Des heures de joyeuse rencontre

Érica Forney

p. 32-34

References

Bibliographical reference

Érica Forney, « Des heures de joyeuse rencontre », Revue Quart Monde, 242 | 2017/2, 32-34.

Electronic reference

Érica Forney, « Des heures de joyeuse rencontre », Revue Quart Monde [Online], 242 | 2017/2, Online since 15 December 2017, connection on 30 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6856

Depuis près de quarante ans, à l’occasion de Noël et en été, les membres d’ATD Quart Monde de Suisse se retrouvent pour un moment de ressourcement et d’amitié partagée.

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Suisse

Les fêtes sont d’autant plus belles et plus authentiques quand on partage par ailleurs la vie ensemble. C’est peut-être ce genre de réflexion qui nous a amenés à imaginer des fêtes d’été et de Noël pour les membres du Mouvement en Suisse depuis la fin des années 70.

Fête des participants et des absents

À l’époque, les familles se retrouvaient localement et aussi sur le plan national pour des temps de parole, de partage de leurs souffrances comme de leurs espoirs. Pour participer à ces rencontres, il fallait déjà faire un pas d’engagement, se sentir partie prenante d’un Mouvement...

Mais comment permettre à ceux qui n’étaient pas encore venus occuper les chaises qui les attendaient, ceux qui n’avaient pas encore trouvé le courage de ne plus se taire, de faire connaissance avec ce Mouvement qui était le leur en somme ?

Un temps de fête semblait propice. Non seulement il permettait aux membres de se retrouver autrement que le micro et le stylo à la main, mais également d’inviter les connaissances et amis du quartier, les membres de sa famille pour une journée de détente, de rencontre informelle.

Un message daté du 29 décembre 1982 débutait ainsi :

« Le 27 décembre nous avons fêté Noël avec les familles et alliés, ici à Treyvaux. Plus de cent personnes réunies dans la joie ! Les familles de Bâle nous ont présenté un jeu scénique. À partir de leur vécu elles ont créé une histoire de Noël. Pour vivre, l’homme a besoin de donner ; pour vivre l’homme a besoin de rencontrer les autres, d’aimer et d’être aimé : tel était le message de leur pièce. Les familles de la région de Fribourg avaient formé une chorale pour l’occasion et nous ont offert un petit récital. Les enfants également ont chanté, récité des poèmes, joué de la flûte…
Cette fête, les amis, c’était celle de nous tous et c’était aussi celle de ceux qui n’étaient pas venus, qui n’avaient pas trouvé la force, qui vivaient un temps de trop grande souffrance… »

Les fêtes de Noël qui, bien sûr, se déroulaient à l’intérieur, nous ont amenés à nous retrouver dans la grande salle de l’école de Treyvaux car dans notre maison il n’y avait pas assez de place. C’est alors les amis du village qui assumaient l’accueil, le service du goûter et parfois l’animation. Les fêtes ont toujours été l’occasion d’associer des personnes qui ne se reconnaissaient pas forcément alliées d’ATD Quart Monde mais qui étaient toujours prêtes à rendre un service ponctuel.

Pour les fêtes d’été c’est aussi le cas et elles ont toujours rassemblé plus de monde ; ces dernières années nous étions près de 250. Comme elles ont obligatoirement lieu à l’extérieur, c’est plus facile, mais il faut qu’il fasse beau évidemment ! Pour la petite histoire, en plus de trente ans de « fêtes d’été » autour de la maison d’ATD Quart Monde à Treyvaux, nous n’avons dû l’annuler que deux fois. Ces dimanches-là de début juillet, il avait plu du matin au soir !

Le partage d’une force

Tout d’abord il y a l’invitation, belle et engageante, envoyée quelques semaines avant la fête à tous les membres et amis, avec la demande de s’inscrire et d’inviter autour de soi. Puis il faut aussi aller voir les familles qui n’ont pas répondu à l’invitation pour les y encourager, voir ce qui les retient… En équipe et avec d’autres, il faut penser à l’organisation, à l’animation de la journée : mise en place des tables et bancs, des ateliers d’expressions ludiques, des jeux pour petits et grands, décoration de la place de fête autour de la maison, organisation du repas de midi, du goûter, clôture de la journée. Saisir l’occasion pour inviter des élus de la région ou d’autres personnalités ?... Et bien sûr se partager toutes ces tâches. Et le jour de la fête, être disponibles pour l’accueil des invités.

