N° 133, 1989/4   •  Joseph Wresinski : témoigner de l'homme
Dossier

Un prophète

Claude Guerrier
  • publié en novembre 1989
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1989/4
Texte intégral

Pour moi, le père Joseph est essentiellement un prophète, dans le sens de celui qui parle au nom de quelqu’un qui n’a pas de voix ou de quelque chose qui nous dépasse.

Or le prophète bouscule et pour cela il doit avoir une fermeté à toute épreuve. Le père Joseph y a été formé avec rudesse. Par son enfance et sa plongée dans l’univers du camp de Noisy-le-Grand.

Le prophète n’invente pas ; il ne construit pas une idéologie, il dit ce qui doit être dit. Le père Joseph a tout simplement dit ce que les pauvres lui ont appris et qu’il pouvait pleinement comprendre puisqu’il était l’un d’eux.

Le prophète parle quand une notion essentielle pour un bon équilibre de la société a été perdue de vue par celle-ci. Le père Joseph lui a fait savoir qu’elle avait oublié une partie d’elle-même, partie réduite quasiment à un état de non existence sociale.

Le prophète n’est pas l’homme d’un clan, il prophétise pour l’édification de l’humanité entière. Le père Joseph a bien sûr aimé en priorité les pauvres qui avaient tant besoin d’être aimés, mais il aimait aussi les riches qui avaient tant besoin de savoir aimer.

Le prophète a peur de mal remplir son rôle. Le père Joseph a dit plusieurs fois son anxiété d’être infidèle quand il essayait de transmettre le message de son peuple à l’auditoire qui l’écoutait.

Le prophète ne recherche rien pour lui. Lorsque des distinctions ont été attribuées au père Joseph, il ne les a reçues que comme un hommage à son peuple de pauvres.

Le prophète répète un message simple, plus précis à mesure qu’il peut mieux être entendu. Dès le début, fort du souvenir de la dignité de sa mère, le père Joseph n’a cessé de proclamer le droit à la dignité de tous.

Si le père Joseph n’est plus physiquement avec nous, sa voix de prophète retentit toujours, matérialisée officiellement par le rapport du Conseil économique et social, matérialisée collectivement le 17 octobre 1987 par la foule au Trocadéro, matérialisée physiquement dans cette pierre du parvis, matérialisée aussi dans la durée et la fidélité par le corps volontariat et les familles militantes du Quart Monde.

Une vois prophétique doit être entendue. Le rôle des alliés du Quart Monde me semble être celui d’une caisse de résonance vivante. Il leur faut donc d’abord l’écouter et la vivre pour pouvoir la retransmettre aussi fidèlement que possible.

Pour citer cet article Claude Guerrier, « Un prophète », Revue Quart Monde, Année 1989, Joseph Wresinski : témoigner de l'homme, Dossier, mis à jour le : 12/02/2010,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/4190.