Neill Campbell, Elysium;Les mutins de Pangée, Feluy ;Unheard Voices, Une expérience pour décider ensemble

Film USA, 2013, 1 h 49’;Reportage vidéo, Belgique,4’ ;Reportage vidéo, France, 9’30"

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 50-51

Bibliographical reference

Neill Blomkamp, Elysium, USA, 2013, 1h 49’, avec Matt Damon, Jodie Foster, Diego Luna, Alice Braga

Les mutins de Pangée, Feluy, reportage video, 4’, voir www.lesmutins.org

Unheard Voices, Une expérience pour décider ensemble, Le comité de pilotage ATD Quart Monde à Angers, reportage vidéo, 9’30, voir www.unheardvoices.org

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Neill Campbell, Elysium;Les mutins de Pangée, Feluy ;Unheard Voices, Une expérience pour décider ensemble », Revue Quart Monde, 228 | 2013/4, 50-51.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Neill Campbell, Elysium;Les mutins de Pangée, Feluy ;Unheard Voices, Une expérience pour décider ensemble », Revue Quart Monde [Online], 228 | 2013/4, Online since 01 May 2014, connection on 27 November 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5778

Je reçus fin août trois courriels d’invitation à voir des films par des amis d’origines bien différentes… A leur lecture aucun lien ne m’apparut entre ces trois invitations, sauf bien sûr le fait que l’invitation concernait dans les trois cas un traitement de problèmes de société auxquels je m’intéresse.

Mais paradoxalement le lien était plus profond.

D’abord le film Elysium, annoncé comme le meilleur blockbuster de l’été, un film de science- fiction qu’un journaliste italien décrivait comme ayant une force visionnaire et intérieure, film susceptible d’ouvrir les yeux de nos concitoyens, en posant pour 2154 le problème de la partition de l’espèce humaine en deux classes sociales opposées : l’une très riche, raffinée, qui vit en bonne santé, dans le luxe et la sérénité. Elle est aux commandes dans une station orbitale. L’autre classe est très pauvre, déshumanisée. Elle vit sur terre, devenue un véritable bidonville pollué, avec les problèmes de délinquance, de mauvaise santé et les abus des puissants. Le héros est un repris de justice, en probation. Son agent de probation est un robot … Dès le début on sent un désir de parler de transcendance. Une religieuse explique à un enfant pourquoi Elysium est un lieu désirable, le paradis ! L’enfant, c’est Max, qui deviendra le héros de l’histoire. Tous les terriens aspirent à vivre sur Elysium et le contrôle de l’immigration est drastique… Les détails de la « rédemption » du héros, m’ont semblé un simple faire - valoir pour exalter la violence. Le héros n’arrive au résultat que par hasard. Il n’a pas une volonté de lutter pour son peuple ! Ce que nous voyons surtout, ce sont les passages obligés liés à la catégorie du film : les effets spéciaux et la guerre que les pauvres livrent contre les riches pour se faire respecter, pour se faire soigner. Oui, la planète de demain pourrait bien ressembler à celle de 2154 ! Le réalisateur a voulu être réaliste, il a tourné dans une décharge à Mexico, dans des conditions qui lui semblent remarquables de charité, avec un esprit solidaire… Il a aussi voulu être vraisemblable. Tout cela est fort bien vu, comme le rôle de la chef froide et glaciale, responsable de la sécurité sur la station orbitale… Mais il faut vraiment avoir la foi pour voir dans ce film autre chose qu’un film violent et plein de platitudes, exemple cette histoire dans l’histoire : un méchant et un gentil se battent pour une femme.

Serait-il croyant ce Luca Pellegrini, journaliste à l’Avvenire, si content de ce que la science- fiction dénonce la pauvreté ? Comment peut-il accepter le leurre qu’on lui tend ? A-t-il cru à une belle histoire morale ? Comment fait-il pour ne pas voir cette mobilisation extraordinaire de moyens pour produire du vent ou se complaire dans des débauches de violence ?

D’autres critiques de ce film de science - fiction sont beaucoup plus négatives. La rédemption de Max, le résultat surprenant - au niveau de l’égalité de traitement - qu’il obtiendra avec ses amis maffieux, sur la station orbitale et sur terre, ne trouvent pas grâce à leurs yeux. Il ne suffit pas de parler de pauvreté pour lutter contre la pauvreté, ni même d’être réaliste pour susciter une vraie réflexion.

Ensuite le deuxième message concernait Les mutins de Pangée, coopérative audiovisuelle qui filme des événements « politiques » ou fait des vidéos « militantes ». Je visionnais donc le court reportage Feluy, le piquet de grève belge, qui parle de solidarité entre travailleurs de France et de Belgique, reportage sur le vif où l’on entend les mots si souvent entendus auprès des personnes pauvres là et ailleurs : « On n’est rien » et « C’est grâce à vous » … Tous les petits films de cette coopérative parlent de l’espoir, des luttes de notre époque, de la solidarité … Ces cinéastes ont la foi dans ce qu’ils font, même s’ils sont sans doute loin d’être croyants… Avec peu de moyens, ils ne se lassent pas de parcourir les terrains de lutte, de proposer des débats, de filmer des expériences, d’écouter.

Pour terminer je décidais de choisir sur le site unheard-Voices.org le reportage Une expérience pour décider ensemble. Le comité de pilotage ATD Quart Monde à Angers, qui se veut une expérience de gouvernance du groupe local avec les plus pauvres eux-mêmes. Je connaissais en effet certains des militants issus des milieux pauvres qui y siègent. Mais aussi parce que, à mon sens, la gouvernance des groupes locaux est un véritable enjeu de démocratie. Dans ce troisième exemple je retrouvais la foi en ce que l’on fait, l’énergie pour apprendre à se connaître, à s’accepter tel qu’on est. L’exemple donné par Bernard Monnet concernant l’écoute - par tout le groupe - d’un ami qui s’alcoolisait avant la réunion pour avoir le courage de s’exprimer au cours de ces réunions, est éclairant.

Somme toute, ce ne sont pas les moyens colossaux qui produisent la meilleure réflexion sur l’éradication de la misère. Non pas que la fiction soit méprisable - car une excellente fiction peut produire de grands effets - mais si la fiction n’est pas bonne il ne faut pas hésiter à revenir aux sources et lui préférer l’observation des luttes de chaque jour, de ceux qui, sans moyens, agissent avec une conviction simple mais bien chevillée.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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