N° 207, 2008/3   •  Un toit, du pain, des roses !
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«Tout le monde a besoin de sortir»

Nicole Graffé
  • publié en septembre 2008
Résumé
  • Français

Les personnes qui habitent dans la misère aspirent à avoir la possibilité, comme tout un chacun, de se cultiver, de développer leurs talents, de participer à la vie culturelle et associative du pays.1

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2008/3

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Travail social
Texte intégral

J’ai connu ATD Quart Monde quand j’avais 26 ans. Avant, je pensais toujours : « Ça, tu sais pas faire ; pour ça, tu es trop bête ! » Maintenant, je le dis encore parfois. Si, avant quand j’étais jeune, quelqu’un m’avait dit : « Si, tu sais faire ça, tu vas y arriver... », j’aurais essayé plus.

Venir à la Maison culturelle Quart Monde, ça m’a donné plus de courage pour essayer plus. Là, il y a toujours quelqu’un qui donne du courage. On n’est pas tout seul, l’un montre ou aide l’autre... En participant aux activités culturelles, je rencontre de nouvelles personnes, on peut se partager son expérience, ses idées, son savoir-faire ; je me fais des nouveaux amis. C’est très important pour moi. C’est aussi des occasions de rire et de s’amuser ensemble. J’ai appris tellement de choses.

Pour essayer, il faut être encouragé

Je pense que tout le monde devrait pouvoir essayer différentes choses, car sinon, on n’a pas la chance de trouver ce qu’on aime, ce qui nous convient. Mais, pour essayer, il faut être encouragé. Par exemple, lors d’un atelier de musique, j’ai découvert que j’aimais et que j’étais douée pour la percussion avec les Congas : j’ai remarqué que je retenais bien les rythmes. Alors, j’ai cherché où je pourrais continuer : j’ai trouvé des cours de djembé.

Au début, je n’aurais jamais osé y aller toute seule. Nous y sommes allés à quatre. C’était important d’y aller à plusieurs. Après, j’ai remarqué que je savais le faire, je n’avais plus besoin d’avoir peur, j’ai pu continuer toute seule, aussi parce que ce n’était pas loin de chez moi. On m’a aussi aidé à financer le prix du cours, car autrement c’est trop cher pour moi.

Cela me fait du bien de jouer au djembé : si je suis énervée, et que je joue et donne tout mon énergie à jouer, alors après je me sens mieux, je suis plus calme. Je me rappelle aussi le jour où, dans un cours où le professeur arrivait en retard, il a dit que je pouvais, moi, commencer le cours en attendant. J’ai été très « étonnée » que le professeur m’ait choisie comme exemple pour les autres.

Cette année, le cours de djembé est trop cher et trop loin de chez moi. Comme une de mes voisines va avec son fils dans le groupe de musique des majorettes de ma ville, j’ai décidé d’y aller aussi avec mon fils (6 ans) car, à la maison, il tapait souvent partout avec des cuillères. La première fois, c’était juste pour essayer, mais on voit qu’il aime, car il est toujours content le vendredi. Pour mon fils, c’est bien.

Faire quelque chose avec ses enfants

C’est bien s’il y a un des parents qui fait quelque chose avec les enfants. Moi, je le regarde jouer. C’est important pour lui que l’un de ses parents le regarde. Je le soutiens et l’encourage s’il a des difficultés. Car si le prof demande quelque chose, tout de suite il dit : « Je ne peux pas faire ça, c’est trop difficile pour moi », et il refuse d’essayer. Avec un peu d’encouragement de ma part, alors ça marche. Maintenant, le professeur a remarqué cela aussi et s’il réussit quelque chose, alors il le félicite. Maintenant mon fils essaie de faire avec, même si cela ne marche pas toujours. Après il demande : « Alors, j’ai bien fait cela aujourd’hui ? »

Dans une famille, on doit se féliciter et s’encourager les uns les autres. Désormais, je vois aussi que dans le reste de ma vie, je serai capable de faire quelque chose toute seule. Quand je ne suis pas sûre, je me dis à moi-même : « Essaie de faire cela toute seule. Tu vas y arriver, tu es capable... » Maintenant, je sais déjà beaucoup mieux ce que je veux. Je me fais plus confiance à moi-même qu’avant.

Se retrouver en couple

Avant de venir à ATD Quart Monde, je n’allais jamais dans un musée, dans un théâtre. Maintenant, j’ai plus envie, mais ce qui me bloque, c’est le prix.

J’aime bien aller écouter une opérette ou voir une pièce de théâtre, s’il y a quelqu’un qui vient avec moi. Autrement on se sent tout seul. Je demande à mon mari, à ma cousine ou à une autre personne. Il nous est arrivé d’aller voir des pièces ensemble.

En tant que famille, c’est bien aussi de pouvoir sortir entre adultes, en couple : on se retrouve et on peut refaire le plein d’énergie. Ça permet de décompresser un peu.

Parmi les gens que je connais, il n’y en a pas beaucoup qui peuvent sortir : à cause du prix, et aussi à cause de la difficulté à faire garder les enfants. Ce serait important pour eux de sortir. Je suis sûre que tout le monde a besoin de ça. Mais il faut déjà sentir qu’on en a envie.

Notes

1 Témoignage publié dans « Info Quart Monde », Luxembourg, mai 2008

Pour citer cet article Nicole Graffé, « «Tout le monde a besoin de sortir» », Revue Quart Monde, Année 2008, Un toit, du pain, des roses !, Documents, mis à jour le : 02/09/2018,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/2370.
Auteur

Nicole Graffé

Nicole Graffé est mère de quatre enfants. Militante d’ATD Quart Monde/Luxembourg depuis plus de dix ans, elle a accepté d’apporter sa contribution au séminaire « Diversité culturelle et droit culturel » organisé à Luxembourg le 27 mai 2007 par l’Institut de formation sociale.