Aux portes de la beauté

Martine Hosselet-Herbignat

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Martine Hosselet-Herbignat, « Aux portes de la beauté », Revue Quart Monde [Online], 218 | 2011/2, Online since 05 November 2011, connection on 26 September 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5148

Index de mots-clés

Arts, Culture

La lente maturation des hommes et des femmes vers leur humanité individuelle et collective est jalonnée par la production de signes, de créations, attestant de ce patient - et jamais terminé - travail de l’homme qui chaque jour remet sur le métier son ouvrage civilisateur.

C’est vrai pour chacun de nous, ce l’est également pour nos sociétés.

Dans certaines parties du monde, à certaines époques, ou dans certaines zones de nos pays, les conditions de participation de tous ne se trouvent jamais réunies et le patrimoine commun est confisqué par quelques-uns. Sociétés d’apartheid, de colonialisme, de discrimination.

Stéphane Hessel est l’un des résistants à cette injustice, lui qui conclut son appel à s’indigner1 par ces mots : « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer ».

Aimé Césaire en est un autre, dans le contexte de la lutte contre la ségrégation raciale.

« La Justice écoute aux portes de la Beauté » écrit-il dans un magnifique poème2.

Tout homme - fut-il le plus abîmé par une vie de galère et d’exclusion -  est un créateur. Lui dénier cette capacité revient à le priver d’identité et à le spolier des moyens d’exprimer sa dignité. Violence inouïe faite à un apprenti humain, car « Pendant que la main travaille, les idées se mettent en place et c’est toute une tendresse qui cherche à sortir de nous… », dit un participant à l’atelier peinture d’une Maison Quart Monde.

Permettre aux plus abandonnés de débattre de l’avenir avec tous et donc de créer avec tous est d’une absolue nécessité pour ne perdre aucune opportunité d’enrichir notre patrimoine d’humanité individuelle et commune.

« Beauté nécessaire, gratuite, et vulnérable », souligne le philosophe Martin Steffens.

Quels chemins sont-ils pris afin d’ouvrir aux plus humiliés les moyens de révéler leurs capacités de création (artisanat, musique, peinture, théâtre, danse, poésie, ...), de les partager avec d’autres, d’exprimer le Beau enfoui au plus profond d’eux-mêmes ?

Des artistes, reconnus ou non, rejoignent les plus démunis pour des moments d’émerveillement en apportant leur art derrière les murs des prisons, dans les bidonvilles et les quartiers déshérités. Une façon d’affirmer que tout homme est un homme.

Reste à explorer ce qui permet à l’homme de se révéler créateur. C’est l’ambition de notre dossier3. De Toronto à Bangui, en passant par Paris, Bruxelles, Marseille ou Ouagadougou, avec détermination, ingéniosité et grand courage, des « résistants » réunissent les conditions pour que les portes de la Beauté s’ouvrent largement à la Justice… Justice de leur lutte et justesse de leur expression. Chapeau aux artistes, et bonne lecture.

1 Indignez-vous, Indigène éditions, 2010.
2 Moi, laminaire..., Aimé Césaire, Éd. du Seuil, Collection  Points, Paris, 1982, 94 p. Voir le poème entier sur : http://www.la-croix.com/article/
3 Voir également RQM n°156/1995 : Se relier : une culture en ouvrage, et RQM n°164/1997 : Le beau, chemin vers soi.
1 Indignez-vous, Indigène éditions, 2010.
2 Moi, laminaire..., Aimé Césaire, Éd. du Seuil, Collection  Points, Paris, 1982, 94 p. Voir le poème entier sur : http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2336038&rubId=786
3 Voir également RQM n°156/1995 : Se relier : une culture en ouvrage, et RQM n°164/1997 : Le beau, chemin vers soi.

CC BY-NC-ND