Qui sommes nous?

L'ambition de la Revue Quart Monde

Publiée par le Mouvement International ATD Quart Monde, la revue Quart Monde a l'ambition d'établir et de nourrir un courant de pensée issu de la vie des plus pauvres. Elle rend compte d'actions et d'études qui peuvent être des chances à saisir pour le monde de demain. Elle aborde les questions de société telles que les vivent ceux que la misère fait taire, ceux qui, à leurs côtés, cherchent à comprendre et agir, ceux qui veulent porter ces questions au coeur de leur profession et de leurs recherches.

 

Elle s'efforce de mettre ainsi en oeuvre un véritable croisement des savoirs en donnant la parole, dans chaque dossier, à des personnes qui ont l'expérience de la grande pauvreté et la combattent au jour le jour, à des personnes engagées à leurs côtés, dont, en particulier les volontaires du Mouvement ATD Quart Monde, et des universitaires, des chercheurs, des penseurs, qui acceptent de confronter leurs points de vue avec ceux des plus pauvres et des personnes engagées, pour bâtir ensemble une connaissance plus authentique.

 

La Revue Quart Monde a pris le relais, en 1986, de la revue "Igloos", créée à la fin des années 50, au Camp de Noisy-le-Grand, dont 120 numéros étaient parus. 

Dans le premier numéro de Quart Monde, le père Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde  présentait en ces termes le projet de "Quart Monde", sous le titre : "Point de rencontre avec le Quart Monde".

 

"Igloos change de présentation et continue sous le nom de Quart Monde.Ce numéro est un numéro zéro, c’est-à-dire une première invitation à un rendez-vous trimestriel. Une invitation ferme dont vous améliorerez la forme et le contenu par vos contributions, vos suggestions et vos critiques. C’est une invitation ferme parce que les familles sous-prolétaires refusent leur condition et ont besoin du soutien de ceux qui les entourent. Elles refusent le chômage à vie et ont besoin des partenaires sociaux. Mais l’employeur ou le syndicaliste ne peut pas donner une chance au travailleur sous-prolétaire sans rechercher l’accord de son personnel ou de ses camarades. Elles refusent l’échec scolaire de leurs enfants et savent que leur chance, c’est l’instituteur compétent qui croira en eux. Mais l’instituteur, pour innover face à un enfant qui entre difficilement dans le rythme et la vie de la classe, doit rechercher l’accord de ses collègues et des parents d’élèves de sa classe.

 

Le refus de la misère que ne peuvent contenir les familles du Quart Monde, pour se traduire en faits, doit gagner au-delà de nous-mêmes, nos amis, nos collègues, tous nos contemporains. Refuser la misère c’est beaucoup plus que faire une soupe populaire lorsqu’il est trop tard pour l’éviter. C’est saisir aujourd’hui les chances qui permettront aux plus pauvres de vivre demain dans la dignité. Les entreprises, les universités, les administrations ont le souci de s’informer, de se concerter, de faire étudier au prix de budgets importants ce qui présente une chance de développements futurs. Lorsqu’elles perçoivent ces chances, elles y investissent leur substance et tous leurs moyens de réussite.

 

Cette revue a pour mission de devenir un point de rencontre et de réflexion sur les chances que la génération d’aujourd’hui doit saisir pour que le refus de la misère continue à prendre mieux corps dans cinq, dix, vingt ans. Elle doit donc continuer à traduire une communication profonde avec les plus pauvres. Sans cette communication nous n’aurions pas d’ancrage dans la réalité et, surtout, comme c’est trop souvent les cas dans les études sur la pauvreté, nous nous tromperions d’interlocuteurs. Il faut que la réflexion sur la pauvreté enrichisse la compréhension que les plus pauvres ont de leur situation, ainsi elle renforce ceux qui refusent le plus la misère.

 

Cette nouvelle formule d’Igloos doit encourager ceux qui ont la chance d’être formés et de pouvoir s’informer, à se mettre à l’école des plus pauvres. Avec eux nous deviendrons capables de découvrir les progrès dont nos sociétés sont capables aujourd’hui et demain. Le Mouvement ATD Quart Monde bénéficie de la confiance de dizaines de milliers de familles parce qu’il est pour elles un moyen de dignité. Il bénéficie aussi de l’amitié et du soutien, le plus souvent obscur, de personnes pour qui cette dignité est la principale mesure de nos idéaux démocratiques. La réflexion des unes et des autres doit nous rendre plus clairvoyants sur les chances à saisir, nous le devons à chacun de ceux, quels qu’ils soient, qui payent le prix d’un engagement contre la misère.

 

Père Joseph Wresinski