Que savons-nous vraiment de la pauvreté ?
Nous savons qu’au total 1,2 milliard de personnes vivent dans la pauvreté, et nous savons qu’environ 719 millions de personnes subsistent avec moins de 2,5 USD par jour. Mais la pauvreté, c’est loin d’être uniquement une question de revenus.
La pauvreté, c’est devoir ravaler sa dignité au moment de recevoir les aides dont on a vraiment besoin ; c’est savoir que vos enfants ne reçoivent pas une aussi bonne éducation que les autres enfants du même âge ; c’est se priver d’un – ou plusieurs – repas pour que cela n’arrive pas à vos enfants ; c’est être pris au piège dans une communauté qui manque de ressources et ne s’investit pas ; c’est, enfin, s’entendre dire que vous devez être reconnaissant pour le peu que vous avez, et qu’on vous fasse la morale si vous ne l’êtes pas.
La recherche « traditionnelle » tient rarement compte de ces aspects essentiels de la pauvreté. Les personnes directement impactées par la pauvreté sont trop souvent considérées comme de simples sujets, bons à être analysés par des chercheurs qui sont parachutés dans les communautés, ramassent les données, et les interprètent ensuite selon leur vision de la réalité. Ou bien, pire encore, les politiques sont décidées en fonction de colonnes de chiffres, sans qu’on n’ait jamais eu un entretien sérieux avec les vrais experts – ceux qui vivent la pauvreté au quotidien.
Ceux qui vivent la pauvreté savent comment les politiques fonctionnent dans la vie réelle, à la différence de comment elles sont supposées marcher sur le papier, parce qu’ils en subissent les conséquences tous les jours. Les connaissances acquises par leur vécu représentent un atout précieux qu’on a négligé et ignoré depuis bien trop longtemps, au détriment de la recherche sur le terrain, et de l’éradication même de la pauvreté.
J’aimerais que vous vous posiez une question : prendriez-vous au sérieux les résultats de recherches sur la santé des femmes, alors qu’aucune femme n’y aurait participé ? Accorderiez-vous quelque crédit que ce soit à des données sur le changement climatique, sans qu’aucun expert scientifique n’y ait contribué ? Et maintenant, demandez-vous : comment se fait-il qu’on trouve tout à fait acceptable de ne pas inclure les personnes directement impactées par la pauvreté dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques et bonnes pratiques concernant la pauvreté ?
C’est cela qui fait de la recherche sur les Dimensions cachées de la pauvreté quelque chose d’unique. C’était un travail de consultation ouverte, faisant appel à des personnes vivant en pauvreté (les militants) en tant que co-chercheurs, au même niveau que les universitaires et les experts, pour définir les dimensions de la pauvreté. Les militants ont été impliqués du début à la fin, comme membres des six équipes nationales de recherche et comme animateurs de groupes thématiques, pour rassembler et analyser les données, et pour rédiger les rapports nationaux qui ont servi de base au rapport international. (Que vous pouvez tous lire en ligne, si vous ne le l’avez pas déjà fait)1.
Nous parlons des « Dimensions cachées de la pauvreté », mais ce nom est en fait inapproprié, parce que ces dimensions ont toujours été là. C’est seulement qu’on n’avait jamais encore consulté ni écouté les bonnes personnes.
