Impliquer les personnes concernées

Asha Athumani Mohamed

Translated by Alain Savary

p. 16-17

References

Bibliographical reference

Asha Athumani Mohamed, « Impliquer les personnes concernées », Revue Quart Monde, 275 | 2025/3, 16-17.

Electronic reference

Asha Athumani Mohamed, « Impliquer les personnes concernées », Revue Quart Monde [Online], 275 | 2025/3, Online since 01 March 2026, connection on 13 March 2026. URL : /11729

La connaissance par l’expérience de la pauvreté et de la communauté qu’a acquise l’auteure s’est révélée un atout précieux lorsqu’elle a participé en tant que co-chercheuse à l’équipe nationale tanzanienne de la recherche participative sur les Dimensions cachées de la pauvreté. Nous reproduisons son intervention lors de la conférence « Lutter contre les dimensions cachées de la pauvreté dans les savoirs et les politiques » à la Banque mondiale, qui a rassemblé à Washington le 15 février 2024, des chercheurs et chercheuses de ce projet de recherche, et des expert·e·s et professionnel·le·s des institutions qui ont organisé l’événement.

Traduit de l’anglais par Alain Savary.

Bonjour, je m’appelle Asha Athumani Mohamed. J’habite à Tandale, Dar es Salaam, en Tanzanie. Je suis mère de trois enfants et je suis aussi une militante d’ATD Quart Monde. J’ai connu ATD Quart Monde quand j’étais jeune. Je participais à la bibliothèque de rue, c’est là que j’ai appris à dessiner, lire et écrire.

J’ai également participé en tant que co-chercheuse au projet de recherche Dimensions cachées de la pauvreté1, représentant les personnes ayant directement vécu la pauvreté.

Au cours de cette recherche, nous avons visité des zones et des structures rurales, où nous avons rencontré de petits exploitants. Ils nous ont dit combien il est difficile pour eux de sortir du cycle de la pauvreté, du fait des réglementations en vigueur qui rendent difficile la vente de leurs récoltes dans les grandes villes. Parce qu’il y a des règles ou des arrêtés qui leur imposent de payer plusieurs taxes et droits quand ils transportent leurs produits vers des marchés éloignés. Le gouvernement local fait cela pour percevoir des rentrées. Et donc, les petits exploitants font appel à des intermédiaires qui se déplacent des grandes villes vers les campagnes, et qui les exploitent souvent en achetant les récoltes aux prix qu’ils ont eux-mêmes fixés.

Ces petits exploitants nous ont dit : « Nous aimerions pouvoir donner notre avis quand de telles règles sont établies, de façon à ce que le gouvernement local soit au courant des difficultés auxquelles nous devons faire face pour vendre nos récoltes dans les villes. »

S’ils étaient partie prenante dans la formulation et l’application de ces politiques et de ces lois, ils conseilleraient aux gouvernements locaux de fixer une seule et unique taxe, à régler une fois les récoltes vendues. De même que les ouvriers et les grands patrons paient leurs impôts après avoir réalisé leurs ventes, de même les petits exploitants devraient payer leurs taxes après avoir touché leur argent.

J’ai un autre exemple de ce qui se passe avec les marchands des rues, ici à Dar es Salaam. Quelquefois, la police et les gardes municipaux font des rondes en ville, pour veiller à ce que les marchands des rues ne puissent pas mener leur commerce dans ces quartiers. Si un vendeur est pris à vendre à la sauvette dans une zone interdite, il sera arrêté, gardé à vue au poste de police, et sa marchandise sera confisquée.

Ces petits vendeurs nous ont dit : « Cette situation fait que nous restons pauvres, parce qu’avec les ventes, nous pouvons nourrir nos familles et améliorer notre situation financière. Quand la police confisque nos marchandises, nous ne pouvons pas atteindre nos objectifs. Cela se passerait mieux si nous avions été impliqués dans les prises de décision, parce que nous aurions compris pourquoi il ne convient pas de vendre dans ces quartiers défendus, et, ensemble avec les autorités municipales, nous aurions cherché des moyens nous permettant d’évoluer au point de vue économique et d’assurer un revenu. »

Pour terminer, j’aimerais dire qu’à mon avis il est très important d’impliquer des personnes vivant en pauvreté dans la conception et la mise en œuvre des politiques, car elles sont les seules à savoir pourquoi elles sont pauvres, et elles savent ce qu’il faut faire pour en sortir. C’est ainsi que nous apprendrons à mieux combattre la pauvreté.

Asha Athumani Mohamed

Asha Athumani Mohamed est une militante de longue date d’ATD Quart Monde à Dar es Salaam, en Tanzanie. Enfant, elle a participé aux activités de la bibliothèque de rue dans sa communauté. À l’âge adulte, Asha est une militante respectée au sein de sa communauté, qui informe les gens de leurs droits. Elle est également mère de trois enfants.

CC BY-NC-ND