Patricia BOUHNIK. Les femmes du coin de la rue. Corps à corps avec la précarité

Éd. Syllepse, Paris, 2024

Daniel Fayard

p. 62

Bibliographical reference

Patricia BOUHNIK. Les femmes du coin de la rue. Corps à corps avec la précarité. Préface de Coline Cardi. Postface de Jean-François Laé. Éd. Syllepse, Paris, 2024, 174 p.

References

Bibliographical reference

Daniel Fayard, « Patricia BOUHNIK. Les femmes du coin de la rue. Corps à corps avec la précarité », Revue Quart Monde, 277 | 2026/1, 62.

Electronic reference

Daniel Fayard, « Patricia BOUHNIK. Les femmes du coin de la rue. Corps à corps avec la précarité », Revue Quart Monde [Online], 277 | 2026/1, Online since 01 March 2026, connection on 02 March 2026. URL : /11920

L’auteure est sociologue, maître de conférences à l’Université de Picardie Jules-Verne. Pendant des années, elle a sillonné le Nord-Est parisien : du boulevard Macdonald à la porte de la Chapelle et à celle d’Aubervilliers, ou de la place de la Bataille de Stalingrad à la porte de la Villette et jusqu’à la porte de Pantin, les Jardins d’Eole, les quartiers Barbès, Château-Rouge ou de la Goutte-d’Or, ainsi que les communes limitrophes de la Seine-Saint-Denis (Saint-Ouen, Saint-Denis, Aubervilliers). Elle est allée à la rencontre de très nombreuses femmes vivant dans la rue, pour progressivement tenter de les « comprendre », au fur et à mesure que des liens de confiance aient pu se tisser avec elles. Elle en parle en restituant pour chacune de ces femmes (d’âges et de milieux sociaux ou culturels très divers) des bribes de leur histoire, de leurs relations, de leurs déboires, de leurs stratégies de survie, de leur vie quotidienne.

Pour le lecteur, c’est la révélation de conditions de vie insupportables, vécues dans la vigilance constante pour se protéger des maltraitances institutionnelles, des stigmatisations sociales, et très souvent des dominations et exploitations masculines. Se défendre, lutter à la fois pour ne pas se laisser aller en préservant un minimum de présentabilité et pour se faire le plus discrètes possibles sur la voie publique, ce qui les rend plus ou moins invisibles. Il se dégage chez beaucoup d’entre elles un grand sentiment de solitude, ayant rompu pour la plupart avec leurs liens familiaux d’origine et ne disposant que de très peu de soutiens sur lesquels pouvoir vraiment compter.

Dans sa postface, Jean-François Laé écrit : « Quel incroyable continuum dans ce puzzle en morceaux ! Car toutes ces enquêtes s’adossent les unes aux autres et se parlent entre elles. » Au-delà de ces témoignages, l’auteure consacre un chapitre à ce qu’a été pour ces « femmes du coin de la rue » la période de confinement dû au Covid. Elle développe également analyses et réflexions sur certaines thématiques, comme le stigmate de la mauvaise mère ou les lois du marché sexuel.

Un intérêt notoire de cet ouvrage est d’avoir aussi établi une très abondante bibliographie et filmographie concernant les femmes vivant dans la rue.

CC BY-NC-ND