Il y a en France 380 000 enfants bénéficiant d’une mesure de protection de l’enfance, soit 2,6 % de la population générale au même âge, dont 212 000 (54 %) sont « placés » à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Beaucoup de ceux-ci ont été gravement négligés, maltraités, parfois violés, le plus souvent par les adultes censés les protéger. Ces vécus laissent des traces profondes, des souffrances relationnelles qui perdurent.
De fait, les anciens enfants placés représentent 25 % des personnes errantes, sans domicile fixe. Les anciens enfants protégés représentent 20 % des adultes incarcérés. Les anciens enfants confiés à l’ASE représentent jusqu’à 50 % des personnes accueillies ou internées dans les hôpitaux psychiatriques.
Le constat est énorme. La santé mentale des enfants placés est un véritable enjeu de société. Nos deux auteurs, le premier psychiatre pour enfant et adolescent, la seconde psychologue, cherchent comment mieux les connaître, mieux les comprendre, mieux les soigner.
Ce sont des professionnels qui, dans leur approche clinique, utilisent les outils d’analyse et le langage technique propres à leur corps de métier, ce qui rend parfois difficiles à saisir pour le lecteur non initié les distinctions qu’ils opèrent entre les différents types de troubles psychologiques, psychiques, mentaux, neurobiologiques, post-traumatiques, comportementaux par exemple. Ils entreprennent d’évaluer la pertinence des processus thérapeutiques, traditionnels et innovants, mis en œuvre dans les réponses éducatives et les démarches d’accompagnement.
Le rôle et la collaboration des parents d’enfants placés sont évoqués sans que leur soit vraiment donnée la parole. Des notions sont particulièrement approfondies, comme celle du passage d’un attachement insécurisé à un attachement sécurisé. Dans l’ensemble les auteurs se montrent soucieux du respect de la dignité et de la liberté des personnes, à travers l’acceptation d’une évolution lente du développement des enfants ayant connu le placement et d’un apprentissage renforcé de la coopération entre la protection de l’enfance et la pédopsychiatrie.
Évidemment le sujet ici abordé devrait s’enrichir d’une approche socio-politique, car la maltraitance institutionnelle en la matière n’est pas vraiment traitée dans cet ouvrage. Prendre soin de ceux qui en ont souffert, est nécessaire, voire impératif, mais n’en reste pas moins insuffisant.

