous avions besoin, à part la peinture, les pinceaux et le papier, était d'une caisse en bois pour ce matériel et des planches en bois comme sous-main.

L'aménagement de l'atelier a été un moment important, cela concrétisait mon intention devant les habitants du slum. Tous les adultes qui passaient devant la cabane, s'arrêtaient un moment plus ou moins long : pour regarder seulement, parce que c'est calme, parce que c'est beau ce que font les enfants. Assis à la porte, ils observaient, montraient une reproduction que j'avais affichée au mur demandant qui avait peint cela. Certains m'apportaient des cartes postales, un vase, récupérés à la décharge, parfois des crayons, des règles, du papier : « On aurait pu les revendre, mais on l'a mis de côté pour toi et les enfants. »

Pour citer cet article Catherine Theurillat Bonamy, « Saphan Put », Année 1997, Revue Quart Monde, Le beau, chemin vers soi, Dossier, mis à jour le : 17/11/2010,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/4893.
Auteur

Catherine Theurillat Bonamy

Suisse, éducatrice. Volontaire d'ATD Quart Monde. En 1986, elle rejoint Bangkok, tisse des liens avec des familles très pauvres dans plusieurs bidonvilles, anime des bibliothèques de rue, puis crée un atelier de peinture dans le bidonville de Saphan Put, jusqu'en 1992. Depuis, d'autres ateliers sont nés de cette initiative.

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