Atelier n°2 : L’accès au métier

Atelier animé par Monsieur Christian Ville, chargé de Mission à la Préfecture de Région

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Atelier n°2 : L’accès au métier », Revue Quart Monde [Online], Dossiers & Documents (1992), Online since 07 June 2022, connection on 13 August 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4533

L’accès au métier : quels itinéraires, quels dispositifs, quel accompagnement ?

La discussion est introduite par deux interventions

1.L’expérience du Mouvement

La première de Monsieur Thierry Viard, Volontaire permanent du Mouvement ATD Quart Monde, qui présente l’expérience du Mouvement sur l’accès à un métier des personnes très défavorisées.

Le problème de la grande pauvreté ne date pas de la crise de 1974. L’absence de qualification et les précarités cumulées ont de tout temps fait que les familles très défavorisées se sont trouvées en marge de notre société.

Beaucoup de politiques mises en place ne les atteignaient pas et risquent de ne pas les atteindre. Les principales causes de cet échec sont :

- une méconnaissance de cette population ;

- pas de programmation rigoureuse ni d’évaluation des mesures prises ;

- un désir de percevoir rapidement les résultats qui ne peut qu’amener un rejet des plus faibles.

Face à ce constat, ATD Quart Monde a voulu promouvoir, dès ses débuts en 1957, de nouvelles formes d’action pour l’accès au droit au métier et au travail :

- un partage de vie avec des populations parmi les plus démunies et une évaluation permanente avec elles des avancées et des obstacles dans l’accès à ces droits ;

- des expériences pilotes ;

- des propositions de mesures qui prennent en compte l’expérience des plus pauvres.

Il faut souligner que cette population a de tout temps travaillé, mais dans des emplois précaires et pénibles, non reconnus, entrecoupés de périodes de chômage plus ou moins longues selon la conjoncture économique. Les plus pauvres constituent la face cachée du marché de l’emploi.

Ils ont un sentiment d’inutilité qui les pousse à l’enfermement et ressentent durement le jugement négatif que porte sur eux la société.

Mais pour eux, le métier est leur première référence :

- ils veulent apprendre un métier pour être reconnus ;

- Ils veulent que leurs enfants aient un métier pour avoir un avenir meilleur qu’eux.

Le Mouvement ATD Quart Monde a créé trois ateliers de promotion professionnelle. Leur but a été de :

- permettre une insertion professionnelle à des personnes exclues depuis longtemps du monde du travail ;

- fournir un statut de salarié et une sécurité économique ;

- fournir une formation en alternance par un partage du savoir entre stagiaires et en partant des demandes des travailleurs.

Après évaluation, cette expérience a inspiré plusieurs mesures gouvernementales (comme les stages en alternance) et le relais a été passé à d’autres associations.

Il est important d’aller à la rencontre des jeunes et des adultes les plus enfoncés, là où ils sont, de leur permettre d’exprimer leur volonté de se former, de découvrir les technologies modernes et d’en discuter. C’est le but que se fixe la Maison des Métiers de Bordeaux, autre expérience pilote menée par ATD Quart Monde.

2. Madame Martine Katz (U.R.E.I.) présente deux parcours d’insertion.

Un parcours d’insertion à travers un Centre de Formation d’Entreprise d’Insertion.

1-Avant l’entrée en Centre de Formation, les assistantes sociales ou les services des Centres communaux d’Action Sociale établissent un référentiel des problèmes sociaux des personnes concernées. Vient ensuite une phase de règlement des problèmes sociaux révélés. Ce travail se fait en lien avec le responsable du Centre de Formation. Cette phase peut durer jusqu’à six mois.

2- Entrée en Centre de Formation.

Durée de la formation : 720 heures avec un statut de stagiaire de la formation professionnelle.

Re-mobilisation renforcée par groupes de 12 personnes. A ce premier stade, les stagiaires sont à temps partiel (20 heures, puis 28 pour arriver au plein temps à l’issue de sept semaine ou plus si nécessaire).

Socialisation et première mise en atelier (8 heures par semaine).

Découverte des métiers (possibilité de changer d’atelier) et apprentissage des gestes techniques.

Stage en entreprise pour ceux qui le peuvent.

3- La sortie se fait vers :

- un stage de préqualification dans le Centre de Formation ;

- un C. R. E ou un C.E.S. avec suivi social et professionnel par le Centre ;

- un contrat d’insertion avec suivi professionnel par le Centre.

Un parcours d’insertion sur le lieu de production :

1- Un entretien individuel permet de mieux connaître l’itinéraire de la personne (scolaire, stages, professionnel). Il permet aussi de voir les envies de la personne.

2- Une période de test permet de voir l’adaptabilité de la personne au groupe et son habilité au travail. Un entretien permet de faire le point.

3- Un contrat est signé pour une durée de 3 à 6 mois. Il permet aux formateurs de détecter les capacités de la personne, et à la personne de confirmer son envie de continuer.

4- Une période d’une durée pouvant aller jusqu’à 2 ans permet l’accès à une qualification.

En fin de contrat, on peut envisager une autre formation dans un Centre de Formation ou envisager l’entrée dans une entreprise classique.

3.Débat

Suite à ces deux interventions Monsieur Ville propose d’organiser le débat autour de trois thèmes :

1-Le statut ;

2-Les moments du parcours (formation, travail, temps de respiration) ;

3-Les différents maillons du parcours.

