Mahamat-Saleh Haroun. Une saison en France

Film, France, 2017

Bella Lehmann-Berdugo

p. 39-40

Référence(s) :

Une saison en France, fiction de Mahamat-Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayne Lys, France, 2017, 97 mn

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Bella Lehmann-Berdugo, « Mahamat-Saleh Haroun. Une saison en France », Revue Quart Monde, 245 | 2018/1, 39-40.

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Bella Lehmann-Berdugo, « Mahamat-Saleh Haroun. Une saison en France », Revue Quart Monde [En ligne], 245 | 2018/1, mis en ligne le 01 septembre 2018, consulté le 13 décembre 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7165

Abbas vit depuis un an et demi dans la banlieue de Paris avec son fils de douze ans et sa fille de huit ans1. Avec son frère Étienne, ils ont fui la République de Centrafrique, après le début de la guerre civile, qui a coûté la vie à la femme d’Abbas. Là-bas, il était instituteur et son frère professeur de philosophie. Aujourd’hui Abbas travaille sur un marché, Étienne est agent de sécurité. Ils sont dans l’attente du statut de réfugiés. Abbas et ses enfants Yacine et Asma vivent dans une chambre louée mais doivent souvent en changer. Les enfants sont scolarisés malgré ces difficultés. Ce quotidien aléatoire est évoqué à plusieurs reprises. Étienne loge dans une cabane sur un terrain vague. Il n’a même pas osé dire où il habite à son amie Martine. Abbas lui, a rencontré Carole, française d’origine polonaise par son père ouvrier immigré. Elle recueille son courrier administratif et essaie de l’aider à surmonter ses traumatismes par sa tendresse et son énergie pragmatique. Elle l’accompagne à la Cour Nationale du Droit d’Asile.

Quand la demande d’asile politique est refusée à Abbas, que la famille risque la reconduite à la frontière, Carole prend le risque de les accueillir tous les trois chez elle. L’installation des enfants et de leur père chez cette jeune femme accueillante, directe et chaleureuse est montrée avec beaucoup de justesse. L’anniversaire de Carole, simple et joyeux, figure comme une aspiration à devenir une famille « normale », à remercier pour l’hospitalité aussi, avec ses propres moyens et surtout avec le cœur.

Or la cabane d’Étienne est détruite anonymement. Le découragement s’empare des deux frères. Nous ne nous attendons pas à l’acte radical d’Étienne qui semblait « philosophe ». Nous voyons Abbas progressivement submergé par des forces plus insidieuses qu’une guerre déclarée. Les cauchemars (ceci dès le début du film), la peur de ne pouvoir élever dignement ses enfants, de mettre en danger sa compagne, tout cela le mine.

Un bémol concernant le jeu un peu laborieux des enfants et le côté légèrement démonstratif de l’histoire. Pour autant, le film vaut pour son réalisme : le quotidien très concret d’une famille en attente de papiers, le déroulé des démarches administratives, la demande à l’OFPRA2, puis le recours à la CNDA3, la nécessité de porter son bagage avec soi pour rester mobile, la pénurie alimentaire parfois, les cauchemars nocturnes, l’absence d’une mère qui chantait une berceuse en langue sango, que le père reprend de son mieux. À ce chant répondra plus tard une comptine française de Carole (très jolis moments). Le récit nous fait sentir de manière plus intime que d’habitude les difficultés liées à la situation. La caméra scrute les visages et les « petites » choses sensibles de la vie. Abbas père attentif au bien-être, à la propreté, à l’éducation de ses enfants. Ou bien le cadeau d’un dessin ou celui d’une papaye pour dire merci à l’accueil inconditionnel. C’est dans des scènes intimes comme celles-ci où l’émotion affleure enfin, que nous nous sentons proches. Également dans des scènes plus symboliques : la cérémonie laïque dans le Jardin de la fraternité – autrefois Carré des indigents – la terre de France accueille avec libéralité ses morts, moins bien les vivants. Emblématique aussi, la lettre d’adieu d’Abbas à Carole, avec des mots justes, sincères sans emphase, un beau moment d’émotion.

Dans les dunes d’une jungle de Calais totalement vidée, Carole répond à un responsable d’association : « Je cherche l’homme que j’aime ». L’épilogue rend hommage à toutes ces vies en transit.

1 Une saison en France, fiction de Mahamat-Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayne Lys,France, 2017, 97 mn.

2 Office Français de protection des réfugiés et apatrides.

3 Cour nationale du droit d’asile.

1 Une saison en France, fiction de Mahamat-Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayne Lys,France, 2017, 97 mn.

2 Office Français de protection des réfugiés et apatrides.

3 Cour nationale du droit d’asile.

Bella Lehmann-Berdugo

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