Sapphire, Push

Editions de l’Olivier, 1997, 208 pages, traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso

Karine Galicher

Bibliographical reference

Sapphire, Push, Editions de l’Olivier, 1997, 208 pages, traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso

References

Electronic reference

Karine Galicher, « Sapphire, Push », Revue Quart Monde [Online], 163 | 1997/3, Online since 22 May 2020, connection on 01 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9134

Claireece Precious Jones est une jeune fille noire, obèse, analphabète, vivant à Harlem. Au moment où elle débute son récit, elle est enceinte pour la deuxième fois de son père et a été renvoyée de l’école. Malgré une situation désastreuse, qu’elle raconte sans misérabilisme mais avec une rage qui reflète le profond sentiment d’injustice qu’elle ressent, elle va se battre pour son éducation. Grâce à une école parallèle et à un professeur passionné et acharné, Precious va lentement trouver les moyens de se connaître, de s’aimer et de s’exprimer malgré les difficultés qu’elle ne cesse de rencontrer et malgré ce qu’elle appelle le dernier cadeau de son père : le virus du SIDA.

Precious raconte sa vie, ses pensées, son processus d’apprentissage avec un réalisme, une naïveté, un courage, une force, qui en font un personnage admirable. Un personnage qui se bat pour elle-même, pour ses enfants, pour l’avenir. Elle ne veut pas que ses enfants aient une mère ignorante et c’est cette volonté farouche de leur offrir un avenir qui la force à se battre pour être fière d’elle-même.

L’écriture du roman témoigne à la fois du processus d’apprentissage de Precious, comme de la brutalité de son quotidien. Son langage est cru, ses mots sont mal formés. Elle écrit comme elle parle, mais au fur et à mesure que son professeur les oblige à écrire, elle et ses compagnes de l’école, « Apprendre de chacun/Apprendre à chacun », le lecteur constate les progrès réalisés. Et Precious pousse de toutes ses forces (push), mettant en Parallèle l’accouchement de ses enfants, « la petite mongole » et « Abdul », et cet apprentissage où elle accouche d’elle-même.

Dans ce roman dont la force et l’écriture dérangent et séduisent, c’est la rage de vivre, d’apprendre, jamais la haine, qui domine. Precious ne déteste pas ses parents, ou seulement de temps à autre, elle leur refuse le droit de la détruire. L’inceste, crûment décrit, est révélé dans toute sa complexité. A l’opposé, l’amour pour ses enfants est sans ambiguïté, entier, vrai, et représente l’espoir dans une vie que Precious ne considère jamais comme condamnée.

L’amour de soi et des autres, le savoir, la dignité, l’amitié, voilà ce qui fait la vie de Precious. Ce livre est une force, un espoir, un hymne à la vie.

CC BY-NC-ND