N° 128, 1988/3   •  Sport : bien être ensemble
Autrement Vu

Bernadette

Rémi Gonthier
  • publié en août 1988
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1988/3
Texte intégral

La veille du 14 juillet, l’association S.O.S. Enfants découvre que Bernadette, vingt ans, vit depuis sa naissance parmi des vieillards et des handicapés. Parmi ceux-ci, certains se plaignent même de manquer de soins et de subir des sévices. La presse fait écho à cet événement choc.

Qui supporterait aujourd’hui, l’image de cette enfant grandissant au milieu de grabataires. Peu importe qu’elle soit traditionnelle puisque les hospices ont longtemps servi d’orphelinats. Peu importe qu’aujourd’hui, en France, onze pour cent de la population des hospices, soit quarante quatre mille personnes, ait entre dix huit et soixante ans et que parmi elles se soient bien sûr formés quelques couples qui ont eu des enfants. Le plus souvent ces enfants ont été retirés. « Bernadette était choyée, affirme la directrice, si elle ne sortait pas c’est qu’elle était inapte à se débrouiller seule. »

Sans doute Bernadette n’a pas manqué d’affection de la part de sa mère Marie-Louise et en a-t-elle reçu aussi des autres pensionnaire, du personnel et de la Directrice. Comment s’expliquer autrement qu’à la compréhensible déception de ses libérateurs, elle n’ait pas voulu quitter l’établissement.

Il semblerait pourtant qu’aucune école n’ait accepté de la scolariser.

L’opinion est choquée à juste titre que les médecins, les infirmières, les travailleurs sociaux et enseignants concernés se soient laissés endormir et convaincre qu’il suffisait d’être gentil avec Bernadette. Nous sommes toujours choqués par ces enfermements.

Bernadette voit les choses autrement : oui elle aurait aimé aller à l’école, non, elle n’a pas peur du monde extérieur, en tout cas, sa maison est ici.

Depuis seize ans, j’agis dans les hospices. Je dois témoigner contre les a priori qui enferment plus encore que les murs. Sa maison est ici, auprès de ceux qui lui témoignent de l’affection, mais de quel droit, parce que c’est un hospice doit-elle y être enfermée ?

Je connais bien des Bernadette et des Marie-Louise qui formées, épaulées par des gens qui avaient pour elles une vraie ambition ont pu vivre dans la dignité. Certaines sont restées à l’hospice, d’autres en sont sorties mais toutes celles auxquelles je me réfère sont sorties de l’enfermement des étiquettes qu’on leur avait collées.

Quels que soient leurs murs, elles nous disent : « Ne vous laissez pas endormir, découvrez notre valeur de personne capable d’aimer, de se former, de faire des projets, d’être utile au monde ! »

Pour citer cet article Rémi Gonthier, « Bernadette », Revue Quart Monde, Année 1988, Sport : bien être ensemble, Autrement Vu, mis à jour le : 02/02/2010,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/3968.