Dan Ferrand-Bachmann (dir.), Entraide, participation et solidarité dans l’habitat

Collection Logiques sociales, Ed. L’Harmattan, Paris, 1992, 246 pages

Catherine Magdeleine

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Dan Ferrand-Bachmann (dir.), Entraide, participation et solidarité dans l’habitat, Collection Logiques sociales, Ed. L’Harmattan, Paris, 1992, 246 pages

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Catherine Magdeleine, « Dan Ferrand-Bachmann (dir.), Entraide, participation et solidarité dans l’habitat », Revue Quart Monde [Online], 152 | 1994/4, Online since 30 May 2020, connection on 01 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9000

Partout des relations de voisinage se créent et se développent sous des formes extrêmement diverses : entraides informelles, associations de défense des locataires, coopératives de logement, collectifs de quartier, etc. Faire battre le cœur d’un quartier, c’est aussi « reconstruire des vies. »

Ce livre réunit des textes écrits par des universitaires, sociologues et architectes dans sept pays et résultants de travaux menés dans des environnements différents. L’analyse des différents types de solidarités révèle des expériences intéressantes de développement du tissu social. Elle fournit des matières à repenser le problème du logement et le développement des villes à partir des rapports sociaux de ceux qui l’habitent. Quelques points particulièrement intéressants sont retenus ici.

Le problème du logement n’est pas uniquement celui d’avoir un toit. Plusieurs études dans cet ouvrage font le constat de l’échec des politiques de logements sociaux des années passées : manque de logements pour une population défavorisée de plus en plus nombreuse, détérioration de ceux qui existent et surtout désagrégation du tissu social, formation de véritables ghettos de personnes et de familles reléguées hors du milieu du travail.

Le phénomène d’exclusion est cumulatif. Les exclus du logement sont les exclus du travail, de l’école et de la culture. Des solutions globales sont nécessaires. L’expérience des habitations coopératives au Canada est, à cet égard, intéressante. Non seulement elles permettent à des personnes ou ménages à faible revenu d’accéder à un logement abordable, elles visent tout autant à répondre aux différents problèmes sociaux. Réponse à l’exclusion car, réunissant des personnes de différents milieux, elles favorisent le contact avec des personnes en difficulté et leur insertion. Réponse au manque de reconnaissance sociale : chacun a des responsabilités devant les autres en tant que membre de la coopérative de logement. Réponse à la passivité car, à travers la participation à l’organisation et à la gestion de leur habitat, elles donnent à chacun un moyen de contrôle sur son milieu de vie.

Le quartier de la Source à Orléans est, lui aussi, significatif d’une nouvelle vision du développement urbain. Construit dans les années soixante-dix, ce quartier, regroupant à lui seul plus du tiers des logements sociaux de l’agglomération, était devenu le lieu d’une ségrégation de plus en plus crainte. Pour preuve, le taux d’échec scolaire est, dans certains secteurs, deux fois plus élevé que la moyenne départementale. Un vaste projet de rénovation et de restructuration a été lancé par la mairie, pour stopper la dégradation de ce quartier. Il comprend, notamment, son ouverture sur le reste de la ville, l’ouverture sur les industries et l’université, la création d’un véritable « cœur » du quartier par le réaménagement de certaines rues, l’aménagement de lieux socio-éducatifs.

Il ne s’agit pas seulement de donner un logement à tous mais aussi de donner la parole à ceux qui l’habitent et de promouvoir le partenariat entre tous les acteurs sociaux. Si, aux Etats-Unis, le problème du logement est dramatique par le manque énorme de logements et la constitution de véritables ghettos, force est de constater le foisonnement des initiatives pour rénover les villes et revitaliser les quartiers.

Ce mouvement de philanthropie responsable et « alternatif » est le fait d’un secteur privé non lucratif (nom générique désignant aussi bien des grandes fondations que des petites associations) qui coordonne le partenariat entre communautés de minorités ethniques ou groupements d’habitants et services publics, assureurs et organismes bancaires - analogues aux banques populaires ou coopératives en Europe. Un habitant dans le nord de Philadelphie disait : « Nous sommes fatigués qu’on nous décrive comme le modèle du ghetto et des paresseux… Nous voulons montrer aux hommes d’affaires comment on peut investir avec profit et en même temps avec un but social. » Dans l’Ohio, une association de construction sans but lucratif emploie des détenus pour faire des maisons à des prix raisonnables.

Les textes de cet ouvrage n’occultent pas la difficulté qu’ont les collectivités locales, lorsqu’elles sont à la base d’un projet de réhabilitation d’un quartier, à parvenir à une participation réelle des habitants. Comment susciter leur participation, comment entrer en contact avec eux, et par quels canaux peuvent-ils être représentés dans les instances de décision ? Cet échange peut être favorisé, notamment par des associations bénévoles et réseaux d’entraide de voisinage.

Les relations de voisinage et les solidarités informelles, de natures différentes, procèdent d’une véritable stratégie des personnes pour faire face à la vie de tous les jours. Par leur distinction entre se parler, se fréquenter et s’entraider, les habitants d’un quartier populaire ancien de Lille introduisent une différence entre une sociabilité obligée - « on ne choisit pas ses voisins, il faut faire des concessions pour rendre la vie moins pénible » - et les relations d’entraide, la solidarité. Les travaux menés dans une banlieue pavillonnaire de Grenoble montrent l’importance des échanges « affectifs » dans le système de voisinage (écoute, parole, soutien), outre l’aide mutuelle pour la garde, le transport ou les jeux des enfants.

Pour soutenir et organiser en réseaux les entraides, la ville de Munich a conçu un projet qu’on peut présenter schématiquement en quatre volets : atelier de voisinage pour la rénovation de l’habitat des personnes âgées ; écologie de voisinage pour promouvoir les économies d’énergie et le recyclage des déchets ; entraides sociales de voisinage telles que les soins aux enfants, aux malades, aux personnes âgées ; nouvelles technologies de voisinage pour partager le savoir-faire en informatique et développer le travail à temps partiel.

Les associations bénévoles courent-elles le risque d’une attitude d’assistanat, comme les met en garde une des analyses de l’ouvrage ? Si l’habitat peut être un lieu porteur d’engagements communautaires, il faut veiller à ce que cette accession à un statut de pouvoir et de responsabilité soit ouverte à tous, et que les plus démunis ne restent pas les clients assistés des autres.

Entraide, participation et solidarité dans l’habitat révèle des expériences intéressantes et propose des pistes de réflexions justes sur la relation habitat / insertion sociale. On regrettera toutefois des faiblesses dans sa forme : les comptes rendus des recherches sociologiques sont décevants, donnant au lecteur l’impression d’avoir perdu l’essentiel, cependant que la mauvaise traduction de certains textes en rend la lecture parfois peu agréable.

CC BY-NC-ND