Germinal Roaux. Cosmos

Film de Fiction, 2026

Bella Lehmann Berdugo

p. 40

Référence(s) :

Germinal Roaux (réal.). Cosmos, Film de fiction, noir et blanc, Suisse-Mexique-France. 2 h 27. Mai 2026. https://www.nourfilms.com/cinema-independant/cosmos/

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Bella Lehmann Berdugo, « Germinal Roaux. Cosmos  », Revue Quart Monde, 279 | 2026/3, 40.

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Bella Lehmann Berdugo, « Germinal Roaux. Cosmos  », Revue Quart Monde [En ligne], 279 | 2026/3, mis en ligne le 01 septembre 2026, consulté le 07 septembre 2026. URL : /12020

D’abord il y a Léon, paysan maya du Yucatan, solitaire dans sa modeste maison de pierre au milieu de nulle part1. Il est sur le point d’en être dépossédé : on va construire une route en travers de son bien, il n’a pas de titre de propriété, aucun recours. Il vit en harmonie avec la forêt, ses fruits, sa faune, les esprits des défunts, au cœur de la vision cosmique du peuple Maya. (L’acteur Leon Coyoc issu d’une famille maya traditionnelle joue son propre rôle).

Dès le premier plan – sans âme qui vive durant plusieurs minutes – puis dans les scènes lentes jouées par cet homme au beau visage raviné de soleil, au regard doux, posé, presque grave, puis dans la bande-son très présente (silences, rumeurs d’oiseaux, de pluie, de forêt), le spectateur est invité à ralentir, à se laisser imprégner par les sensations et par le rythme d’un temps alangui et pourtant vigilant.

Puis vient Léna : originaire de Mexico, veuve, intellectuelle autrefois éditrice, malade, inquiète, récemment retirée dans une élégante maison ancienne, entourée de livres, dans l’espoir d’y trouver la paix. Elle joue avec un rayon de lumière dans son bain. Son visage offert au spectateur parle de fatigue, d’une longue vie active aussi, tente un sourire.

Léon, illettré, en osmose avec le cycle de la vie et Léna, femme de lettres, angoissée au seuil de sa mort. Des êtres aux antipodes, ç’en est presque caricatural.

Ces deux-là se croisent fortuitement dans une pharmacie de village. Plus tard sur une route, Léon trouve Bruno, le grand chien noir de Léna, et le lui ramène (il faut attendre la fin de la première heure pour cette rencontre). Léon, désormais sans domicile, s’installe provisoirement dans la vaste demeure de Léna. En échange du gîte et du couvert, Léon se met à son service. Petit à petit, ils s’apprivoisent. La photo noir et blanc sert la simplicité des dialogues, la quasi-unité de lieu, la lenteur du récit, une épure dans ce récit intemporel.

Une amitié se tisse, progressive, délicate, à l’image des deux protagonistes. Léna initie Léon à la musique (avec ses disques vinyle), à la danse lente, à un confort moins frugal, à une forme de sécurité matérielle, raconte les souvenirs, offre à ses mains habiles des graines de Cosmos venues d’ailleurs. Léon soigne le jardin et l’âme et le corps de Léna. Il observe, écoute, reçoit, sourit, propose. Léna se laisse immerger au sens propre et au figuré.

Tête à tête magnifique au milieu des nénuphars d’une source, où l’une au bord de sa vie, lâche prise, réapprend la douceur, où l’autre offre jusqu’au bout avec simplicité l’harmonie, le détachement, la sérénité dont il est fait. « Je veux te dire merci, Léon, tu me parles avec des caresses ».

1 Film de fiction de Germinal Roaux, mai 2026. Suisse-Mexique-France. Noir et blanc. 2 h 27. VOST.

1 Film de fiction de Germinal Roaux, mai 2026. Suisse-Mexique-France. Noir et blanc. 2 h 27. VOST.

Bella Lehmann Berdugo

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