Que veut dire « s’unir » pour lutter ensemble ?

Daniel Genevois

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Daniel Genevois, « Que veut dire « s’unir » pour lutter ensemble ? », Revue Quart Monde [Online], 202 | 2007/2, Online since 01 December 2008, connection on 05 March 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/918

Traditionnellement attaché aux droits civils et politiques, Amnesty International s’est également engagé depuis quelques années dans la défense des droits économiques, sociaux et culturels. Ce mouvement a décidé d’entreprendre prochainement une grande campagne mondiale pour l’éradication de la pauvreté et de travailler avec ATD Quart Monde. L’auteur est intervenu au séminaire de Montréal (mai 2006) pour en développer les raisons, pour redire la nécessité de cet engagement commun. Voici des extraits de son intervention relatifs aux exigences de l’union.

S’unir, cela veut dire travailler à la réalisation d’objectifs communs autour de valeurs communes. Notre valeur commune, c’est d’abord et avant tout la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais travailler ensemble, cela exige beaucoup d’écoute et de dialogue.

Trouver un langage commun

Il faut d’abord trouver un langage commun. Ma formation de militant n’est pas la même que celle des militants d’ATD Quart Monde. Il faut donc que nous trouvions le moyen de communiquer ensemble.

Un travail en commun, cela repose aussi beaucoup sur la confiance, entre personnes et entre institutions. Cela exige aussi de trouver ensemble des méthodes de travail. En France par exemple, ATD Quart Monde et Amnesty International ne travaillent pas tout à fait de la même façon. Il faut donc trouver ce point de rencontre dans lequel nous pouvons avancer.

S’unir, cela veut dire aussi transcender l’attachement que nous avons chacun à notre mouvement pour privilégier la cause défendue. Il faut toujours privilégier l’objectif que nous voulons atteindre sur la culture du mouvement auquel nous appartenons. C’est quelque chose qui parfois n’est pas simple parce que nous sommes très attachés au mouvement auquel nous appartenons. En effet celui-ci nous a formés aux droits humains et nous a beaucoup apporté. Aussi nous lui sommes souvent très attachés. Mais vouloir travailler ensemble cela veut dire aussi sublimer cet attachement et accorder plus d’importance à ce que peut être le combat pour lequel nous sommes ensemble.

S’unir cela veut dire aussi permettre à chacun de conserver son identité et sa spécificité. Tout le monde peut avoir le droit de lutter contre la pauvreté même si nous n’appartenons pas à des mouvements qui ont côtoyé ou subi cette pauvreté.

Associer au combat politique et économie

Enfin, il s’agit de confronter nos approches au reste de la société. Car s’unir, ce n’est pas former un clan fermé. C’est aussi dégager une dynamique qui doit pouvoir irradier d’autres partenaires, et notamment des partenaires du monde politique et du monde économique. On ne pourra pas faire avancer significativement nos combats, et notamment un combat pour une autre société dans laquelle les plus exclus auront leur place, sans associer à ce combat le monde politique et le monde économique. Nous ne pourrons pas construire cette société contre eux, nous ne pourrons construire cette société qu’avec eux.

Il nous reste à trouver les formules et la voie dans lesquelles s’engager pour le faire. Cependant, nous devrons rester les garants du respect et de la participation des plus pauvres à ce travail. Nous aurons dans ce sens-là une responsabilité particulière au niveau des ONG.

Je crois que le père Joseph Wresinski a été assez visionnaire en utilisant ce terme « s’unir » dans son message gravé sur la Dalle du Trocadéro à Paris. Mais nous sommes aujourd’hui toujours à la recherche de la façon dont nous pouvons tous travailler ensemble. Nous en avons tous la volonté, c’est certain. Mais dans le quotidien, c’est quelque chose qui reste à construire. Cependant, je crois profondément que de toutes façons nous n’avons pas d’autre choix que d’unir nos forces. Si nous travaillons chacun dans notre coin, aussi valeureux serons-nous, nous n’y arriverons pas. Aucun mouvement n’a aujourd’hui la capacité de modifier, seul, la société en profondeur.

C’est pourquoi je pense que nous devons continuer à réfléchir pour apprendre à travailler ensemble, pour continuer à avancer progressivement en nous écoutant et en dialoguant.

Daniel Genevois

Daniel Genevois a été vice-président d’Amnesty International France

CC BY-NC-ND