Madhau Kondvilker, Inde, le journal d’un intouchable

Ed. L’Harmattan, Paris, 1985, 249 pages

Anne-Marie Rabier

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Madhau Kondvilker, Inde, le journal d’un intouchable

Ed. L’Harmattan, Paris 1985, 249 pages

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Anne-Marie Rabier, « Madhau Kondvilker, Inde, le journal d’un intouchable », Revue Quart Monde [En ligne], 122 | 1987/1, mis en ligne le 01 novembre 2006, consulté le 08 avril 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7731

Rares sont, comme l’on sait, les témoignages personnels transmis par les individus et les groupes situés aux plus bas niveaux de l’échelle sociale. C’est vrai dans nos pays industrialisés, et peut-être plus encore dans les pays dits du Tiers Monde. Aussi faut-il souligner l’exceptionnel intérêt du « Journal d’un intouchable », publié par un Indien d’une caste inférieure, devenu instituteur dans son pays.

L’auteur est né dans la caste des « Chambhars », c’est-à-dire des « chausseurs de village. » De ce fait, il ne peut plus cesser d’appartenir à cette caste qui le fait « intouchable » et cordonnier par destin. Même devenu instituteur, il restera marqué par son origine, que ses collègues, ses élèves et même ses frères de caste ne cesseront de lui rappeler. Encore faut-il préciser que cette caste n’est pas la plus « basse » dans le pays Konkan.

Au-dessous des « Chambhars », qui travaillent le cuir pour fabriquer ou réparer des sandales, on trouve les « Mahars », c’est-à-dire les équarisseurs de bovins.

Pauvreté, analphabétisme, ségrégation socio-professionnelle et socio-religieuse, humiliation, alcoolisme et violence caractérisent la vie quotidienne de ces « intouchables. » Même si des législations d’affranchissement ont été mises en place et des efforts entrepris, comme ceux de Gandhi, qui proposa l’appellation de « Harijan - fils de Dieu » - pour désigner les membres des castes intouchables, leur condition demeure inchangée.

Ce livre est un journal, relatant les expériences et réflexions de l’auteur. Sa volonté d’apprendre et de s’exprimer sont notées au jour le jour, de 1969 à 1977.

Le désespoir sous-tend une large partie de ses réflexions :

« Le sari de maman est râpé. Papa n’a plus la force de travailler comme avant. Il leur faut maintenant un peu de vrai repos... Mais je n’arrive pas à le leur procurer. Je n’arrive pas non plus à aider mon frère. »

Comment ne pas être touché par sa détresse quand il nous dit :

« C’est ainsi que je grandissais sur les ordures publiques comme les porcs. Dans l’épouvante des ténèbres contre les flancs de ma mère blotti, je m’abritais à couvert. Et quand une fois, par mégarde j’allai m’inscrire à l’école, ce ne fut tout d’un coup qu’un seul hurlement ; toutes les langues déchaînées huaient : « Notre école est polluée ! »

"Si tu nous souilles, on te casse la gueule ! Tel était mon sort... C’est ainsi qu’une épine s’enfonçait en moi profondément quelque part.

Ni livres, ni cahiers ; en mains une ardoise cassée, un bout de crayon de pierre.

Rien qu’une chemise trouée, le temps de l’école, cadeau de quelqu’un ; autrement la peau nue, journée entière. D’amis, aucun, tous marchaient à distance."

Madhau, devenu étranger dans son propre milieu, n’a qu’une idée : le fuir. Il exprime pourtant un regret : « Pourquoi a-t-il fallu qu’ici je ne trouve jamais de compagnon de route ? »

Ayant reçu une nouvelle affectation comme instituteur, il prend plaisir, selon ses propres mots, à se bercer de nouveaux rêves.

Anne-Marie Rabier

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