N° 128, 1988/3   •  Sport : bien être ensemble
Dossier

Des gars en qui avoir confiance

André Divry
  • publié en août 1988
Résumé
  • Français

Sans véritables ressources, il commet un délit et il passe quatorze mois en prison. À sa sortie, il obtient un stage d’initiation à la vie professionnelle dans une grande surface. Nous sommes en 1986, six mois après, il est embauché. Une nouvelle vie commence. Pour la première fois, il connaît une sécurité de ressources et devient locataire. Il s’installe dans son logement, le décore, aménage le jardin… Il peut enfin réaliser un de ses plus vieux rêves : faire de la boxe. « J’ai toujours été attiré par ce sport » raconte t-il. « Quand j’étais au chômage, je n’avais pas d’argent. Donc pas question de faire du sport. Le sport ne nourrit pas ». Et puis, il y a toujours ce sentiment de culpabilité : « si tu veux aller t’entraîner, tu te dis : je ne devrais pas, je devrais chercher du travail ». (Propos recueillis par Françoise Guillot)

Index

Index chronologique

1988/3
Texte intégral

Tout a changé le jour où un employé de la grande surface où il travaille l’a emmené au club de boxe. « C’est un copain qui m’a entraîné : « Tu veux taper, tu vas taper mais réglo ». J’y suis allé plusieurs fois. J’ai regardé sans avoir à payer. Ca m’a plus, je me suis inscrit ». André le constate aujourd’hui : grâce à la boxe, il se sent mieux, moins agressif : « avant je partais pour un rien. Je n’avais pas de travail, j’étais jaloux, énervé… J’étais sur les nerfs. Si quelqu’un me klaxonnait, par exemple, je serrais le frein à main et j’étais prêt à descendre pour taper si on me cherchait. Maintenant avant de taper je parle. Au boulot, dernièrement, je conduisais mon clarck, un gars me menace en me disant qu’il va me foutre son poing sur la gueule. Je n’ai pas réagi. J’ai continué à conduire le clarck, je n’ai rien répondu. Après je me suis dit : mais c’est à moi qu’il a parlé comme cela ! »

Chez lui, il aménage une chambre en ring. Son fils et ses copains de la cité s’amusent avec des gants qu’il leur a donnés. Il ne boit plus, ne fume plus. « Avant je buvais un coup, puis un autre. Je n’avais aucune raison de partir du café ». Il s’est fait des amis. Le club c’est comme une famille. Les gars s’entendent bien, ils se réunissent au restaurant ou au billard… « On travaille même pour la mairie, elle fait appel à nous pour le service d’ordre. Lors du dernier meeting d’athlétisme, c’est notre club qui devait faire le service d’ordre. On nous a donné à tous une veste et cinq cents francs. Ca y est, mon inscription pour l’année prochaine est payée ! On a des relations avec les copains qui peuvent nous faire gagner quelque chose. »

« Dans le club, tu as des gars en qui avoir confiance ». Et puis surtout : « cela fait aller plus loin dans la vie. Monter sur le ring, gagner et, pourquoi pas être champion. J’ai fait du sport parce que j’en avais marre de faire le con » ajoute t-il, « il fallait que je bouche les trous que me laissait mon temps libre. Ça risquait de tout casser, et moi, je ne voulais pas retourner en prison. Aujourd’hui j’ai tout : une famille, de l’argent, un logement, des amis, cela me suffit ! C’est à force de volonté que j’ai été embauché. Sur sept ans de fiches de paye, seulement deux sont de travail fixe, les autres sont en intérim ! Pour le sport, même chose, sans volonté on n’arrive à rien ! »

Et une passion cela se partage. Selon son épouse il n’arrête pas de parler de la boxe à tout le monde. Il invite les amis, les copains de rencontre à venir voir les entraînements. L’été dernier, il a accepté de donner des initiations deux fois par semaine pendant quatre semaines au centre aéré. « J’ai déjà fait entrer quelques gars dans le club. Je peux leur montrer ce que je fais, j’essaye de leur faire partager ma passion. »

Pour citer cet article André Divry, « Des gars en qui avoir confiance », Revue Quart Monde, Année 1988, Sport : bien être ensemble, Dossier, mis à jour le : 08/02/2010,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/3977.
Auteur

André Divry

La vie d’André Divry n’a pas toujours été drôle. Jusqu’en 1983, il habite avec sa famille dans une caravane, sur un terrain, en dehors de la ville. Il vit d’intérims et de récupération de métaux. Impossible de trouver mieux. Ses démarches pour obtenir un emploi sont vouées à l’échec quand il donne son nom et son adresse aux employeurs.