Lucien Febvre et François Crouzet, Nous sommes des sang-mêlés. Manuel d’histoire de la civilisation française. Présentation de Denis et Élisabeth Crouzet

Éd. Albin Michel, 2012, 398 p.

Daniel Fayard

p. 62

Bibliographical reference

Lucien Febvre et François Crouzet, Nous sommes des sang-mêlés. Manuel d’histoire de la civilisation française, Éd. Albin Michel, 2012, 398 p.

References

Bibliographical reference

Daniel Fayard, « Lucien Febvre et François Crouzet, Nous sommes des sang-mêlés. Manuel d’histoire de la civilisation française. Présentation de Denis et Élisabeth Crouzet », Revue Quart Monde, 223 | 2012/3, 62.

Electronic reference

Daniel Fayard, « Lucien Febvre et François Crouzet, Nous sommes des sang-mêlés. Manuel d’histoire de la civilisation française. Présentation de Denis et Élisabeth Crouzet », Revue Quart Monde [Online], 223 | 2012/3, Online since 01 February 2013, connection on 26 September 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7894

Un livre-événement en quelque sorte puisqu’il s’agit d’un manuscrit datant de 1950 retrouvé par Denis et Élisabeth Crouzet. Tous deux professeurs d’histoire, ont décidé de le publier intégralement, en prenant soin d’en éclairer la compréhension, tant son contexte et sa genèse que sa problématique, en rédigeant un avant-propos (10 pages) et une longue postface (97 pages). Ce « manuel », écrit en réponse à une sollicitation de l’Unesco, se voulait une œuvre pédagogique assez novatrice pour l’époque. Il s’agissait d’inviter un jeune lecteur, tutoyé pour la circonstance, à relire toutes les périodes de l’histoire de France pour lui montrer à quel point celle-ci était le fruit d’un constant métissage ethnique et culturel. Si l’on devait parler de spécificité française, d’identité propre, de civilisation caractéristique, il faudrait convenir qu’elles ont été pour une large part façonnées par de multiples emprunts au cours des siècles et dans tous les domaines, ceux de la nature et de la vie quotidienne, ceux de la race et du sang, ceux de l’esprit. « Être français, c’est se sentir à la fois un bénéficiaire, un héritier et un créateur ». Cette histoire revisitée obéit à un parti pris « antifrancocentrique ». Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Unesco entendait travailler à élaborer des conditions nouvelles de compréhension internationale en favorisant dans chaque pays une réécriture des manuels scolaires, en particulier ceux d’histoire. Car lui apparaissait alors comme une évidence que la dynamique des haines et des guerres dérivait surtout de l’idéologie nationaliste et raciste, entretenue par une méconnaissance de l’histoire, propagée par certains médias et responsables politiques, transmise en outre de génération en génération à travers les programmes scolaires, particulièrement en Europe. Il fallait mettre un terme à l’exaltation des sentiments nationaux de supériorité et jeter les bases d’une formation à la paix et à une « fraternité » universelle, terme conclusif du manuscrit. Et pourtant, pour des raisons mal élucidées, ce manuscrit n’a pas été édité par l’Unesco. La relecture opérée par Lucien Febvre (grand historien, membre de l’Institut, professeur honoraire au Collège de France) et François Crouzet (agrégé de l’université, assistant à la Sorbonne) offre beaucoup de plaisir au lecteur en lui faisant aisément comprendre, à frais nouveau et sous un angle décalé, ce qui pouvait peut-être déjà meubler la mémoire de son histoire nationale. Au total, l’ouvrage d’un auteur relativement facile à lire, assez bien documenté, menant de front ses investigations principalement en France, en Angleterre et aux USA. La postface, de facture très différente, apporte un complément d’informations très utiles sur la situation conjoncturelle des années 1950 et des éléments d’analyse sur les relations des auteurs avec leurs pairs.

Daniel Fayard

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