Ancien photographe, Paul Marquet2 abandonne sa confortable situation professionnelle et financière pour devenir écrivain. Pour le rester et (sur)vivre au quotidien, il déménage d’un appartement haussmannien à un studio en sous-sol, prêté. Il apprend à économiser sur tout. Il découvre le travail précaire sur une plate-forme d’emploi.
Homme à tout faire sur jobbing, il repère vite les enchères descendantes : la mission échoit à celui qui facture le moins cher. Il en vient à travailler bien en deçà du smic. Il s’agit de missions en tout genre avec le peu d’outils qu’il possède. Le voilà à tondre le gazon avec une paire de ciseaux.
Discret, calme, débrouillard, il fait de son mieux avec obstination, sans énervement. « Vous avez pas trop la tête à faire ça », observe une jeune cliente. L’application distribue des étoiles, ou pas.
À cette vie, il faut de l’endurance. D’autant que son éditrice, après un manuscrit qu’elle ne retient pas, attend maintenant de lui un grand livre.
La voix off du film révèle la détermination étonnante du protagoniste, sa volonté de ne pas céder au découragement. Car rapidement autour de lui, le cercle se rétrécit. On ne le comprend pas. On l’accuse d’être un « faux pauvre ». Ses amis incrédules s’éloignent de lui poliment, ses parents, son ancienne épouse le critiquent ouvertement, ses enfants se taisent. Paul dérange : « On aimerait me voir ranger ma vie. »
Une lassitude morale, la fatigue physique, parfois la faim, s’insinuent. Non sans questionnements. « Le fossé entre ce que je suis amené à faire pour vivre et écrire et ce à quoi on m’a préparé dans l’enfance est abyssal (…) J’ai grandi comme bien des gens dans le dogme de la réussite sociale. »
Une descente, aux yeux des autres, montrée sans misérabilisme. Elle est servie par un jeu d’acteur sobre et expressif dans ses silences.
Sur les chantiers, Paul croise des travailleurs pauvres, immigrés ; eux ne lui posent aucune question.
Au cours de ses missions défile la gent citadine, celle qui a les moyens de déléguer les tâches ingrates (nettoyage, peinture, déménagement, jardinage, plomberie, montage de meubles). Paul observe ses clients d’un jour avec curiosité. Un cortège de personnages qui pourraient bien devenir du terreau fertile pour un nouveau livre, assorti d’autodérision.
Il le savait, écrire ne donne pas de garantie de salaire. De son premier livre, il reçoit 250 euros par mois de droits d’auteur. Pouvoir écrire chaque matin a un prix.
Ce qui permet à Paul de garder la tête hors de l’eau, c’est la confiance née d’un équilibre entre culture familiale et éducation scolaire, sociale. Il possède les mots pour se parler à lui-même et les mots pour raconter avec la distance nécessaire sa singulière traversée. Ayant choisi le métier d’écrivain, il met en œuvre son énergie intellectuelle, psychologique, créatrice pour faire face à sa situation de nouveau pauvre. Il ne subit pas une précarité reçue en héritage, depuis des générations.
Contre toute attente, Paul Marquet recouvrera sa dignité auprès de ses enfants. Et trouvera le succès littéraire, qui sait ?

