Caroline Eliacheff, Vies privées. De l’enfant roi à l’enfant victime

Editions Odile Jacob, 1996, 153 pages.

Jean-Jacques Boureau

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Caroline Eliacheff, Vies privées. De l’enfant roi à l’enfant victime, Editions Odile Jacob, 1996, 153 pages.

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Jean-Jacques Boureau, « Caroline Eliacheff, Vies privées. De l’enfant roi à l’enfant victime », Revue Quart Monde [Online], 163 | 1997/3, Online since 22 May 2020, connection on 23 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9132

Les actes de violence perpétrés sur la personne des enfants suscitent tout naturellement de vives émotions parmi l’opinion publique. Ils engendrent presque toujours des sentiments violents à l’encontre des coupables.

Caroline Eliacheff, psychanalyste et pédopsychiatre, vient combattre ces sentiments ambigus en essayant de nous faire comprendre où se situent les vrais problèmes et les attitudes à prendre face à ces questions.

Pour cela, elle nous fait assister à cinq consultations d’enfants différents, qu’elle commente : une fillette de quatorze mois atteinte de nombreuses fractures suite à des coups de son père, une enfant de deux mois née « sous X », une fillette de quatre ans battue par sa mère, un enfant abandonné par sa mère suite à un viol, enfin une enfant restée seule en France suite à l’expulsion de ses parents « sans papiers » A travers ces séances, sans exposé théorique, elle nous fait ainsi sentir la complexité des situations, les imbroglios administratifs, la douleur de ces enfants, le rôle irremplaçable d’une famille quelle que soit son aptitude à élever des enfants.

Par sa démarche de psychanalyste, et forte d’une longue expérience, l’auteur nous oblige à sortir de nous-mêmes, à comprendre l’importance des liens parents-enfant pour la structuration de la personnalité et, en cas de violence, ce qui peut être fait pour protéger l’enfant physiquement sans détruire ce dont il a besoin pour se construire valablement. Elle nous montre combien la parole dite est fondamentale ; grâce à elle, un enfant martyr ne reproduira pas ce qu’il a subi. Elle n’hésite pas à affirmer que la violence est aussi du côté des institutions qui, bien souvent, « disqualifient la fonction parentale » ou « laisse les enfants dans l’attente interminable d’une décision d’adoption qui les concerne au premier chef »

On lira aussi avec intérêt l’historique concernant la place de l’enfant dans la société aux dix-neuvième et vingtième siècles. Il montre comment l’on est passé d’une « pédagogie noire » basée sur les sévices, le mensonge et dans laquelle les parents ont toujours raison, à une situation dans laquelle l’enfant doit s’épanouir sans contraintes apparentes avec des parents qui se déchargent de leurs responsabilités en les faisant endosser par l’enfant ou les institutions.

Dans sa conclusion, l’auteur nous rappelle que « l’enfant doit être laissé libre de se faire SON opinion sur ses parents, en intégrant le jugement et la sanction portés sur les actes par la justice » et que, quels que soient ces actes, il convient de toujours respecter les parents en tant qu’êtres humains pour le bien même de l’enfant.

Ce livre est facile à lire. Sans excuser quiconque, il parle des personnes avec respect, conscient des difficultés dans lesquelles bien des familles se débattent. Il peut aider chacun à se situer face à une actualité où, bien souvent, l’enfant est la victime.

Jean-Jacques Boureau

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