1-Le statut

Pour Monsieur Bruno Magnificat, responsable d’une entreprise d’insertion, il est important que les personnes dans l’entreprise aient le statut de salarié et qu’il y ait un rapport d’employé-employeur.

Monsieur Richard Atlan de l’ANPE Rhône-Alpes regrette qu’il n’y ait pas de statut lié à une formation d’insertion de longue durée. Il pense que les nouveaux crédits formation apporteront ce statut.

Une coordinatrice de crédit formation pense qu’il ne faut pas se poser trop de questions au sujet du statut. Le C. F. I propose deux types de statut : stagiaire en formation, salarié.

L’important est de savoir quel sens donne la personne au statut qu’elle peut avoir. Parfois la personne préfère être considérée comme stagiaire pour ne pas se sentir exclue de la formation.

Monsieur André Chazalette, Conseiller Municipal à Bron, observe que pour les jeunes qui entreprennent un parcours d’insertion, le statut de travailleur est très valorisant.

2- Les étapes de l'insertion

Monsieur Bruno Magnificat pense qu’il peut y avoir des préalables à l’entrée en entreprise. Il faut que la personne puisse s’adapter à l’entreprise. Celle-ci lui permettra de se réhabituer au rythme de la vie de travail. Après on pourra envisager une formation ou un emploi dans une entreprise normale.

Monsieur Claude Darreye travaille depuis 15 ans avec des jeunes très défavorisés comme responsable d’une entreprise d’insertion à Reims. Il pense qu’il ne faut pas fixer de règles et attendre que tous les problèmes sociaux et familiaux soient réglés pour proposer une insertion professionnelle. Pour certaines personnes, on risquerait d’attendre longtemps. La réinsertion est un tout. Etre reconnu dans une formation donne des points de repère. Le travail permet de faire progresser la personne et sa famille.

Monsieur André Chazalette se pose la question des jeunes qu’il connaît en marge de la société et qui n’ont pas de projet professionnel et même parfois refusent tout projet. Comment les atteindre ?

Pour certains, il faut commencer par une redécouverte de l’environnement social. Pour cela, il faut qu’ils puissent trouver une réponse aux problèmes qu’ils rencontrent. Cela demande un travail de partenariat entre plusieurs structures sur place. Cela peut durer longtemps. Ainsi pour des jeunes, un projet professionnel a été découvert au bout d’un an seulement.

Monsieur Guillon, Directeur Départemental du Travail du Rhône, appuie sur la mise en place de « stages de qualification sociale » nécessaires aux personnes très exclues avant d’envisager des stages d’insertion professionnelle.

3-Les maillons du parcours

L’homme : pour Monsieur Livio Deitos, membre de l’Union Régionale C. F. T. C et du Comité Economique et Social Régional, l’important est de voir l’Homme derrière chaque personne. Si on ne discute que de techniques de réinsertion, on a de forte chances de recréer des exclus de l’insertion, car certains seront considérés comme réinsérables et d’autres comme irrécupérables.

Les entreprises : Monsieur Guillon cite le titre de la revue « Quart Monde » dans le dossier du colloque « L’entreprise, une alliée indispensable »

En effet, l’entreprise est la clef de l’insertion.

Il faut qu’elle soit persuadée qu’une embauche ne veut pas forcément dire niveau BAC ou BAC +2. Il faut mettre à plat les postes dans l’entreprise pour dégager des emplois moins qualifiés. Il faut adapter les dispositifs de formation dans l’entreprise.

En Rhône-Alpes, Rhône-Poulenc s’est engagé à accueillir 50 personnes en alternance pour des demandeurs en difficulté. Le G. I. L. a passé une convention avec la Région et la Direction du Travail, s’engageant à créer 200 postes d’insertion. De plus, des chargés de mission aideront les entreprises à découvrir les postes qui pourraient accueillir ces stagiaires.

Il faut aussi connaître ce que veulent les entreprises :

Monsieur Laurent Assathiany, de Culture et Liberté, se demande, vu la constance du volume de chômage, à quels types d’emplois il faut former les personnes ?

Monsieur Richard Atlan de l’ANPE répond que les entreprises demandent des personnes qui puissent s’adapter aux évolutions et sachent anticiper.

Monsieur Jean Marc Allonneau demande si des outils sont disponibles pour déterminer les formations qui sont valables pour le marché de l’emploi.

Accompagnement : il est important qu’un accompagnement existe dans toute démarche d’insertion. Dans le projet d’ATD « Contre l'exclusion, une qualification », un accompagnateur suit 15 stagiaires. Dans les entreprises, chaque stagiaire est aidé par un tuteur.

Monsieur Bruno Magnificat insiste sur la nécessité de jouer sur tous les réseaux d’entraide à l’extérieur de l’entreprise pour aider le stagiaire.

Partenaires : Monsieur Laurent Assathiany insiste sur les difficultés pour monter les stages. Il arrive souvent que les institutions se renvoient la balle. Il faudrait un interlocuteur unique.

Monsieur Guillon appuie sur le fait que de plus en plus d’actions seront co-financées, car trop lourdes. Il y a donc nécessité de créer des postes de chefs de projet qui pourront être les interlocuteurs uniques.

Il y a aussi nécessité d’harmoniser les procédures. Les moyens existants sont nombreux, mais souvent complexes.

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