Wim Wenders, Juliano Ribeiro Wenders, Le sel de la Terre

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 42

Bibliographical reference

Le sel de la terre, film de Win Wenders, Juliano Ribeiro, Brésil-France, 2014, 110’

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Wim Wenders, Juliano Ribeiro Wenders, Le sel de la Terre », Revue Quart Monde, 233 | 2015/1, 42.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Wim Wenders, Juliano Ribeiro Wenders, Le sel de la Terre », Revue Quart Monde [Online], 233 | 2015/1, Online since 01 December 2015, connection on 30 November 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7365

Où il sera question d’esthétique, de terroir, de liberté et d’humanité.

Un film sur l’aventurier, le voyageur, l’ami : Sébastiao Salgado.

Selon le critique Jean-Michel Frodon1, il y a un problème posé par les photos de Sébastiao Salgado. « Esthétisation de la misère, sentimentalisme exacerbé, clichés de la souffrance manipulés par la prise de vue et le traitement en laboratoire, utilisation d’un noir et blanc contrasté aux reflets quasi-métalliques. Avec Salgado, les malheurs des hommes mis en images comme des pubs pour Mercedes ou des défilés de mode. Un triomphe. » Il reproche également à Wim Wenders d’avoir mis de côté ses questionnements éthiques pour réaliser le film en question. Voilà une critique qui s’accorde assez bien à mon ressenti tout au long du film. J’étais aux prises avec un certain malaise face à cette accumulation d’images de malheurs vus sous l’angle esthétique, par ces situations insoutenables, notamment au Rwanda. Car ce sont toutes les images de la très longue carrière du photographe, son ami, filmées par Wim Wenders à partir d’une mise en scène recherchée. Mise en scène faisant parfois apparaître Sébastiao Salgado s’incrustant sur ses propres photos, ou son fils Juliano Ribeiro Salgado, qui l’accompagne dans ses aventures, ou sa femme Leila qui orchestre la commercialisation de son travail. Malgré le reproche de « manipulation de la souffrance », on ne peut douter de l’intérêt du photographe pour ce qui fait l’humanité.

Le film commence au Brésil, avec ces grappes humaines, qui montent et descendant des échelles vertigineuses. Organisés en véritable fourmilière, au flanc d’un énorme « trou », ces hommes ramènent au sommet les sacs de terre où gisent quelques pépites. Puis c’est le Pérou, puis l’Afrique et ailleurs. Les photos sont commentées en voix off par l’auteur des images lui-même. Il est à un stade où sa vie a pris un tournant. Après avoir parcouru le monde, tous ses terroirs, après avoir pris la liberté de faire de longs séjours d’immersion dans les lieux qu’il avait choisi de mettre en images, après s’être approché de trop près des génocides, après avoir photographié les multiples atrocités perpétrées par les hommes, après une sérieuse dépression, il est devenu un spécialiste de la reforestation au Brésil. L’aventurier s’est assagi. Il a tiré la leçon de l’impasse dans laquelle s’est trouvé l’homme photographe. Pour lui il ne s’agit plus de changer le monde avec ses images, mais de changer le monde en plantant des arbres. L’humanité reste au cœur de ses préoccupations. Retenons la connivence qui lie les personnes photographiées et le photographe et cette phrase essentielle du photographe : « On ne fait pas un bon portrait seul. C’est celui qui est photographié qui vous offre la photo ».

1 Article de Jean-Michel Frodon du 15 octobre 2014 intitulé Le sel de la terre de Wim Wenders : une ode aux clichés, paru sur le site Slate.

1 Article de Jean-Michel Frodon du 15 octobre 2014 intitulé Le sel de la terre de Wim Wenders : une ode aux clichés, paru sur le site Slate.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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