Appel à tous

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Appel à tous », Revue Quart Monde [Online], 125 | 1987/4, Online since 05 May 1988, connection on 17 February 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4323

Extraits de « Justice au cœur ». Fresque son et lumière. Trocadéro, 17 Octobre 1987

Index chronologique

1987/4

Le peuple : Parlons avec des mots humains, des mots d’une langue inconnue, où l’homme se dit homme et non plus chômeur, raté ou clochard, une langue où le mot « exclu » ne sert plus. Regardons-nous avec des yeux à hauteur d’homme.

Narrateur : Cette nuit pour nous le centre du monde est ici. Déjà des cœurs battants fabriquent une justice. Cette nuit ils ouvrent la confiance. C’est ici que je décide de vivre.

Le peuple : Cette nuit nos cœurs ont du travail à revendre. Nos intelligences sont prêtes à inventer le bonheur, à le multiplier, à le distribuer.

Narrateur : Cette nuit nous ne changerons pas le monde mais nous transformerons les cœurs.

Le peuple  : Cette nuit nous ne changerons pas le monde mais nous transformerons les cœurs.

La cité : Cette nuit nous ne changerons pas le monde mais nous transformerons les cœurs

Narrateur : Rien n’est encore changé dehors mais le cœur bat dedans plus fort que le vent.

Cette nuit j’entends les visages espérer.

(Les jeunes apportent leur pierre, une pierre gigantesque, la première pierre d’une cité de l’avenir d’où personne ne sera exclu).

Narrateur : Cette nuit la jeunesse est à l’œuvre. Elle apporte sa pierre. Elle porte l’enfance. Elle transporte les mots qui nous brûlent le cœur. La jeunesse ne doute de rien. Elle rit des impossibles. Elle foule les vieilles habitudes, les vieilles servitudes. Elle se joue des frontières. La jeunesse porte la première pierre d’un avenir pour tous les hommes, tous les hommes. Cette nuit, c’est la jeunesse qui embauche. Elle fait de la justice le plus grand des chantiers.

Narrateur : Venez ! venez avec vos bras et vos enfants, vos idées et vos rêves. Cette nuit, ensemble, nous allons soulever l’opinion ! Nous allons tous signer un traité de Paix, en déclarant la guerre, la guerre à la misère. Cette nuit, nous gravons ce traité dans la pierre.

Mais cette pierre écrite, de quoi serait-elle le témoin si nous laissons flétrir la justice dans nos cœurs ?

La cité : Cette nuit j’entends un rire qui soulève cent mille étoiles. Cette nuit, cent mille voix de rires et de chants à la fois. Cette nuit nous sommes un océan. Nous sommes le vent

Nous sommes un autre continent. Cette nuit la cité déborde. À l’horizon du cœur chacun regarde juste, chacun trouve sa place pour inventer la fête. Cette nuit, notre travail résonne

comme un chant qui n’oublie personne. Désormais nous sommes tous les ouvriers de l’Homme.

  • Père Joseph Wresinski :

Maintenant, la nuit est finie. Nous sommes au matin. Est finie cette nuit où les enfants étaient heureux d’aller en classe. Est finie cette nuit où les pères allaient aux syndicats, où les jeunes apprenaient un métier.

Cette nuit, nous, les citoyens, les ministres, les députés, les fonctionnaires et tous les autres avions fait un pacte d’alliance avec les chômeurs, les illettrés, les indigents et les sans logis. Non pas un pacte pour une nuit, mais un pacte pour l’avenir.

Qu’allons-nous faire maintenant, nous, les citoyens ?

Qu’allons-nous faire, nous les familles du Quart Monde, pour qu’ensemble, nos cités, notre vie quotidienne soit enfin digne de l’humanité que nous avons en nous, que nous portons ?

Et vous les jeunes, qui êtes impatients de justice, qui êtes impatients de vérité, qu’allez-vous faire dans vos écoles, dans vos universités, dans vos maisons de jeunes ?

Serez-vous des initiateurs de cette route neuve où la justice l’emporte sur le profit, l’exploitation, la paix sur la guerre, où la justice et l’amour sont enfin réconciliés ?

Il faut vivre avec l’avenir. L’avenir est entre vos mains. Le monde de demain sera le vôtre.

  • Encadré

Le 17 Octobre 1987,

Des Défenseurs des Droits de l’homme et du citoyen de tous pays

se sont rassemblés sur ce parvis. Ils ont rendu hommage

aux victimes de la faim, de l’ignorance et de la violence.

Ils ont affirmé leur conviction que la misère n’est pas fatale.

Ils ont proclamé leur solidarité avec ceux qui luttent

à travers le monde pour la détruire.

« Là où des hommes sont condamnés à vivre la misère,

les droits de l’homme sont violés.

S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

(Père Joseph Wresinski)

CC BY-NC-ND