Ils nous font participer à l’éducation de Magaly

Cinthia X. and Marc X.

p. 24

References

Bibliographical reference

Cinthia X. and Marc X., « Ils nous font participer à l’éducation de Magaly », Revue Quart Monde, 178 | 2001/2, 24.

Electronic reference

Cinthia X. and Marc X., « Ils nous font participer à l’éducation de Magaly », Revue Quart Monde [Online], 178 | 2001/2, Online since 05 November 2001, connection on 09 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/1708

Cinthia et Marc sont en ménage depuis deux ans. Marc a plusieurs enfants placés en institution, dont un fils de 14 ans. Cinthia est la maman de Magaly, 3 ans, placée en famille d’accueil. Ils ont eu un fils, 13 mois, Stéphane, placé dans un home. (Traduit du néerlandais par Philippe Hendrick)

Index chronologique

2001/2

Revue Quart Monde : Comment s’est passé le placement de vos enfants ?

Cinthia : Pour Magaly, cela s’est passé petit à petit. Nous connaissions ses parents d’accueil depuis trois ans. A ce moment, il n’était pas encore question de placement. Au début, je gardais un peu mes distances. Mais au fur et à mesure, la confiance s’est installée. Ils étaient comme une famille de soutien. Quand Magaly faisait de la fièvre, je leur téléphonais pour demander quoi faire. Quand j’étais trop fatiguée, ils la gardaient.

Puis, j’ai été enceinte de mon deuxième. J’avais des problèmes de santé et un déménagement s’imposait. Cela devenait trop lourd. Henri et Danielle pouvaient garder Magaly le week-end. Un soir, nous avons parlé longuement dans le jardin. Ils m’ont expliqué ce que signifie une famille d’accueil. Je ne voulais absolument pas que Magaly soit placée dans une autre famille. Abandonner son enfant chez des inconnus et ne pas savoir si on allait s’entendre était une idée insupportable.

Marc : Avec Stéphane, tout s’est passé à notre insu et j’en suis très fâché !

Cinthia : Nous, on n’a jamais voulu le placement de Stéphane. J’étais dépressive. On ne nous a jamais rien demandé, au lieu d’en parler d’abord avec nous, comme on l’a fait pour Magaly. Quand il y a concertation, on peut poser des questions, chercher des solutions d’un commun accord, coopérer.

RQM : D’où vient cette grande confiance en Danielle et Henri ?

Cinthia : Cette confiance n’était pas très grande au départ. Elle a augmenté petit à petit. Henri dit toujours : « Quoi qu’il advienne, tu restes toujours la maman de Magaly et Stéphane. » Magaly sait qu’elle n’a qu’une seule maman, et c’est moi !

Marc : Henri nous demande à chaque fois notre avis quand il y a des décisions à prendre au sujet de Magaly.

Cinthia : Magaly va maintenant à l’école maternelle. J’y suis allée avec elle pour l’inscription. Je me sens concernée pour toutes les décisions. C’est important que rien ne se décide à mon insu, car cela anéantirait la confiance.

RQM : Comment expliquez-vous cette bonne collaboration ?

Cinthia : La stabilité et la sécurité sont importants pour Magaly. Henri et Danielle étaient là dès le début. Ils étaient déjà présents au baptême ! Nous habitions à cinq minutes de chez eux. Maintenant nous habitons un peu plus loin, mais encore dans les alentours.

Ils sont toujours disponibles : je peux toujours téléphoner si nécessaire. Ils me soutiennent moralement. Ils nous font beaucoup participer à l’éducation de Magaly. Dans un établissement, tout se passe plus à distance.

Au début, je me faisais des soucis. Magaly s’est fortement attachée à Henri et elle est bien ancrée dans son cœur. J’ai mis du temps pour accepter cela. Quand Henri venait la chercher, elle se mettait devant la fenêtre à l’attendre ! Cela me faisait beaucoup de peine et je l’ai raconté à Henri. En fin de compte, elle reste ma petite fille !

Voir grandir cette enfant, c’est tellement beau, surtout maintenant qu’elle commence à parler convenablement. Mais c’est toujours difficile quand elle est venue chez nous. Après, elle s’en va. Ses jouets restent à notre vue. La maison est vide. Il faut faire abandon de son propre enfant.

RQM : Voulez-vous ajouter quelque chose ?

Marc : Les enfants devraient pouvoir être plus de temps à la maison. Mon fils aîné venait une fois tous les quinze jours de 14 h à 18 h. Depuis peu, on le laisse venir un week-end par mois. Un enfant a sa place chez ses parents, et non chez des étrangers. L’amitié et l’amour de ses propres enfants, c’est unique. Oui, j’ai fait des erreurs. Mais quand on s’améliore, personne ne s’en aperçoit.

Cinthia : Nous sommes marqués par la société. On devient malade et dépressif, et quand ça va mieux, il nous faut la moitié d’une vie pour se débarrasser de cette étiquette. Les gens ont du mal à croire que nous pouvons changer.

RQM : A votre demande, votre fils Stéphane va être accueilli dans la même famille d’accueil que Magaly...

Cinthia : Le service des placements nous a téléphoné pour nous dire qu’après les six mois de Stéphane en institution, il allait lui chercher une famille d’accueil. J’ai eu très peur, je ne voulais pas qu’il soit dans une famille inconnue. J’ai demandé à Henri et Danielle s’ils voulaient bien le prendre, pour qu’il puisse grandir dans la même famille que sa sœur. Ils ont dit qu’ils étaient « trop vieux ». Pendant plusieurs mois, le service des placements a cherché une autre famille, mais il n’a pas trouvé. Alors il a redemandé Danielle et Henri, qui ont finalement accepté pour que Stéphane ne reste pas dans une institution. J’étais très rassurée.

RQM : Quels sont vos rêves pour l’avenir ?

Cinthia : Avoir les enfants à la maison, chez nous. Je vais continuer de travailler sur moi, et peut-être qu’après une année, je serai assez solide pour prendre Stéphane, puis plus tard Magaly, et après me marier...

Marc : Mon rêve est d’avoir Stéphane à la maison. Mon fils Michel a été placé il y a dix ans par le juge. Je n’ai rien eu à dire. Je ne veux pas que ça se reproduise. Dans les institutions pour enfants, ils sont parfois maltraités.

CC BY-NC-ND