Le Quart Monde: partenaire de l'Histoire

Dossiers et documents de la Revue Quart Monde n°1

Recueillir les témoignages sur la vie des pauvres et surtout les témoignages que les pauvres eux-mêmes nous donnent sur leur vie, doit leur permettre de s’affirmer comme agents actifs au sein de nos sociétés modernes et détruire la misère.

La mémoire de nos sociétés s’est bâtie sans les plus pauvres. Ses tris se sont souvent opérés contre eux, en retenant les traits et les actes qui font peur et en oubliant que leurs intégrités physique, mentale, familiale étaient sous la menace de la misère et du mépris qui la permet.

Cette mémoire lacunaire fait obstacle à la compréhension de ce que vivent et disent aujourd’hui nos contemporains les plus pauvres.

Pourtant cette mémoire n’est pas bâtie une fois pour toutes. Elle ne cesse pas de se bâtir, non seulement en ajoutant du présent au passé mais aussi en ré-appréciant le passé. Les historiens lui donnent une seconde chance dans la mesure où ils ont la compétence et l’autorité intellectuelle nécessaires pour en rouvrir le chantier.

Certains des textes réunis ici émanent justement d’historiens qui ont consacré de longues années à s’approcher des faits du passé concernant des populations très défavorisées. […]

Au total, entre la recherche historique et l’action avec les plus pauvres d’aujourd’hui, ces textes font apparaître des liens qui ne sont pas à sens unique. L’une et l’autre gagnent à considérer que les dépossédés d’histoire sont des partenaires précieux pour que la science historique contribue à une autre histoire des hommes.

(Extraits de l’introduction)