Kerry Hudson. Basse naissance

Éd. Philippe Rey, 2020

Catherine Cugnet

p. 62-63

Référence(s) :

Kerry Hudson. Basse naissance. Éd. Philippe Rey, 2020, 287 p.

Citer cet article

Référence papier

Catherine Cugnet, « Kerry Hudson. Basse naissance », Revue Quart Monde, 255 | 2020/3, 62-63.

Référence électronique

Catherine Cugnet, « Kerry Hudson. Basse naissance », Revue Quart Monde [En ligne], 255 | 2020/3, mis en ligne le 01 septembre 2020, consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10045

Kerry Hudson est écrivaine d’origine écossaise, née dans une famille en grande difficulté.

En approchant de la quarantaine, elle entreprend l’écriture d’une autobiographie qui l’oblige à se replonger dans un passé qu’elle avait essayé d’étouffer. Elle entame ainsi une vie plus stable et sereine. Elle fait taire le fond de honte et les questions sans réponses qu’elle traînait malgré tout. Pour reconstituer les étapes d’une enfance qui lui a laissé plus de souvenirs douloureux que d’assurance et d’images chaleureuses, elle revient sur les nombreux lieux dans lesquels elle a vécu, des lieux toujours étriqués et inhospitaliers, avec une mère vulnérable et imprévisible, sans soutien de sa propre famille, ni même d’un père. Elle se revoit trente ans plus tard, dans ces quartiers du nord de l’Angleterre dont la population compte peu sauf pour les services sociaux et des marchands de sommeil. Chaque ancienne adresse fait remonter certains souvenirs qu’elle raconte avec tendresse et parfois un peu d’amusement.

Le lecteur l’accompagne d’une époque à l’autre, dans son périple qu’elle décrit au présent. Ce voyage s’effectue sur un fond sonore, avec de multiples références aux chansons en vogue au temps de sa jeunesse. Elle témoigne par là de son ancrage dans la société autant que de sa capacité d’évasion.

Mais elle revit des sensations d’incompréhension, de peur et de faim, avec les changements d’école intempestifs, les tentatives d’amitiés contrariées, et plus tard les influences néfastes dont toute jeunesse en désespérance et révolte est victime : l’alcool, la drogue, la vie « dépravée ». Bien sûr il y a eu des rencontres positives, en particulier avec quelques enseignants qui ont cru en ses capacités et lui ont permis de se dessiner un avenir. Elle les remercie tout au long du livre.

À cause des comportements de sa mère, de sa famille absente ou divisée, elle s’est construite avec un fond de mal-être qui a longtemps persisté dans ses relations sociales, un sentiment d’illégitimité qui la saisit parfois même dans sa nouvelle vie, mais aussi avec un potentiel de résilience dont elle a su faire preuve.

À la fin du livre, l’auteure analyse cette misère avec recul et maturité et comprend mieux que sa mère ne pouvait pas offrir la stabilité et la sécurité nécessaires à un enfant.

Catherine Cugnet

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