Dès 10h l’ambiance est à la fête avec le groupe de musique ou l’accordéoniste, engagés pour l’occasion. On prend un jus de fruit ou un café, on se salue, on se reconnaît ou l’on fait connaissance, et l’équipe de volontaires est là pour faciliter les contacts et guider les gens vers les ateliers afin qu’ils puissent déjà faire leur choix.

Pendant ce temps l’équipe de cuisine, composée d’amis (surtout d’amies) du village et des environs, prépare le grand buffet de salades. La grillade de saucisses est souvent assumée par un ou deux militants du Quart Monde qui adorent ce job.

Après un moment de salutations officielles et de présentation du programme de la journée on se dirige à la queue-leu-leu, son assiette à la main, pour se faire servir le repas et on va s’asseoir où l’on veut. Le cornet de glace du dessert sera servi aux tables. Des intermèdes musicaux ponctuent le repas jusqu’au moment du café…

Ensuite les divers ateliers accueillent les participants, des jeunes animateurs s’occupent des enfants et chacun prend du plaisir à l’une ou l’autre activité proposée.

Il y a toujours des personnes qui choisissent de rester attablées à quelques-uns pour bavarder ensemble…

Parfois certains proposent aux musiciens de jouer des airs qui permettent de danser et ils s’en donnent à cœur joie en tentant d’entraîner à leur suite toute l’assemblée.

En fin d’après-midi, vers 16 heures, un goûter fait de divers gâteaux, de café, de thé est proposé et précède la « cérémonie » de clôture de la fête.

Une des plus traditionnelles est le lâcher de ballons avec un message que chacun peut écrire sur une carte qui sera accrochée au bout de la ficelle de son ballon. Une année, le message d’un enfant a reçu une réponse de Tchéquie !

On se dit ensuite au-revoir, à l’année prochaine, pour certains et pour d’autres à la prochaine Université populaire Quart Monde, peut-être.

Dans son livre paru en allemand Es langs, langs Warteli für es goldigs Nüteli, Nelly Schenker1 évoque aussi les temps de fête :

(…) À chaque fête, on pouvait rencontrer beaucoup de gens, ou alors être simplement là et les regarder. C’était une manière de ne pas être seul. Et chaque année c’était un peu autrement. Cela dépendait aussi de ce que l’on vivait à ce moment, de notre « toile de fond ». Parfois on y allait pour simplement oublier ou pour rester assis là et être ensemble ou encore pour participer et partager une force.
Et parfois c’était un peu plus intense. Une collaboratrice de Zurich avait mis en scène une petite pièce de théâtre. Je vois encore sa façon de jouer, c’était vraiment bien. Une autre fois des familles de Fribourg ont participé à la représentation… Chacune de ces fêtes annuelles était un moment agréable et convivial où l’on ressentait la paix en soi. L’on voyait combien tous s’étaient donné de la peine pour nous faire plaisir. »

Si ces fêtes d’été surtout - car celles de Noël ont été réduites au cours des ans en nombre d’invités - sont si chères à nos cœurs, c’est sans doute parce que ces journées sont pour nous comme pour les autres participants un moment de ressourcement, des heures de joyeuse rencontre dans une amitié partagée.

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©ATD Quart Monde Suisse

1 Voir son article Sortir du cauchemar, dans la RQM 239, septembre 2016.

1 Voir son article Sortir du cauchemar, dans la RQM 239, septembre 2016.

©ATD Quart Monde Suisse

Érica Forney

Dès 1977, Érica Forney rejoint Treyvaux, centre national d’ATD Quart Monde Suisse. Elle est volontaire permanente pendant une dizaine d’années, puis accepte un poste au secrétariat national où elle gère la publication du bulletin Information Quart Monde. Durant cette période elle est responsable, avec une équipe, de l’intendance des fêtes d’été. Elle vient de prendre sa retraite.

CC BY-NC-ND