Philippe Faucon. Fatima

Film français, 2015

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 47-48

Bibliographical reference

Philippe Faucon. Fatima. Film français de Philippe Faucon, 2015

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Philippe Faucon. Fatima », Revue Quart Monde, 236 | 2015/4, 47-48.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Philippe Faucon. Fatima », Revue Quart Monde [Online], 236 | 2015/4, Online since 20 June 2016, connection on 13 April 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6516

Il s’agit d’une histoire vraie.

En 1983, une femme de 32 ans quitte Rabat pour vivre à Paris dans une chambre de 7 m². Elle vit avec un homme dont elle dit qu’elle ne le connaît pas. Ayant reçu peu d’éducation et ne parlant pas français - mais elle sait écrire en arabe - il ne lui reste qu’à faire des ménages comme tant d’autres. Le film débute au moment où elle fait des ménages pour payer les études de médecine de sa fille aînée Nesrine, et pour la cadette Souad qui a des problèmes divers – refus de son milieu social, refus de l’école… Le père n’habite plus avec elles, mais il est présent dans leur vie et y joue un rôle très positif. Après ses ménages, Fatima suit des cours d’apprentissage du français, le soir elle lit Naguib Mahfouz, Khalil Gibran, Mustapha Manfalouti, et écrit en arabe des poèmes, des réflexions.

En 2001, suite à une mauvaise chute dans les escaliers d’une entreprise, elle commence à consulter des médecins qui ne trouvent pas à soulager ses douleurs, jusqu’au moment où en désespoir de cause ils l’envoient dans un service spécialisé. C’est alors qu’elle entre en contact avec Adeline, une femme médecin du service « Souffrance au travail » qui lui parle en arabe et la comprend. Une véritable chance pour Fatima. Aidée par le médecin, elle donne une forme à ses écrits. Ils deviennent un livre, Prière à la lune1, édité par Bachari en 2006. Fatima a 55 ans. Il servira de fil conducteur au film.

Le film est magnifiquement porté par une personne qui n’est pas comédienne de profession : Soral Zéroual. Les rôles des jeunes filles sont interprétés par deux personnes qui se destinent au métier de comédiennes : Zita Hanrot et Kenza Noah Aïche.

On pense bien sûr, à cause de la similitude des conditions de vie, à d’autres rôles féminins semblables et à leurs interprètes : Émilie Dequenne jouant Rosetta2dans le film éponyme des frères Dardenne, et à Kalieaswari Srnivasan jouant le rôle de la fausse épouse de Dheepan3 dans le film de Jacques Audiard. Mais dans le cas de Fatima il y a quelque chose de plus que le courage, quelque chose qui va plus loin que la ténacité. Il y a chez Fatima une grandeur, une dignité, une réaction poétique à sa vie et une réflexion philosophique. Le plus étonnant étant, sans doute, que le réalisateur ait pu trouver une personne pouvant incarner ce rôle dans ses différentes facettes. Il était essentiel qu’elle puisse être crédible. Il fallait donc qu’elle ne parle pas français. Il était tout aussi fondamental que par ses attitudes, ses gestes, elle ne gâche pas la tension créatrice qui habitait Fatima. De ce point de vue-là aussi, ce film est remarquable.

On pense bien sûr enfin à l’autre film de Philippe Faucon, La désintégration, qui mettait en scène des jeunes de quartier se laissant endoctriner. Nous avons donc, par le même réalisateur, l’examen du modèle républicain français, dans deux thèses qui s’affrontent : dans une version noire dont on parla beaucoup au moment des attentats à Charlie Hebdo et au magasin Hyper Casher, alors que Fatima participe peut-être à dresser une image de la réussite de ce modèle républicain français et en serait le versant lumineux.

1 Fatima Elayoubi, Prière à la lune, Éd. Bachari, 2006.

2 Rosetta, film des frères Dardenne, 1999.

3 Dheepan, film de Jacques Audiard, 2015.

1 Fatima Elayoubi, Prière à la lune, Éd. Bachari, 2006.

2 Rosetta, film des frères Dardenne, 1999.

3 Dheepan, film de Jacques Audiard, 2015.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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